Cinéma / DILILI A PARIS de Michel Ocelot.

Le Paris de la belle époque. Dillili, la petite Kanak y débarque  pour y représenter un « village indigène ». Elle y découvre le foisonnement culturel et l’humanisme porteur de partage et de liberté, mais aussi le racisme et les injustices fomentées par la secte des Mâles-Maîtres. Le nouveau conte aux accents policiers de l’auteur de Kirikou et d’Azur et Azmar  est un enchantement de tous les instants…

Elle est le pendant féminin du petit « Kirikou » l’Africain, la petite Kanak, nouvelle héroïne du cinéaste . Elle prolonge la saveur des contes animés ( Dragons et Princesses, les contes de la nuit, Ivan Tsarévitch et la princesse changeante …) via lesquels, il n’a cessé de perfectionner son art et sa réflexion sur les thèmes qui lui sont chers. Ceux dont, ici, le Paris de la belle époque et son foisonnement culturel défilant  au coeur du récit, avec les figures marquantes et les progrès dont elles sont porteuses d’avenir et d’espoir. En même temps que persistent les effets du colonialisme et d’un certain rejet, auquel la curiosité du regard exotique, renvoie à une certaine condescendance empreinte de racisme. Comme le reflète cet échange entre Dilili et un passant qui lui demande « toi y’en a parler Français ? », à qui elle va répondre  : «  apparemment mieux que vous Monsieur ! » . Le ton est donné. Celle-ci dont le métissage Kanak-Français qu’elle revendique , et dont l’enseignement de la maîtresse d’école , fut Louise Michel,  alors déportée à Nouméa , qui lui a appris toutes les ficelles de notre langue, et les valeurs de liberté et d’humanisme en héritage. C’est portée par le désir de découverte qu’elle s’est jointe secrètement à ses compatriotes du navire en partance pour la France . Dans le « village indigène » où elle se retrouve exposée aux regards de la foule, un Jeune homme livreur de son état , Orel , l’aborde et lui propose -une  aubaine! -de lui faire visiter la capitale à bord de son triporteur !…

La rencontre de Dilili et Orel- Crédit Photos: Mars films –

Elle ne pouvait pas rêver de meilleure proposition , elle , qui souhaitait dans le sillage de l’enseignement de sa maîtresse , parfaire sa connaissance du monde et de cultures . La célèbre ville lumière s’ouvre à elle en compagnie du beau jeune homme …qui connaît les célébrités du moment , dont la célèbre Cantatrice Emma Calvé admirée par le tout Paris . Dès lors le « trio », de ballades en ville en sorties dans le « beau monde », nous entraîne dans son périple festif et culturel, fait de rencontres avec les plus grandes célébrités de l’époque. Mais celui-ci, sera terni par une étrange affaire d’enlèvement de petites filles , par une secte maléfique qui fait la « une » des gazettes…et commence à inquiéter l’opinion publique. Aux festivités et autres déambulations Parisiennes de Dilili et Orel, va se greffer une intrigue policière dans laquelle ils vont se retrouver impliqués. A Dilili et sa soif de justice – les grandes figures qui ont marqué de leur empreinte cette « belle époque » par la richesse de leur apport à la culture et à la recherche scientifique- se joindront au combat contre l’obscurantisme. Belle idée que de mêler l’intrigue policière à la déambulation culturelle et touristique , celle-ci faisant dès lors s’interpénétrer les thématiques : progrès/ obscurantisme,  et culture / liberté, pointant un « phénomène Universel », d’injustices. C’est en ce sens que le vecteur du regard de l’enfant, utilisé par le cinéaste se veut – et se fait révélateur – par son ingénuité , d’une époque et au delà , d’un constat qui se perpétue …

Les membres de la secte préparent les enlèvements  de  fillettes – Crédit Photo : Mars Films-

Il est aussi donné comme un vecteur de connaissances et d’échanges pouvant devenir une force contre l’asservissement dont ,ici, au travers des enlèvements des petites filles destinées à être asservies par les Mâles -Maîtres, il devient le symbole. Celles-ci étant enlevées, et destinées à être dressées, pour devenir les futures femmes soumises de la secte. Michel Ocelot, souligne ( images très fortes… ) , l’Universalité d’un comportement indigne qui leur est fait un peu partout dans le monde. Refusant de pointer du doigt telle culture et  ( ou ) religion, sachant que les « méchants » savent parfois cacher leur vrai visage sous les plus belles apparences !. Et comme dans ses autres récits ou contes , il invite  ici aussi , le personnage de Lebeuf recruté par la secte, qui va finit par prendre conscience et finira par refuser de coopérer. A l’image de l’un des premiers personnages historiques évoqué dans le film  prêchant la fin d’une époque et le défaitisme, auquel fait écho la combativité de la petite Dilili, et celle d’un savoir et d’une culture vivante acquise et mise au service de l’autre. Celle dont  le cinéaste célèbre les apports , à l’image de Marie Curie et de Pasteur , dont les apports à la science ont étés déterminants , pour lutter contre les maladies et sauver des vies…

Dans les salons Parisiens , Dilili va à la rencontre des personnalités- Crédit Photo: Mars Films- 

La célébration des génies de la culture et de la sciences, dont Dilili fera la connaissance devient -au cœur des magnifiques images d’un Paris photographié et magnifié, par les retouches de la palette numérique et ses couleurs , pour lui faire retrouver l’authenticité de la Belle époque-  est un double défi. Celui des ambitions d’un récit et d’une mise en scène célébrant, l’Art et l’humanisme comme éléments d’espoir dans le futur.  Cet espoir qu’il célébrait déjà dans Azur et Asmar, comme  possible facteur  de renaissance d’une civilisation qui a tant apporté au monde. Alors, il faut se laisser emporter par la musique de Gabriel Yared qui accompagne les couleurs magnifiques de l’image , renvoyant à celles des tableaux des grands  (Toulouse-Lautrec, Matisse, Monnet, Picasso, Degas…) peintres ; et aux formes des sculpteurs ( Rodin, Camille Claudel..). Ainsi  qu’à celles des artistes de la scène    ( Sarah Bernhardt, Emma Calvé…) , des compositeurs de musique ( Debussy , Eric Satie..), des écrivains ( Colette, Marcel Proust, Gide…), et tant d’autres visionnaires ( Eiffel…) ou savants et génies de la science ( Pasteur , Marie Curie ) et du progrès. Le travail sur les extérieurs ( immeubles , rues , jardins …) et les intérieurs ( mobilier , éclairages…) , est
remarquable, et distille un plaisir de tous les instants. Accompagné de cet air de liberté qui fait du bien, porté par la vitalité d’une petite fille qui n’a pas froid aux yeux et qui sait
se dresser contre l’injustice, comme le lui a enseigné son institutrice. Et le  renvoie en relais au spectateur – enfant ou adulte – pour qu’il comprenne, cette volonté et cet espoir que chacun porte , au plus profond , d’être accepté et compris ….

(Etienne Ballérini )

DILILI A PARIS de Michel Ocelot – 2018- Durée : 1h 35.

AVEC, entr’autres les voix de : Prunelle Charles-Ambron ( Dilili), Renzo Ratsito ( Orel ), Nathalie Desssay ( Emma Calvé ) …

LIEN : Bande-Annonce du film : Dilili à Paris, de Michel Ocelot .

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