LES CHATOUILLES d’Andrea Bescond et Eric Métayer.

Le thème de la pédophilie au cœur d’un récit autobiographique bouleversant. Violence, déni, libération de la parole et résilience pour un retour à la vie. Un grand film citoyen nécessaire. A voir absolument !..

Le titre qui évoque l’enfance et les gestes d’amusement et de jeu, revêt ici une dimension grave qui renvoie à la mise en scène à la fois surprenante et originale , jouant sur ces deux tonalités, lui permettant d’utiliser la fameuse distanciation Brechtienne. Le sujet grave, c’est la pédophilie. On découvre des les premières scènes : Odette une petite fille de 8 ans, belle et gentille qui aime bien  s’amuser , danser et dessiner. Un ami, Gilbert ( Pierre Deladonchamps ) très proche de ses parents ( Karin Viard et Clovis Cornillac) à qui il rend visite très souvent et qu’elle aime bien, lui propose un jour de jouer  aux « chatouilles » , pourquoi refuserait-elle ?. Le « jeu » va durer plusieurs mois . Cut . On retrouve Odette (Andrea Bescond aussi devant la caméra ) , adulte , elle est danseuse et même une vie agitée et a un sacré caractère !. Mais sa révolte intérieure, c’est par la danse ( scènes magnifiques ) qu’elle la canalise et l’exprime en s’y consacrant de tout son être. Des années de travail acharné qui finissent par se concrétiser par une création sur une grande scène Parisienne, comme aboutissement. Le spectacle  Les chatouilles et la danse,présenté au Festival d’Avignon en 2014 , puis au théâtre Antoine à Paris, remporta un gros succès, est devenu aujourd’hui un film. Inspiré du vécu de la cinéaste et de ce «  viol » qui lui a volé et a meurtri sa jeunesse , et cette douleur du secret gardé qui devenait   insupportable…

Gilbert ( Pierre Deladonchamps) et Odette ( Cyrile Mairesse) – Crédit Photo : UGC Distribution-

Le film décrit tout ça de manière bouleversante. D’autant plus qu’on l ‘a suggéré, la forme est là pour offrir encore plus de poids et de force  à cet insupportable, qui, un moment la fera – aussi- basculer dans la drogue, afin d’ oublier le poids d’une déchirure enfouie … qui revient inexorablement, la hanter. Les traumatismes et les cauchemars, elle les libère par la danse, la souffrance du travail imposé à son corps adulte exorcisant celle subie par son frêle corps d’enfant. Mais cette blessure ià certains moments reprend le dessus et la thérapie de la danse ne suffit plus, la conduisant à des dérives. Le déni qui persiste,envers ses proches et amis qui n’ont rien vu, a pourtant besoin d’être canalisé par une écoute qui puisse prolonger le travail esquissé par celui de la danse, et en compléter définitivement, la renaissance libératrice à la vie. La belle idée du film est de le décrypter au cœur d’un long travail de thérapie, lors de visites au cours desquelles, elle hésitera à se confier. Car cette fois-ci , l’obstacle franchi par la liberation du corps par le choix de la danse , en implique un autre, plus difficile. Celui de devoir affronter le déni, en libérant la parole et le porter au grand jour. Les magnifiques  séquences qui en décrivent l’autre long chemin d’une défiance à surmonter envers une inconnue à qui il va falloir confier le secret , les auteurs en décrivent admirablement le parcours psychologique d’une thérapie reposant sur la dualité nécessaire de l’écoute et de la confiance permettant de briser, les barrières . Long parcours entrecoupé de moments de rejet et de défiance, trouvant par le travail de persuasion de la thérapeute (Carole Franck) la persuadant de se libérer définitivement du déni….et guérir le mal par la dénonciation du coupable qui le lui a infligé !.

Andrea Bescond, Karin Viard, et Clovis Cornillac – Crédit Photo: UGC Distribution-

La mise en scène des événements traumatiques intercalés au cœur du quotidien de son parcours de danseuse, ses amours, ses colères, et la va-et-vient entre les deux époques           ( L’enfance , le quotidien du présent), les auteurs lui offrent une belle fluidité dramatique. Ouvrant un aperçu du difficile chemin de la renaissance à la vie et   à cet apaisement lui permettant de se libérer du poids de la douleur. Ne pas avoir peur de se confier, de dire les raisons de son mal-être, et affronter aussi ceux qui ont peur (ses parents ) des répercussions sur leurs vies et des réactions de leur entourage, objet de scènes très fortes donnant à voir les conséquences, et leur ressenti. Et surtout, pour elle, la nécessité de se faire rendre justice…car le crime ne peut pas rester impuni, il en va de la dignité de l’individu et de sa souffrance intime qui doit être entendue, reconnue !. La force du film est aussi dans ce que cette dimension « intime » d’un vécu douloureux, renvoie à un «  tabou » ( la pédophilie , les violences sexuelles) de société dont la parole se libère elle aussi, enfin!. c’est un grand film qu’Andrea Bescond et Eric Métayer, Métayer ont signé . Un film nécessaire , porté par une mise en scène toute en nuances qui décrypte admirablement les étapes d’un long parcours , le film est bouleversant , c’est un vrai choc !. Acclamé, ovationné par le public , lors de sa présentation à la section Un Certain Regard au festival de Cannes . Les Chatouilles sort cette semaine sur les écrans , ne le manquez surtout pas !.

(Etienne Ballérini )

LES CHATOUILLES d’Andrea Bescond et Eric Métayer -2018- durée :
AVEC : Andrea Bescond, Pierre Deladonchamps, Karin Viard, Clovis Cornillac, Grégory Montel,Carole Franck, Gringe, Ariane Ascaride, Cyrille Mairesse, Léonie Simaga…
LIEN : Bande-Annonce du Film : Les Chatouilles d’Andrea Bescond et Eric Métayer.

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