Cinéma / VICE d’Adam Mckay.

Le nouveau film du cinéaste du mémorable Le Casse du Siècle ( 2015 ) sur la crise des Sub-primes, poursuit son portrait sarcastique en miroir de l’Amérique. Avec au menu cette fois-ci l’homme de l’hombre du pouvoir , le vice- Président Républicain Dick Cheney qui poussa Bush à envahir l’Irak, et a contribué à façonner la politique Américaine… tout en servant ses intérêts !. Une satire virulente , un grand film à voir.

Chritian Bale ( Dick Cheney) – Crédit Photo: Mars Films Distribution-

Comment un homme au passé peu ragoûtant , viré de l’Université de Yale , recyclé en ouvrier poivrot et condamné pour conduite en état d’ivresse, a-t-il pu devenir un des hommes les plus influents des USA ? . C’est le défi relevé par le récit d’Adam Mckay, constamment appuyé sur des faits avérés et une mise et en abîme, qui en décortique le parcours portée par un humour décapant qui fait mouche !. Le cinéaste -formé au théâtre de l’improvisation et passé à la création télévisée participant aux émissions : l’Amérique de Michael Moore , puis scénarisant  sketches et parodies de le célèbre émission satirique de la NBC « Saturday night live » – en perpétue au cinéma , l’héritage . Et le complète par l’originalité de son regard et la construction habile d’un récit en forme de « puzzle » qui tient en haleine le spectateur de bout en bout, porté par une distanciation satirique habile, qui en renforce l’impact . Comme l’illustre la séquence  où  l’on voit les spectateurs d’une émission  de télévision auxquels le film est présenté , s’invectiver en direct sur ce qu’un partisan de Donald Trump, qualifiera de: «  film de gauchiste ! ». Adam Mckay qui ne manque ni d’humour, ni de recul et de dérision , en fait le moteur de son récit au cœur duquel s’installe la gravité . Car au bout du conte tout ce qui est révélé tout au long de récit de l’ascension de Dick Cheney ( Christan Bale , immense!) , c’est bien une subtile « manipulation » en forme de « coup d’état soft », qu’il est question . D’une réelle main-mise sur les institutions , habilement et légalement détournée par des experts ( avocats , lobbys …) en tout genres , profitant des failles du système…

Christian Bale et sam Rockwell( GeorgeW. Bush ) – Crédit Photo : Mars Fils Distribution-

Revenons , en flash -backs comme le cinéaste et le récitant, nous y entraînent avec un bel humour décalé , nous invitant dans les arcanes d’une longe marche vers la prise de pouvoir que concrétise suite à l’attaque des Twin Towers le 11 Septembre 2001 la prise en mains, en l’absence de Bush par Dick Cheney, de la crise . Ce dernier,  persuadant par la suite le Président à envahir l’Irak affirmant que les preuves sont évidentes que le régime de Saddam Hussein détient des armes de destruction massive et que ses liens seraient avérés avec Al-Quaïda ! . Si la « manipulation » a été révélée depuis , ce que l’on sait moins, ce sont les raisons qui ont poussé Cheney à se « positionner » alors  ,comme sauveur du monde… dont les USA sont garants !. Et là , se fait jour le cynisme qui l’y pousse au service des intérêts particuliers . Ceux d’un nébuleuse néo-conservatrice cherchant à affirmer ses intérêts dans le monde… et dont ( comme par hasard !…) Dick Cheney dirige l’ingénierie civile  de celle-ci: Halliburton,  une société spécialisée dans l’Industrie Pétrolière !. Si ce dernier, devenu candidat à la vice – Présidence  démissionnera de ses fonctions dans cette société , il n’en reste pas moins que celle-ci verra , grâce au conflit avec l’Irak , ses bénéfices augmenter de manière vertigineuse!.  Qui sert qui ? , telle est la question que le film pose. Et le déroulé du parcours de Dick Cheney qu’il nous invite à suivre,  devient emblématique d’une prise en mains du pouvoir par une certaine élite servant avant tout ses intérêts , en même temps que s’installe dans le sillage de celle-ci , ses conséquences.  Crise économique( des subprimes ..) recrudescence de la misère et du chômage, tensions, violence, refuge identitaire, racisme, recrudescence de l’extrême -droite. L’avidité du pouvoir et ses conséquences , le cinéaste en analyse superbement,  tous les mécanismes en une fresque politique passionnante …

