Cinéma / VOYAGE A YOSHINO de Naomi Kawase

Cinéma / VOYAGE A YOSHINO de Naomi Kawase

Après Les délices de Tokyo le nouveau film de la cinéaste Japonaise , nous entraîne dans le sillage de son héroïne à la recherche d’une plante médicinale rare . La quête du passé ,les références à la culture Japonaise et aux croyances, la quête de fusion mystique avec la nature filmée comme jamais. Un film d’une rare beauté poétique…

Tomo(Masatoshi Nagase) , le forestier  avec son chien fidèle  – Crédit Photo : Haut et Court Distribution-

Si les « fans » de la cinéaste ne seront pas surpris de retrouver ses thèmes favoris dont son film La forêt de Mogari ( 2007) et ses longs plans séquences décrivaient le ressenti du mystère et l’enchantement mystique et fusionnel qui transformait les individus , envoûtés par celle-ci . Dans La forêt de Yoshino qui entoure la ville de Nara, où arrive Jeanne la Française ( Juliette Binoche ) dans sa quête d’une plante médicinale rare dont la légende dit qu’elle soigne « les maux et blessures des humains ». Ces blessures dont les traces du souvenir d’un premier amour de jeunesse, sont restées encore vivaces, vingt ans après. Retrouver cette plante dont la légende qui s’y attache pourrait « panser » sa blessure, est devenue une obsession pour Jeanne dont les battements du cœur semblent s’amplifier, agitant  son cœur en osmose qu contact des premiers frémissements  de  la forêt qu’elle  découvre . Au cœur de celle-ci dont le temps a perpétué le renouvellement naturel au cours des siècles , et du village qu’elle entoure dont jadis les nombreux visiteurs prenaient le chemin
du temple et des lieux aujourd’hui désertés à cause de la route moderne et du tunnel construit en contrebas qui évite le village . Un vieil ancien le déplore d’ailleurs dans une belle séquence où il évoque cette activité des temps anciens, et le  le saccage du                      «  modernisme occidental » importé qui a modifié le «  temps  et le mode de vie » japonais . Celui ,explique la cinéaste où «  la notion du temps est capitale et aujourd’hui le temps nous échappe, à l’inverse des arts traditionnels japonais qui  eux , prennent leur temps… »…

Juliette Binoche , Masatoshi Nagase et Takanori Iwata – Crédit photo : Haut et Court Distribution-

C’est le ressenti de ce « malaise » là qui est au cœur du film et du récit , dont la quête d’une ouverture possible, vers une « nouvelle ère dans laquelle l’humanité peut s’inscrire » , dit la cinéaste. Son film, au travers de la quête de Jeanne et de ses personnages, renvoie à cette question essentielle qui traverse les sociétés aujourd’hui concernant le destin de notre planète, dont l’épuisement dû au mode de vie moderne , conduit à un point de non-retour confrontée au réchauffement climatique avec les catastrophes naturelles qui se multiplient . C’est une immersion dans ce ressenti là , via la quête de Jeanne son héroïne , dont la cinéaste , nous propose d’explorer les déséquilibres. Ceux de la perte d’une osmose entre l’homme et la nature dont le modernisme , a fini par couper le cordon ombilical de la survie, celle qui lie l’homme et la terre nourricière. Magnifiques séquences qui l’illustrent au cœur du relationnel qui se noue, via la quête de Jeanne, au cœur des rencontres et de l’immersion des personages dans cette nature dont ils sont amenés à percevoir, à l’unisson et en fusion avec elle , les tremblements annonciateurs des destructions futures. Mais aussi, via le pouvoir de renaissance dont celle-ci , au cours des millénaires a réussi à survivre, pouvant laisser la porte ouverte à l’espoir . «  je suis ici pour soigner la forêt » dira Tomo ( Masatoshi Nagase ) à Jeanne qu’il accueille en sa demeure en plein coeur de celle-ci . Car , ajoute encore la cinéaste pour illustrer son propos : «  l’homme moderne à l’illusion de connaître ce monde. Or ce qui est important se trouve sous nos pieds! » ». C’est avec celle-ci que les               « anciens » on su vivre en harmonie . Pourquoi ne le pourrions-nous pas ? . Après son excursion passionnante dans la vie urbaine avec Vers la Lumière ( 2017) et Les délices de Tokyo ( 2015), Naomi Kawase , prolonge d’une certaine manière ici, son retour vers la nature comme un clin-d’oeil référence à son film « vers la lumière » de cette forêt, en allant y puiser dans son passé , comme dans celui de Jeanne, y cherchant elle  » sa » lumière salvatrice …

La vieille dame  spécialiste des plantes  médicinales – Crédit Photo : Haut et court Distribution-

La rencontre de cette vieille dame aveugle «  qui voit avec son cœur » , l’exploration via les séquences et leurs références au chamanisme, offrent via la mise en scène de la cinéaste l’envoûtement au spectateur plongé au cœur des visions mystiques où la poésie s’insinue. D’autant que celles-ci reposent sur des images sublimes, offrant à la perception des bruits de la nature , du souffle du vent qui enfle les feuilles et les branches des arbres , ceux de la vie animale,ou  la lumière et l’ombre du sous-bois , sa flore , les couleurs des feuilles exposées au soleil. Naomi Kawase se mue en peintre de la nature, et sait attendre des heures pour offrir  l’image symbolique et sublime, d’un ressenti . Elle sait  aussi  transmettre le ressenti de   l’osmose, entre un corps étreignant  le tronc d’un arbre  centenaire , de la même manière que ,  ce que  au cours de ses promenades  son chien fidèle et son flair  permet de découvrir  à son maître , des secrets du sous-bois , de la faune et de la flore et ses plantes médicinales dont les ancêtres savaient tirer profit . Jeanne en fera aussi l’expérience à laquelle les fantômes de ses souvenirs, vont la confronter en tentant de trouver l’apaisement qu’elle est venue y chercher. L’ osmose – à laquelle se joindra le mystérieux jeune et beau jeune homme     ( Takanori Iwata ) retrouvé blessé dans la forêt et recueilli par le forestier – fera  son chemin par le trouble de ce jeune visage  qui viendra raviver  à Jeanne la mémoire de l’amant de ses vingt ans , amplifiant  la cicatrice de la blessure profonde qui persiste, et la nécessité d’y trouver remède..
On se laisse envoûter par la mise en scène aux sublimes images, elles ne manqueront pas de vous emporter avec elles au cœur de l’intimité de ses héros . Mais aussi au cœur d’une nature dont la cinéaste nous convie à réfléchir sur la nécessité d’apprendre à vivre avec elle. C’est un très grand film que signe Naomi Kawase . Ne le manquez pas …

(Etienne Ballérini)

VOYAGE A YOSHINO de Naomi Kawase – 2018- Durée : 1 h 40_

AVEC / Juliette Binoche , Masatoshi Nagase, Takanori Iwata, Mari Natsuki, Mirai Moriyama, Min Tanaka, Minamai, Kazuko Shirakawan et Jiji Boo.

LIEN : Bande-Annonce du film : Voyage à Yoshino de Naomi Kawase .

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