TNN/ Vous n’aurez pas ma haine – Implacable

Le contexte. Les attentats du 13 novembre 2015 en France, revendiqués par l’organisation terroriste Etat Islamique (Daech). Une première attaque a lieu à Saint Denis, aux abords du Stade de France où se joue un match amical France-Allemagne. D’autres attaques ont ensuite lieu à Paris, dans plusieurs rues des 10ème et 11ème arrondissements. L’attaque la plus longue et la plus meurtrière a lieu dans la salle de spectacle du Bataclan (également 11ème arrondissement) où 1 500 personnes assistent au concert du groupe américain de rock Eagles of Death Metal et où trois djihadistes ouvrent le feu sur le public, avant qu’un assaut des forces de l’ordre n’y mette fin et ne tue les terroristes.
Ce vendredi 13 novembre 2015, Antoine Leiris, chroniqueur à France Info et à France Bleu est seul chez lui avec son fils Melvil, 17 mois. C’est un message sur son répondeur qui l’alerte: « Coucou, vous êtes en sécurité? » Il allume la télé, et sa vie bascule. Sa femme Hélène, 35 ans, était au concert du Bataclan et fait partie des 90 morts.
Le texte. Trois jours après les attentats alors qu’il vient d’identifier le corps de son épouse, il poste une lettre sur Facebook avec cette phrase: « Vendredi soir, vous avez volé la vie d’un être d’exception, l’amour de ma vie, la mère de mon fils mais vous n’aurez pas ma haine. Je ne sais pas qui vous êtes et je ne veux pas le savoir, vous êtes des âmes mortes. Si ce Dieu pour lequel vous tuez aveuglément nous a faits à son image, chaque balle dans le corps de ma femme aura été une blessure dans son cœur. Alors non, je ne vous ferai pas ce cadeau de vous haïr. « . En écrivant ces quelques paragraphes le 16 novembre 2015, Antoine Leiris tentait de faire face à l’horreur absolue, la perte de son âme-sœur dans un événement qui venait de traumatiser tout un pays. De sa lettre-hommage, Antoine Leiris a fait un livre. De son livre, il a fait une pièce de théâtre.
La pièce .Cette pièce installe sur scène le récit des douze premiers jours jours « d’une vie à trois qu’il faut poursuivre à deux » La scène est plongée dans le bleu. Bleu foncé du rideau de fond de scène,  sur lequel apparaisse de temps en temps des extraits du texte, bleu du vêtement de Raphael Personnaz, jusqu’aux chaussures, bleu clair du sol, bleu clair des chaises, vides, faisant comme un cercle autour du comédien : ces chaises vides sont elles l’absences, les absences, la vie voles, les vies volées ? Les chaises bleues… La Promenade…. Pour nous, à Nice, cela nous rappelle une autre souffrance.
J’ai parlé d’implacable pour ce spectacle. Implacable vient du l
atin implacabilis, de placare, apaiser. L’attaque des terroristes est implacable. Mais ce texte aussi, tant il nous emmène, sans coup férir, à toutes une série d’interrogation avec cette affirmation comme une détonation : Vous n’aurez pas ma haine.
L’interprétation de Raphaël Personnaz  – qui a reçu un Molière en 2018- nous met en communion avec ce moment d’une force et d’une émotion rares. Il ne joue jamais sur le pathos, il est saisissant dans sa sobriété. Il s’avance, pas à pas, vers la résilience : l’amour encore plus augmenté, encore plus accru, qu’il a pour son fils, va sublimer cet amour perdu mais pourtant retrouvé, comme le désigne l’affiche du Théâtre du Rond – Point. Derrière un rideau, une pianiste, Lucrèce Sassella,  distille, par intermittence, une musique faite  de sonorités calmes qui soudain sont comme autant de pauses du narratif.
Et ce titre, Vous n’aurez pas ma haine, et par voie de conséquences le texte, nous à nous-mêmes, notre comportementalité : vous n’aurez pas ma haine parce que j’utiliserai alors la même arme que vous. Ce qui, c’est mon opinion et je la partage, n’est pas le pardon : pardonner, c’est tenir une offense pour nulle. Non, l’offense est réelle, Antoine Leiris a bien perdu sa femme et Melvil sa maman, mais haïr serait faire usage des mêmes armes que le terrorisme. Et cette œuvre agit sur nous comme une véritable catharsis. C’est à la vérité un spectacle salutaire, nécessaire, qui nous dit tout simplement  Réveillons-nous !

Jacques Barbarin


Vous n’aurez pas ma haine D’après le récit d’Antoine Leiris  Mise en scène Benjamin Guillard Avec : Raphaël Personnaz Piano : Lucrèce Sassella  composition musicale Antoine Sahler  Assistanat à la mise en scène : Héloïse Godet Scénographie : Jean Haas Lumière : Jean-Pascal Pracht Vidéo : Olivier Bémer production 984 Productions, coproduction Le Liberté — Scène nationale / Toulon, coréalisation Théâtre du Rond-Point, texte publié aux éditions Fayard

Prochaines représentations :
Mortagne-au-Perche – (61) – 26 janvier – Le carré du Perche
Concarneau (29) – 2 février – Le CAC
Auray (56) – 6 février – Centre Culturel Athéna
Langueux (22) – 8 février – Le Grand Pré

Photos de Raphaël Personnaz crédit Giovanni Cittadini  Cesi

 

 

 

 

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