Cinéma / SILVIO ET LES AUTRES de Paolo Sorrentino.

Après il Divo ( 2008) consacré à Giulio Andreotti et les compromissions avec la Mafia , et La grande Bellezza ( 2013 ) satire du microcosme artistico-mondain Romain . C’est au tour du « cavaliere » Berlusconi et aux frasques séductrices d’un certain pouvoir dont le cinéaste décrypte la démesure politique  grotesque ,qu’il a incarnée . Du grand cinéma …

Dès le générique le cinéaste nous met dans la confidence : «  Silvio et les autres est un récit fictionnel en costumes d’époque qui raconte des événements vraisemblables ou inventés entre 2006 et 2010 », dit-il . En revendiquant, la « liberté » d’approche artistique, Poalo Sorrentino s’autorise un regard impressionniste personnel en forme de ressenti sur une personnalité politique qui pendant vingt ans, a habité et « incarné »  une certaine forme de réussite           ( empire médiatique) et Politique. Mais aussi dit le cinéaste « celle d’une époque qui se cherhe, désespérée d’être vide » . Ce vide des apparences et de la décadence, celui de l’ambition, de l’intérêt et dont le cinéaste cherche à sonder les contradictions révélatrices afin d’en pénétrer le mystère. Celui d’un homme dont le pouvoir de séduction devient une sorte d’obsession , comme l’illustre cette magnifique scène où il téléphone à une inconnue pour lui vendre, le rêve d’un nouvel appartement, ou cette jeune fille qui lors d’une soirée repoussera ses avances parce qu’il lui rappelle «  son grand-père ! », lui renvoyant cette autre obsession, la peur de la vieillesse et de la mort. Ou , comme le reflète encore ce roman -photo «  une storia italiana » envoyé par Berlusconi,  à tous les italiens en 2001. Son but : incarner par cette présence médiatique un symbole qui «  à la différence d’un être humain ordinaire appartient à tout le mon, et donc , en ce sens, il représente une partie de tous les italiens », ajoute le cinéaste. Mais a trop vouloir en faire…

Silvio Berlusconi ( Toni Servillo ) – Crédit Photo : Gianni Fiorito –  sur le Set du film « Loro » di Paolo Sorrentino.

Ce Berlusconi , qui a suscité à la fois rejet et curiosité sur « Loro » ( Eux , titre original du film) ces italiens qu’il a séduits et veulent le séduire à leur tour. On le retrouve à un moment clé de son parcours avant son ultime retour politique . En pleine période «Bunga , Bunga » où tout le monde veut l’approcher. A l’image de Sergio Morra ( Riccardo Scamarcio, épatant ) , ce jeune provincial italien peu cultivé et fier de l’être ; mû par l’obsession de la réussite et rêve de devenir comme « lui » , le cavalière. Usant lui aussi de son pouvoir de « séduction » avec son « empire » de filles et ( ou) prostituées de luxe , il va tout faire pour l’approcher . La Longue et incroyable séquence d’une maîtrise exceptionnelle rend admirablement , avec ses méga-fêtes érotiques, et tout le luxe et ses dérives ( drogue ) qui s’y déploie , toute la frénésie de la période «  sexe et politique ». Le courtisan qui s’installe près de la luxueuse villa en Sardaigne tentant d’attirer son attention, l’opportunité se présente, jeunes filles (dont une dont on fête l’anniversaire ) , plateau de tiramisù  (dessert préféré du cavaliere ) , la fête de déroule. La référence à l’affaire Noemi Laetzia qui éclate en 2009 à Naples avec la présence de Berlusconi à l’anniversaires des 18 ans de celle-ci, qui aura le retentissement que l’on sait. Dans cette luxueuse villa moderne façonnée à son image , où toute la mégalomanie de Silvio se décline dans toute sa splendeur à l’image de ce volcan,  jouet miniature dont il aime déclencher les éruptions. Ou encore la statue de ce christ ( référence à la Dolce vita de Féllini) livré en hélicoptère sur le terre – plein …

