Cinéma / Andréa Bescond et Eric Metayer à propos du film Les chatouilles

Rencontre avec Andréa Bescond et Eric Metayer, les réalisateurs du film Les Chatouilles

Les Chatouilles 01
Andréa Bescond et Eric Metayer  – Crédit photo:  Corse Net Infos

Les Chatouilles aborde un sujet extrêmement délicat, la pédophilie, avec un vécu raconté. Comment passe-t-on d’un vécu, à une pièce de théâtre puis à un film ? Comment avez-vous réussi cette alchimie ?
Andréa Bescond
 : « Il faut quelques années déjà… Pour entamer le processus psychologique autour de ça il a fallu un peu de temps. Le spectacle a été une première étape. Quand on a monté le film avec avec Eric on étaient prêts à parler de plein de choses. Comme c’est en partie mon histoire, j’étais prête à me délester d’un poids. Le film a été la fusion de nos idées, de nos envies, de nos envies cinématographiques autour de ce thème qu’il fallait dénoncer de cette manière, sous l’angle de la vie. »

Comment avez-vous pu sortir « ça » de vous ?
A.B. : « 
Déjà je me suis senti aimé par quelqu’un de formidable (rires)… Grace au regard d’Eric j’ai trouvé la force d’en parler. Ce qui n’est pas évident. Mais je crois que c’est la première étape de la réparation, en parler, formuler ce qui nous est arrivé. C’est tout un processus, c’est de l’écoute, c’est du partage. On a échangé, discuté, travaillé tous les deux là-dessus. Quand on se sent accompagné et aimé, même s’il faut toujours travailler, ça devient plus facile. »

Eric Metayer, ce qui m’a beaucoup marqué c’est la mise en scène. On est à la fois dans le cinéma mais aussi dans le théâtre…
Eric Metayer :
« Ça s’est fait simplement par le travail, grâce à un univers de mise en scène théâtrale que je connais,un univers de danse qu’Andrea connaissait et un univers qu’on défrichait qui était le cinéma. On a jamais eu la peu d’amener notre univers. Je parle tout le temps par image…Là, on n’a pas eu peur d’être invités chez des amis et de se gourer dans la bouteille qu’on amenait ! On a amené notre bouteille, celle qu’on aimait parce qu’on avait envie de leur faire partager. Après, au milieu de tout ça, on a fait un bon repas ensemble… même si malheureusement le sujet était un peu lourd.On l’a fait ensemble, avec des univers qu’ont portait haut et fort avec nos flambeaux. »

Ce qui troublant, c’est le parallèle entre la gestuelle de la danse et celle du pédophile…
A. B. : « C’est étonnant, je n’avais jamais entendu ça…C’est vrai qu’avec Pierre Deladonchamps on a choisi un acteur qui a cette élégance naturelle.. En plus on voulait parler de ces agresseurs qui sont « monsieur » ou « madame tout le monde » avec une réussite sociale, une famille, ce qui est souvent le cas. Effectivement, Pierre amène cette élégance dans sa gestuelle, même si c’est terrible d’apporter à ce personnage là cette élégance. Justement, il dégage quelque chose de solaire, de léger, de relativement positif… et c’est extrêmement trompeur. »

Parmi les acteurs, il y a également Karin Viard et Clovis Cornillac qui sont également excellents, et puis il y a cette petite Odette (Cyrille Mairesse)… Comment fait-on pour diriger une petite Odette comme ça sans la « fracasser » pendant le tournage ?
E.M. : « 
On l’a trouvé par casting. On a vu tout de suite son regard, sa force… On s’est dit « cette petite fille elle peut faire Odette car on peut croire à la résilience, on peut croire qu’elle peut s’en sortir parce qu’elle a une force de vie dans l’œil. C’est ça ». La deuxième chose c’est qu’on a un peu « casté » les parents et nous sommes tombés sur des parents extraordinaires, très proche de leur fille, qui parlaient déjà ce que pouvait être le problème de l’inceste, de la pédophilie… Elle savait déjà le sujet du film. On a eu la chance d’avoir la pièce qui se jouait. Elle a pu la voir avec ses parents, lesquels m’ont dit après que c’est elle qui prendrait la décision et non eux. Cyrille Mairesse, qui avait 9 ans, nous a appelés peu après en nous disant « Je veux faire le film parce que je veux défendre cette cause et aider pour que ça ne se reproduise pas ». Elle savait très bien ce qu’elle faisait. Elle a vraiment joué le jeu en tant que comédienne et non comme une petite fille. Nous, au milieu de tout ça, il y a la magie du cinéma. On fait des champs/contre-champ, elle n’est pas présente au moment où le pédophile fait des scènes plus compliquées… Tout cela a été fait de façon à ce qu’elle ne soir jamais confronté à ça, mais elle savait jouer à fond car elle avait envie de défendre quelque chose. Ca s’est passé assez facilement avec elle. »

A l’occasion des avant-premières, comment réagissent les adultes et les jeunes ?
A.B. : «  Il y a des perceptions différentes, même en fonction des lieux. Des gens vont se livrer tout de suite, se lever et dire « moi-aussi j’ai vécu ça dans mon enfance. Quelqu’un m’a violé. » . Le film permet de parler. Beaucoup de gens le font, soit de manière très frontale, dès la fin de la projection, les personnes prennent le micro et se livrent. D’autres viennent nous voir en privé, Eric et moi, ou alors, encore plus en privé, nous écrivent sur les réseaux sociaux »
E.M. : « Très souvent à la fin du film, des victimes sont venues nous voir en nous disant : « On début, quand j’ai entendu les applaudissements, j’ai applaudi moi aussi, et puis, je me suis dit, mais non, les applaudissements ne sont pas que pour le film, ils sont pour moi. » Tout d’un coup, ils n’avaient plus honte et ils n’avaient pas à baisser la tête. C’est ce qui se passe souvent lors des avant-premières… les gens se lèvent et parlent avec une simplicité totale de ce qui leur est arrivé. C’est important, car les gens autour qui n’ont pas vécu ces drames, peuvent l’entendre, le comprennent avec le film mais aussi vraiment en ayant une personne en face, une victime, qui n’est pas seulement un morceau de journal sur lequel un nom a été marqué. Tous ces gens qui sortent de ces projections nous disent : « On sort avec de la vie ! La vie est là et il faut qu’on se batte !»

Propos recueillis par Dominique Landron – Journaliste/Critique cinéma pour France Bleu RCFM Frequenza MoraArte Mare/Bastia – Octobre 2018

Voir également :
la critique des
Chatouilles
– La 36e édition d’Arte Mare

(Philippe Descottes)

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