Cinéma / WILDLIFE, UNE SAISON ARDENTE de Paul Dano.

Pour son premier passage derrière la caméra, le comédien adapte le Roman de Richard  Ford. Avec une belle maîtrise du récit, il décrit le lent délitement d’un couple devant leur enfant jeune adolescent. Un Superbe récit d’apprentissage à la vie…

Dans une Amérique en pleine transformation de mœurs et économiques, la famille Brinson qui vient de s’installer dans le Montana et la ville de Great Falls , en quête de travail et de vie meilleure. Bien décidés dans cette Amérique des années 1960 a franchir le pas de ce qui a été jusque là un parcours de survie, pour s’y faire une place. Mais sortir la tête de l’eau reste pour eux un parcours difficile. Celui dont le père, Jerry ( Jake Gyllenhaal ) professeur de golf, fera la douloureuse expérience dans laquelle il s’investit malgré un salaire de misère, et qui se conclura par une licenciement au bout de trois mois !. Humilié , il refusera de revenir lorsque la direction le rappellera sous pressions des clients qui l’appréciaient !. Il choisira alors de relever le défi d’une mission collective de lutte contre les incendies de forêt. Le désaccord s’envenime dans le couple , Jeannette ( Carey Mulligan) qui aimerait que tous ces changements de domicile et difficultés prennent fin , se braque contre le choix de son mari… qu’elle considère comme un abandon !. Affrontements , chagrins et désillusions dont leur fils, Joe ( Ed Owenbould) sera le témoin . C’est , sous le filtre de son regard que Paul Dano développe son récit , dont il révèle les aspects autobiographiques qui l’y ont poussé «  j’ai grandi dans une famille où il y avait autant d’amour que de turbulences (…) j’ai été sidéré par la façon dont ce roman en examine la dualité…effrayé, perturbé et excité de ressentir une telle intimité avec ce texte », dit-il.

Carey Mulligan et Jake Gyllenhaal – Crédit Photo : ARP Distribution-

 

Et , au delà de l’observation du contexte social dans lequel il se déroule et l’exactitude de la peinture du quotidien du monde au cœur duquel une certaine tragédie de la violence se déroule dont les flammes du brasier qu’affronte le père, fond écho à celle des désirs d’indépendance qui s’emparent de la mère ,et, du drame que va vivre le jeune adolescent pris entre deux feux. Celui dont , par souci d’entretenir la flamme familiale , il refusera l’évidence du délitement dans lequel il ne veut pas sombrer avec eux , entretenant anxieusement la distance . Magnifiques les séquences au long desquelles il assiste avec une souffrance muette , aux écarts de sa mère avec Warren , ce riche concessionnaire automobile qui a jeté son dévolu sur elle. Subtilement,  Joe refuse de prendre parti et ( ou) de mettre de l’huile dans le feu du ménage , travaillant habilement le « lien » de la cellule familiale à préserver . Celui , qui, d’une certaine manière le préservera du naufrage dans lequel il pourrait être précipité et, au bout du compte , c’est lui qui finira par faire figure d’adulte responsable, tentant de la maintenir à flot. C’est la belle idée du récit qui porte la mise en scène toute en nuances et en séquences travaillées destinées à faire surgir de ces instants de fractures et de règlements de comptes parentaux, l’étincelle qui pourrait la faire basculer. Joe y jouera en retrait , la sentinelle en train de veiller à ce que les blessures se cicatrisent et que que la flamme de l’amour persiste, entre lui et ses parents. La magnifique scène de la photo familiale dans laquelle, il s’évertue à les réunir, et les figer devant le flash de l’appareil, en est le bel exemple …

Carey Mulligan, Ed Oxenbould et Jake Gyllenhaal – Crédit Photo :  Courtesy of Sundance Institute.

Celui qui constitue l’acte mémoriel du jeune adolescent confronté au passage de l’âge adulte et au chemin d’apprentissage qu’il va devoir parcourir , pour se construire un avenir apaisé(?) . Au delà des difficultés familiales au cœur du récit , celui-ci développe également le parcours d’apprentissage : scolaire et éducatif ( Lycée), du sport aussi ( passion partagée avec le père) et d’un métier à apprendre ( la photographie ), il y a également l’éveil du rapports aux autres , comme à ceux de la sexualité ( la petite amie ). Tout un parcours complexe d’aspérités et d’initiations qui finissent par égrener, le chemin du passage de l’adolescence au monde adulte . Celui permettant de faire en sorte que Joe soit prêt – ayant réussi à préserver l’essentiel ( l’amour ) du lien familial – à affronter les difficultés du monde et d’une société dans laquelle il va devoir trouver, lui aussi, sa place…sur des bases nouvelles. Un cheminement au cœur d’une ville dont Paul Dano , brosse en sous-texte – par des magnifiques plans évoquant les tableaux d’Edward Hopper – les frustrations et le vide existentiel d’un quotidien en apnée , dont le drame en sommeil va finir par exploser. La subtilité de la mise en scène minimaliste de Paul Dano offrant à cet entre-deux , par la durée des plans et la stylisation , la belle et sourde dimension psychologique des enjeux du drame qui s’y joue… qui pourrait faire sortir la famille du cadre .

(Etienne Ballérini)

WILDLIFE, UNE SAISON ARDENTE – 2018- Durée 1h 45.

AVEC : Carey Mulligan, Jake Gyllenhaal, Ed Oxenbould, Bill Camp…

LIEN : Bande-Annonce du Film : Wildlife, une Saison Ardente de Paul Dano .

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