Théâtre / DRACULA ASYLUM par Félicien Chauveau.

DRACULA ASYLUM

Dracula. Une pièce de théâtre qui s’appelle Dracula. Hou là là. On a lu –ou pas- Le Dracula de Bram Stoker. On a vu des Dracula au cinéma, sans doute le sublime forcément sublime Nosferatu* de Murnau, le Dracula de Coppola. On a lu –ou pas, moi, si- la savante analyse du Nosfratu par Bouvier et Letrat **
Selon une étymologie populaire, nosferatu proviendrait du roumain « nu sfîrşitul » qui signifie « le non fini », c’est-à-dire le non-mort. Non mort. On est dans la problématique. Mais, au fait, vous avez remarqué que cette pièce s’appelait exactement Dracula Asylum. Nous y reviendrons.

l’Affiche , Conçue par Florian Levy.

Vous voyez l’affiche ? Vous vous dites, ca y est on est dans le kitch. Rassurez-vous, Chauveau et Boué, les co-auteurs de ce Dracula, assument. Et dès la première image : Dracula se levant de son cercueil. Mais ce kitch est indispensable, à mon sens, pour nous permettre de nous glisser dans l’entrelacs des perches à nous tendue. Ainsi, les mouches  Une mouche tourne autour du cercueil ouvert d’où ne va pas tarder à se hisser Dracula. Celui – ci l’attrape et la gobe. Nous comprendrons plus tard.
Le roman de Bram Stoker est un roman épistolaire, c’est à dire une roman qui se compose de la correspondance d’un ou de plusieurs personnages ; en l’occurrence journal intime de Jonathan Harker, désigné ici par Jo. Il n’est pas inintéressant que le roman se déroule à Londres. Londres, l’empire britannique qui étend sa toile. White Chappell. Jack l’éventreur, 1888, Dracula 1895.
Jo travaille en tant qu’agent immobilier à Londres. Croyant conclure la plus grande transaction de sa carrière, il se rend chez le comte Dracula. Durant son séjour, il est témoin d’événements étranges. Se sentant en danger, il s’enfuit pour retrouver l’Angleterre. À son retour, Mina, sa femme, a été la proie d’une créature mystérieuse et tombe malade. Aidé par le Professeur Van HellSing, spécialiste des sciences occultes, Jo découvre que le vampire qui s’en est pris à sa chère et tendre n’est autre que son client Dracula. Jo se mettra en tête de déjouer les plans maléfiques de ce monstre surnaturel qui a décidé de détruire l’humanité pour en rebâtir une nouvelle selon ses conceptions.

Dracula et Renfield – Copyright  » Alchy » –

Ceci c’est l’histoire, la structure narrative, le storytelling, comme disent les journalistes qui s’exprime en français, bref, le rationnel. Car, avec Dracula, nous sommes forcement dans l’irrationnel. Quelque part, cela serait la rencontre entre Bram Stoker et Murnau. De Bram Stoker, comment traduire le style épistolaire ? Comme le dit Félicien Chauveau, Du récit, éclaté, morcelé et volontairement incomplet du roman, on doit donner à voir au théâtre, des personnages et de l’action. Comment donner à voir ce coté épistolaire, plus proche de l’écrit que du visuel ? A plusieurs périodes, les protagonistes se penchent vers l’intérieur d’une sorte de boite, ils parlent devant une caméra cachée dans la boite, ou plutôt ils se confient, comme une sorte de journal intime. Les résultats de ces confusions –pardon, de ces confessions, apparaissent sur un écran en survitrage, on voit son visage en gros plan, en contre plongée, et apparaît le texte. C’est le parlécrire. On dirait du novlangue. Le coté épistolaire devient vidéotaire, comme en quelque sorte des suspensions, des souffles, des repos.

