Cinéma / PUPILLE de Jeanne Herry .

Naissance sous X et processus de l’adoption L’abandon de la mère biologique et celui de l’attente de la mère adoptive. Le vécu quotidien de tous les acteurs ausculté avec précision documentaire et sensibilité, par la cinéaste qui en décrypte les enjeux, dont dépend l’avenir de l’enfant .

Sandrine Kiberlain et Elodie Bouchez – Crédit Photo Studio Canal –

Dès la première séquence avec l’arrivée à l’hôpital de cette jeune fille dont l’accouchement précipité laisse à peine le temps aux infirmières et infirmiers décontenancés de rendre compte de l’importance des mots de la mère disant fermement qu’elle ne veut pas garder son enfant. Les efforts qu’ils feront pour tenter de réveiller l’instinct maternel et tenter de lui faire renouer le fil, lorsque celui-ci paraît se heurtent au refus persistant du moindre contact affectif . Dès lors l’intervention des différents services sociaux chargés de résoudre la situation, vont se mettre en action . La visite de « l’accueillante » chargée d’expliquer le processus législatif qui va se dérouler ainsi que ses droits à la mère biologique, et la manière dont son enfant sera pris en charge par les services sociaux afin de lui assurer le futur lien constructif dans un foyer d’accueil où il pourra s’épanouir. Et dire aussi à la mère que la loi lui permet de revenir après réflexion sur sa décision, si elle le souhaite, dans un délai de deux mois qui deviendra, alors irréversible !. La séquence très pédagogique est passionnante dans le cheminement à la fois de responsabilité , mais aussi de compréhension qui se dégage «  je ne suis pas là pour vous juger », dira cette assistante à la jeune fille, en lui conseillant de laisser « un petit mot » si elle le souhaite à son enfant pour lui expliquer son geste et lui dire qu’elle l’aim, afin qu’il puisse la comprendre et être apaisé. C’est ce cheminement qui la cinéaste révélée par Elle l’adore (2014 ) , a choisi de construire son récit en s’attachant à décrire par le menu toutes les étapes d’un parcours du combattant . Celui des services des structures sociales qui en sont chargées afin d’appliquer la loi dans le but d’offrir le meilleur avenir à l’enfant ; et celui des familles d’accueil dans leur long parcours d’attente …

Gilles Lellouche, Sandrine Kiberlain, l’infirmière et le petit Théo – Crédit Photo : Studio Canal –

La force du récit qui réside dans la qualité d’observation documentaire et détaillée du processus dont on a parlé ci- dessus , est surtout relayée par la belle idée du « ressenti  et du vécu quotidien » des protagonistes des deux côtés de la barrière. Celui de la famille adoptive dont l’exemple d’Alice ( Elodie Bouchez ) est emblématique par les dix années d’un rêve en attente de se réaliser. Avec ses déceptions et échecs , ses doutes, sa vulnérabilité mais aussi sa détermination qui la caractérise afin de trouver cet équilibre épanouissant, tant désiré. Mais il y a aussi ce couple fatigué de ne pas voir son dossier aboutir , qui va s’en prendre violemment verbalement , à la personne chargée de leur dossier !. De la même manière que la détermination administrative et la complexité des dossiers en charge suscite interrogations et parfois tiraillements dont les failles des uns et des autres, se font l’écho. La peur de se tromper sur un dossier qu’illustre la belle scène éveillant les doutes de tous, concernant le petit enfant en question , Théo , semblant souffrir du trouble de l’attachement. La crainte ( la culpabilité?) de ne pas être à la hauteur « on n’est  pas pas  infaillibles … », dira quelqu’un . La cinéaste laisse place à cette humanité qui se déploie dont la belle construction du récit avec ses flash-back , traduit le parcours émotionnel que chacun répercute sur son vécu quotidien du travail. C’est par la description de ce « ressenti » émotionnel de ses personnages que la cinéaste trouve sans doute la plus belle adéquation de son récit et de sa mise en scène , dont le romanesque apporte à l’aspect documentaire en s’installant au cœur de celui-ci , la belle touche d’une fragilité humaine qui y vibre , en osmose avec un travail et surtout une responsabilité , celle de l’avenir de l’enfant dont ils sont porteurs et garants…

l’assistant Maternel (Gilles Lellouche , confie le petit Théo à Alice (Elodie Bouchez )- Crédit Photo: Studio Canal –

A cet égard , la nervosité de Karine (Sandrine Kiberlain) dont la difficulté de son rôle d’encadrement traduit par le tic de l’addiction à la douceur des bonbons, son inquiétude en même temps que l’incertitude chaotique de sa vie privée . De la même manière que la fragilité et la détermination d’Alice, trouve dans l’intensité émotive de l’interprétation d’Elodie Bouchez magistrale , la vraie dimension de l’enjeu du « moment de l’adoption » qui se joue dans l’instant où les mots dits , les regards échangés sont si importants que l’on tremble de ne pas être à la hauteur. Le travail sur les mots, les gestes et le regard , ou les attitudes qui a été conçu comme une nécessité par la cinéaste et joue à plein dans son approche, éclate dans cette magnifique et bouleversante scène . De la même manière qu’il est dans le non-dit via lequel le personnage de Lydie ( Olivia Côte) cherche à cacher sa grossesse pour ne pas blesser ces couples en quête d’adoption, qu’elle reçoit . On le retrouve aussi chez le beau personnage masculin de l’assistant maternel ( Gilles Lellouche ) chargé de s’occuper et suivre le petit Théo durant les trois mois précédant son adoption. Un suivi quotidien nécessitant beaucoup d’attention et plutôt destiné à une assistante féminine . La belle idée et le double enjeu de la cinéaste de le confier à un homme, trouve ici , une dimension étonnante grâce à l’interprétation de Gilles Lellouche à la présence protectrice « virile » en habile contrepoint de son image, ici , en angoissé par l’enjeu finissant  par craquer littéralement et s’attacher à ce petit Théo qu’il doit préparer à la transition de l’adoption, que complète la magnifique scène, du passage de relais à Alice…

La cinéaste nous livre un récit à la fois émouvant et passionnant sur un processus , celui de l’adoption que traversent de nombreux couples en souffrance dans nos sociétés , et aussi sur celui d’une enfance ( née sous X ou orpheline …) qu’il faut protéger et à qui il faut permettre de rebondir dans la vie tout en mettent tout en œuvre pour préserver le futur parcours dans une famille d’accueil aimante dans laquelle il pourra s’ épanouir …

(Etienne Ballérini)

PUPILLE de Jeanne Herry – 2018- Durée : 1h 47-

AVEC : Sandrine Kiberlain, Gilles Lellouche , Elodie Bouchez, Olivia Côte, Miou Miou, Clotilde Mollet, Leïla Muse, Stefi Selma, Youssef Hadji…

LIEN : Bande-Annonce du Film Pupille , de Jeanne Herry.

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