Cinéma / CAPHARNAÜM de Nadine Labaki.

La misère et la survie. Les enfants abandonnés à la rue ou vendus. L’émigration et les expulsions. Les femmes  maltraitées et ostracisées devenant esclaves . La cinéaste , d’origine Libanaise de Caramel (2007 ) et de Maintenant  on va où ?  (2012 ) , nous propose son nouveau film bouleversant. Sélection Officielle au Festival de Cannes 2018, il a obtenu le Prix du Jury. Ne le manquez pas !…

zain ( Zaïn Al Rafaeea  ) – crédit photo : Gaumont distribution-

Au Festival de Cannes, le film très bien  accueilli par le public, avait divisé la presse internationale  qui lui reprochant d’utiliser les codes du pathos, du misérabilisme et la maladresse de la surenchère mélodramatique démonstrative. Alors  film racoleur, et (ou)  voyeur ?sur l’enfance Mais  l’a-t-on dit du Kid de Chaplin, ou de l’enfant du Voleur de Bicyclette de Vittorio De Sica ?. C’est, nous semble-t-il oublier bien vite, le constat  d’une réalité dont la description des thèmes énoncés ci-dessus embrasse la dimension d’un cinéma Populaire , dont les précédents films de la cinéaste , adoptaient déjà la forme d’un regard humaniste attentif aux personnages et à leurs conditions de vies. Celles dont le titre du film , ici, se fait écho d’un « état des lieux » où l’absurdité éclate comme une évidence, du non-respect des droits humains élémentaires qui s’y révèlent , confrontés aux indifférences et au laisser -aller des instances chargées de les combattre. Cette dimension populaire que l’on évoque a été tout au long de l’histoire du Septième art  utilisée par de nombreux cinéastes    ( Les raisins de la colère de John Ford, les films de Frank Capra, ou par exemple, le récent The Florida Project de Sean Baker, dans lequel une enfant de 6 ans est l’héroïne de l’Amérique des laissés pour compte…),  afin de susciter les réaction d’indignation et d’interpeller. C’est cette voie là , que la cinéaste a choisie, celle d’un cinéma où l’objet dramatique au cœur du récit, n’a aucune raison objective d’être « distancié ». Sordide , la misère ne l’est-elle pas ? , est-ce un cliché?. Les codes du cinéma Populaire s’accommodent souvent de cet objet dramatique au coeur du récit qui n’a aucune raison d’être  « distancié ». Le tout  étant, en  effet une question  de ( bon ) dosage qui nous semble ici , être  la préoccupation première de la cinéaste…

Au Procès: Zaïn ( Zaïn Al Rafaeea) et son Avocate – Crédit Photo : Gaumont Distribution-

En ce sens l’histoire de ses petits héros , et celle du peuple des miséreux et exploités, sur lequel elle pose son regard dont elle a voulu qu’il soit restitué dans son authenticité par ceux -là mêmes,  qui l’ont vécu dans leur chair. Le film débute par une séquence -choc ,et presque incroyable d’un jeune garçon de 12 ans, Zaïn ( Zaïn Al Rafeea ) issu d’un quartier pauvre de Beyrouth qui dit au juge du tribunal où il comparait pour agression avec arme blanche «  je souhaite porter plainte contre mes parents, pour m’avoir  la vie ». Et nous voilà plongés ensuite dans le sillage de ce garçon laissé à la rue par ses parents qui n’ont pas les moyens de le nourrir et qu’ils n’ont même pas déclaré à sa naissance ne possédant pas les 200 dollars pour le faire !. La cinéaste a construit un film-combat,  qui lui a demandé dit-elle  « trois ans de travail et de recherches« , afin de restituer avec le plus de vérité possible, les faits que l’on va découvrir. Et pour les rendre encore plus crédibles elle s’est attachée aussi pour incarner ses personnages à choisir des gens de la rue ayant vécu des situations semblables  « parce qu’il fallait qu’il y ait une sincérité absolue« , ajoute-t-elle . Car au delà du vécu de Zain, il y a celui d’autres  enfants vendus et (ou)  maltraités, et,  y est également évoquée la question des migrants illustrée par Rajil ( Yordanos Shiferaw) jeune femme Ethiopienne qui a quitté sa famille pour venir travailler au Liban où elle se retrouve, avec d’autres, devenir des esclaves maltraitées et ostracisées pour leur couleur de peau …et  qui n’ont pas le droit d’avoir des enfants…

Zaïn va prendre soin de la petite Yonas ( Boluwatife Treasure Bankole) – Crédit Photo: Gaumont Distribution-

La jeune Rahil qui est tombée enceinte d’un autre employé de la maison, va être renvoyée !. Sans papier, et  risquant d’être expulsée elle cherchera du travail, abandonnant provisoirement son bébé, Yonas (Boluwatife Treasure Bankolé)  à Zaïn . Superbe moment de grâce  au cours duquel Zaïn , petit gavroche débrouillard  et mâlin, va prendre en charge Yonas  l’invitant dans son quotidien de la rue  et  son combat pour ne pas mourir  de faim au coeur d’une ville où ils croisent d’autres misérables qui survivent comme ils peuvent. Une « ville- monde« , filmée avec le réalisme d’une mise en scène ( on pense au Voleur de Bicyclette de Vittorio De Sica ) décryptant tous les ingrédients qui composent l’état des lieux et des rapports de forces envers ces « moins que rien » , comme ils s’appellent eux- mêmes! . Comme le constatera la soeur de Zaïn contrainte au mariage forcé ; et d’autres  comme elle  vendues, ou devenant des objets pour pédophiles … ou des marchandises pour couples en quête d’enfants bon marché!. Dès lors le procès intenté à ses parents par Zaïn devient par sa symbolique, une sorte de manifeste  en forme de cri déchirant de  « demande d’amour « .  Mais sa force est aussi celle du constat de la cinéaste qui veut faire bouger les lignes, afin de redonner  une dignité à ceux  à qui on la refuse. Elle est aussi dans l’idée qui le sous – tend  dans ce qu’il  dit, et qu’illustre la belle réplique « que savez-vous de ce que nous  vivons, de la misère ? « , adressée  par la mère de Zaïn,  à l’avocate.  Avec Capharnaüm , Nadine  Labaki, signe un film important et fort  sur les conditions qui sont faites  à tous ceux que la misère a poussés dans la rue, et tentent d’y survivre …

( Etienne Ballérini)

CAPHARNAÜM de Nadine Labaki – 2018- Durée : 2h 00-

AVEC : Zaïn Al Rafeea, Yordanos Shiferaw, Boluwatife Treasure Bankole, Kwatar Al Haddad, Fadi Kamel Youssef, Cedra Izam, Alaa Choucilnieh, Nadine Labaki …

LIEN : Bande -Annonce du film : Capharnaüm de Nadine Labaki

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