Jo Parlecrivant son journal – Copyright  » Alchy »-

Une autre figure de style impose des ruptures, dans la continuité textuelle, mais très brièvement, l’espace d’un mot ou deux. Au cours d’un dialogue, ou d’un monologue, comme l’incipit avec le gong monologue introductif de Dracula, s’introduit donc un voire deux mots, qui renvoie le spectateur à un parler populaire mais aussi à son statut de regardant.
La trame narrative de ce Dracula Asylum suit les linéaments du Nosferatu de Murnau. Ce dernier porte comme sous-titre Une symphonie de l’horreur. Est-ce dire que l’Asile du titre de cette pièce est une symphonie de l’horreur ? C’est pas faux, c’est pas faux. Dans le film – et dans la pièce, il existe un personnage, un aliéné, Renfield*** qui s’imagine être le serviteur du comte Dracula et l’attend pour se mettre à son exclusif service. Il est interprété dans Dracula Azylum par le sublime forcement sublime Frédéric de Goldfiem.

L’expressionnisme n’est pas loin – Copyright « Alchy » –

Il traduit sa névrose obsessionnelle en s’emparant le plus de mouches possible, en gobant leur sang, et nous retrouvons la filiation avec Dracula. La filiation est aussi stylistique, il suffit de voir sur l’une des photos la filiation avec l’expressionnisme dans Murnau. L’un des personnages, Renfield, est enfermé dans un asile. Or la surface scénique de l’espace occupé par la représentation asilaire est positionné de manière centrale dans cet espace, c’est donc dire l’importance de cette instance dans l’univers que décrivent Chauveau et Boué.
Nous avons parlé de mini-caméra, dissimulé à l’intérieur de boites, filmant les protagonistes, quand, en quelque sorte, « écrivent de manière orale » leur journal. Or caméra et micros sont très présents dans l’univers scénique de Dracula Asylum comme si était montré notre société dans ce qu’elle a de plus « espionnisant », de plus monstrueux, intersectant un passé terrifique. (créer de nouveaux mots est mon plus grand délice, comme certains mangent des mouches). Nous sommes plongés dans l’antériorité effrayante d’un futur peu ragoûtant.

 

Mina – Copyright  » Alchy  » –                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                              La question de l’individu au sein de la société m’a toujours intéressée… Avec « Dracula », j’ai découvert un nouveau point de vue tout à fait à l’inverse des précédentes créations. À savoir : une société paranoïaque traquant un étranger. Félicien Chauveau

Ce dont traite Dracula Asylum la problématique d’une société qui cherche à se débarrasser d’un individu et un individu que cherche à reconstruire un nouvel homme. Mais la société ne peut pas si facilement se débarrasser de Dracula, car Dracula, c’est elle-même.
Dés qu’il eût franchi le pont, les fantômes vinrent à sa rencontre.

Jacques Barbarin

Dracula Azylum
Mise en scène : Félicien Chauveau
Avec : Guillaume Geoffroy (Dracula), Sarah Vernette  (Mina Harker), Hugo Musella (Jo Harker), Frédéric de Goldfiem (Renfield), Félicien Chauveau (Pr Abraham Van Hellsing), Fabien Brocchi (Ed), Marie Fixois (Mary)
Avec les voix de : Eva Rami & Philippe Girard
Dramaturgie et co-écriture : Claude Boué
Scénographie : Jean-Luc Tourné
Univers sonore : Fabrice Albanese
Création musicale : Jean-Christophe Bournine aka Merakhaazan
Dispositif vidéo : Walkingfablight
Assistante dispositif vidéo : Marie Fixois
Régie générale : Albane Augnacs
Création lumières : Samuèle Dumas
Costumes : Aurore Lane
Une coproduction Anthéa, théâtre d’Antibes, Collectif La Machine.
Avec le soutien de la Ville de Nice

*La société productrice du film de Murnau, Prana Films, n’ayant pas les moyens financiers d’acquitter les droits d’auteur du titre Dracula, Murnau s’orientât vers le titre Nosferatu
**Indispensable à mon sens, édité chez Gallimard, collection Les Cahiers du Cinéma, Mai 1981, épuisé, ne se trouve que chez les vendeurs en ligne.
***Le vampirisme clinique- ou syndrome de Renfield est un comportement observé de manière rare et qui consiste en l’ingestion de sang humain.

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