Amy Adams ( Lyne Cheney), Christian Bale et Steve Carell ( Donald Rumsfeld) – Crédit Photo: Mars Films –

D’autant que le parcours en est magistralement décrit , à la fois dans sa double dimension individuelle et collective , à laquelle les documents d’archives apportent l’ écho réaliste à  la dimension de la satire,  où celle du burlesque et de grotesque s’invitent, comme chez Stanley Kubrick dans Docteur Folamour   (1964 ), et son héros jouant du pouvoir de la bombe atomique. Adam Mckay nous offre un feu d’artifice dévastateur, ponctué par des séquences qui vont devenir culte à l’image de cette scène du repas d’ hommes d’affaires où le choix du « menu » est présenté par le maître d’hôtel,  (  en référence aux images de tortures,  et à Guantanamo) en plats cuisinés…des différentes manières de pratiquer la torture ! . Au cynisme politique Adam Mckay , lui renvoie son joli coup de revers des « convictions » que l’on piétine, en un écho cinglant !. . Il faut voir avec quel trait digne des plus grands caricaturistes , le cinéaste dessine ses personnages au fil de l’ascension politique de Cheney.  Les figues du Congrès, de la chambre des représentants, du sénat, des avocats , et celles des politiques successifs : Donald Rumsfeld ( Steve Carell ) le « mentor » de Cheney , Richard Nixon , Gérald Ford , Ronald Reagan, Geogre Bush père et surtout son fils George W. ( Sam Rockwell) en Cowboy  qui veut en montrer au paternel ! . Dick Cheney louvoie, et sait se servir habilement des uns et des autres, s’installer à demeure ( Pentagone ) jusq’à y devenir ce Phoenix ,sachant même renaître de ses cendres survivant aux multiples infarctus , qui auraient pu le terrasser !. Etonnant personnage,  autour duquel le cinéaste décrit aussi le contexte de la vie privée familiale et brosse celle de la figure tout aussi ambitieuse de l’épouse Lynne ( Amy Adams, épatante ) en  ultra-conservatrice , jouant elle , en quelque sorte sa « muse » politique sachant trouver les arguments pour le pousser, et grandir dans l’ombre , avec lui …

C’est un véritable film à tiroirs et de réflexion sur le pouvoir qu’Adam Mckay propose à notre réflexion , et c’est surtout la satire acerbe d’un pouvoir dévoyé qu’il nous offre . Un pouvoir désormais au service des intérêts privés et financiers , délaissant de servir cet intérêt public qui est pourtant le premier devoir des représentants élus du peuple. Voilà un film qui ne peut qu’alimenter ce débat sur la démocratie ( la vie de la cité , de la nation… ) et la politique politicienne , qui aujourd’hui , envahit l’espace public dans de nombreux pays ( et chez nous) ,où l’exaspération face à son son dévoiement, ne cesse de se faire de plus en plus virulente . Adam Mckay avec son film , contribue au nécessaire débat citoyen. Ne manquez surtout pas d’aller le voir… Neuf  nominations aux Oscars !.

(Etienne Ballérini )

VICE d’Adam Mckay – Durée : 2 h 12.

AVEC : Christian Bale, Amy Adams,Steve Carell, Sam Rockwell, Alisson Pil, Eddie Marsan, Justin Kirk, Lisagay Hamilton, Jesse Plemons, Lily Rabe,Tyler Perry…

LIEN : Bande -Annonce du Film : VICE d’Adam Mckay.

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