Sergio Morra ( Riccardo Scamarcio ) et  Euridice Axen. – Crédit Photo: Gianni Fiorito –

Cette villa qui va devenir le centre du film dont la scène d’ouverture, nous interpelle justement avec le symbolisme mystérieux de la mort grotesque d’un mouton qui s’est introduit dans les lieux, ne résistant pas aux facéties d’une climatisation déréglée !. Et que complète l’outrance du déguisement du Cavaliere en femme arabe sensé surprendre son épouse …qui reste de marbre ! . Prélude à toute une série de « tractations » politiques offrant en miroir du spectacle de la représentation , celui des manipulations et des intrigues des coulisses politique . Le second aspect est d’autant plus passionnant que Paolo Sorrentino cherche à décrypter au cœur de celui-ci , l’homme vieux et déchu de son pouvoir et obsédé de le reprendre. C’est l’homme privé que le cinéaste ausculte dans ses relations familiales et avec ses invités reçus… avec  sa bonhomie princière. Et aussi , suite à l’affaire Noémi laetitia, les rapports tumultueux avec sa femme qui finit par lui renvoyer au visage que tous les excès sur lesquels il a construit son empire, sont le reflet d’un immense vide. Celui d’absence de créativité, d’intelligence, de valeurs et d’idées que ses chaines de télévision lui renvoient aujourd’hui en Boomerrang «  tu voulais être un grand homme politique , mais tu es resté un représentant ! » , lui dira sa femme  Veronica ( Elena Sofia Ricci , remarquable ) ,le renvoyant à ses devoirs . Et le tableau complété par les séquences empreintes de cynisme , notamment dans les tractations économiques et politiques . Avec ces largesses en commissions argentées, afin de faire céder ceux qui tentent de lui tenir tête , comme l’illustre l’étonnante  scène, avec ce joueur de foot de son équipe du Milan Ac qui veut quitter le club !.La corruption s’étend évidemment au terrain politique , et les scène décrivant l’achat du sénateur De Grégorio dont Berlusconi sera accusé d’avoir acheté le ralliement, 2 Millions d’Euros ,pour ne pas voter la confiance au Gouvernement Prodi et le faire chuter, afin de permettre le retour en politique du Cavaliere …

Silvio Berlusconi ( Toni Servillo ) et  Elena Sofia Ricci. – Crédit Photo : Gianni Fiorito –.

Comme c’est aussi le cas ,  à l’occasion du tremblement de terre d’Aquila dans les Abruzzes qui a fait de nombreuses victimes et détruit une grande partie de la ville. Berlusconi, en sauveur s’y rend et promet de reconstruire la ville en un temps record !. L’escroquerie est inimaginable :  malversations , réseaux criminels  impliqués et  dénoncés:  mais , rien  n’est fait!. Le constat est là : sur les 4500 maisons construites en un temps record (coût 1 milliard d’Euros dont un Tiers financé par l’Union Européenne), un grand nombre est devenu inhabitable, et seuls sur les 1000 commerces présents avant le sinistre 60 ont étés reconstruits, tandis que le centre -ville , est aujourd’hui encore zone sinistrée, comme le montre la scène finale du film. Paolo Sorrentino signe un magnifique film politique qui en dit long sur l’état d’un pays dont l’ère Berlusconienne a précipité les difficultés qu’elle rencontre aujourd’hui Le film , et c’est un atout  supplémentaire, est porté par un « casting » impeccable dont Toni Servillo , incroyable, en clone de Berlusconi . Du beau travail …

(Etienne Ballérini)

SILVIO ET LES AUTRES de Paolo Sorrentino -2016- Durée : 2h 38.

AVEC : Toni Servillo, Elena Sofia Ricci, Riccardo Scamarcio, Kasia Smutniak, Euridice Axen, Fabrizio Bentivoglio …

LIEN : Bande -Annonce du film : Silvio et les autres de Paolo Sorrentino .

 

 

 

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