14-18/ Je me souviens d’Augustin Trébuchon

Je me souviens de toi, Augustin.
Je me souviens que tu es né le 30 mai 1878 au Malzieu-Forain en Lozère, ce qui fait de toi un occitan.
Je me souviens que ton père, Jean Baptiste Trébuchon, était cultivateur et ta mère, Rosalie, était ménagère
Je me souviens que tu devais te marier avec Hortense Brun, comme le disait ta nièce, Augusta. Hortense avait eu une fille, Marie, que te ressemblait beaucoup.
Je me souviens que tu es l’aîné de six enfants, que tu gardes les chèvres et que tu dois rapidement prendre en charge tes frères et sœurs quand vos parents meurent alors que tu as 16 ans
Je me souviens que de 1900 à 1914, tu es berger à Saint Priva du Fau en Lozère.
Je me souviens que faisant partie de la classe 1898 (l’année de tes vingt ans), tu es tiré au sort pour faire son service militaire parmi les jeunes du canton de Malzieu.
Je me souviens que nous sommes le début novembre 191814-18/ Je me souviens d’Augustin Trébuchon
Je me souviens que, depuis le 8 novembre, le bruit s’est répandu sur le front : l’Allemagne est à genoux, la révolution à Berlin…14-18

Augustin Trébuchon

Je me souviens d’Augustin Trébuchon.                                                         Je me souviens les plénipotentiaires allemands sont arrivés dans la nuit du 8 dans la clairière de Rethondes en forêt de Compiègne.
Je me souviens que, comme tous les soldats de ton régiment, tu cherche à te faire le plus petit possible dans ton trou. Se faire oublier. Ce serait trop bête de mourir maintenant…
Ton régiment, c’est le 415e d’infanterie, créé en 1915 pour pallier l’hémorragie, les troupes massacrées d’août et septembre 1914.
Je me souviens, qu’avec tes copains de misère,  tu te trouves entre Charleville-Mézières et Sedan, devant la Meuse qui vous sépare des Allemands se repliant vers leurs frontières.
Je me souviens que tu es soldat de 1re classe avec fonction d’estafette au sein de la 9e compagnie du 415e régiment.
Je me souviens de l’ordre donné par le général Marjoulet le 9 novembre : «L’ennemi hésite à signer l’armistice. Il se croit à l’abri derrière la Meuse. Il faut frapper son moral par un acte d’audace. Passez comme vous pourrez : au besoin sur les voitures de vos convois, mises en travers du fleuve ».

Couverture du Livre

Je me souviens que, à 5h15, ce 11 novembre, la nouvelle tombe. Le message du maréchal Foch annonçant la fin de la guerre est transmis par télégraphe aux commandants en chef des différentes armées alliées. « Les hostilités sont arrêtées sur tout le front, à partir du 11 novembre, 11 heures (heure française). Les troupes alliées ne dépasseront pas, jusqu’à nouvel ordre, la ligne atteinte à cette date et à cette heure. » Le message parvient au 415e à 8h30. Pourtant, les obus continuent de pleuvoir.
Je me souviens que tu es tombé au front le 11 novembre 5 heures après la conclusion de l’armistice, et que tu es fauché par une rafale de mitrailleuse 15 minutes avant l’entrée en vigueur du cessez-le-feu fixé à 11 heures.
Je me souviens que, en ta qualité d’agent de liaison, tu courais vers le front en bordure de Meuse porteur d’un message ordonnant aux combattants de décrocher vers l’arrière pour la soupe prévue à 11h30…

Sépulture d’Augustin Trébuchon

« Rassemblement à 11h30 à Dom-le-Mesnil pour le ravitaillement« , c’est l’ordre que tu dois transmettre à ton capitaine sur la ligne de front. Pourquoi t’envoyer sous les balles alors que la guerre doit prendre fin à 11 heures ? Mystère.
Je me souviens que ru franchis une nouvelle fois la passerelle du barrage sur la Meuse, que tu bondis en direction de la voie de chemin de fer où s’est stabilisée la ligne de front. Mais… Sur les hauteurs, les Allemands arrosent les lignes françaises à la mitrailleuse. Tu t’effondres dans la boue, touché par une balle en pleine tête
.Je me souviens qu’au poste de commandement on cherche désespérément un clairon pour sonner le cessez-le-feu. Le soldat Octave Delaluque qui en possède un est convoqué.
Je me souviens que cet ouvrier agricole de la Beauce est perplexe et sans doute aussi ému par la solennité de l’instant.
Je me souviens que, en cherchant son instrument dans ses affaires, il essaye de se rappeler de la mélodie. « La dernière fois que je l’ai joué, c’était en 1911, au champ de tir (…) », confesse-t-il à son capitaine. Ce dernier lui siffle l’air avant de l’envoyer en première ligne. La peur au ventre, le soldat Delaluque se met debout et joue.
Je me souviens que, quelques minutes plus tard, l’estafette Georges Gazareth tombe sur un corps encore chaud. C’est toi, Augustin Trébuchon. « Oh le pauvre Augustin ! Il ne reverra jamais sa Lozère »

Jules André Peujot , Premier mort pour la France

Sur les dix Trébuchon  morts pendant la guerre de 1914-1918 seule la fiche d’Augustin Trébuchon porte la mention rectificative du lieu de son décès, l’armée ayant corrigé la première version situant la mort à Dom le Mesnil (sur la rive gauche de la Meuse) pour la remplacer par Vrigne Meuse (sur la rive droite). La mention « Mort pour la France » est antidatée au 10 novembre comme pour les autres Français morts le 11 novembre 1918.
Pour les autorités militaires,  il n’était tout simplement pas possible de mourir pour la France le jour de l’armistice, le jour de la victoire.
Ce fut la dernière bataille et la bataille de trop. Au matin du 11 novembre 1918, dans les heures qui précédèrent l’armistice, des soldats français furent tués dans un combat inutile, à Vrigne-Meuse, dans les Ardennes. « Ils sont morts pour rien » assure aujourd’hui le petit-fils de l’officier qui les commandait alors.
Augustin, tu es considéré comme le dernier soldat mort au combat de la première guerre mondiale, tu sais, celle qui devait être la der des der.
Je me souviens aussi de Jules André Peugeot, né  le 11 juin 1893 à Étupes dans le Doubs et mort le 2 août 1914 à Joncherey dans le Territoire de Belfort, caporal de l’armée française. Il est le premier mort militaire français de la Première Guerre mondiale.
Je me souviens que les pertes humaines de la première guerre mondiale s’élèvent à environ 18,6 millions de morts. Ce nombre inclut 9,7 millions de morts pour les militaires et 8,9 millions pour les civils

Jacques Barbarin

A lire : Augustin, d’Alexandre Duyck Editons JC Lattès, 200 pages, 16 euros.
Sources : Wikipédia, http://secretdéfense.blogs.liberation.fr https://horizon14-18.eu https://www.ladepeche.fr                                                                                                  Illustrations:
Augustin Trébuchon dernier mort pour la France – Crédit :https://www.la-croix.com
Sépulture d’Augustin Trébuchon  – Crédit :wikipédia
Jules André Peugeot, premier mort pour la Franc – Crédit : France 3 Franche Comté Philippe Trzebiatowski

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Un commentaire

  1. Le livre est formidable, il redonne une place à l’homme dont la mort est glaçante, du fait de l’heure officielle de la fin de la guerre et du point de vue administratif après son décès. Une figure que personne ou presque ne connaît mais qui est porteuse de sens !

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