B.D / La Mort vivante

Aujourd’hui je voudrais vous parler d’une B.D qui m’a fortement émue, tant par le « scénar » que par le graphisme. En voyant l’univers que crée le dessin de cette œuvre, ce genre n’a pas volé le qualificatif d’ « Art », fût-ce le neuvième.

Déjà, dès le titre. La Mort vivante. Ah, votre sang ce glace, heint ! Un instant, il ne va pas tarder à atteindre le Zéro absolu. Quid : Les auteurs ? Deux dessinateurs hors pair, Olivier Vatine, qui signe aussi l’adaptation du roman éponyme, et Alberto Varanda. Car initialement La Morte vivante est un roman.
L’écrivain, Stefan Wul, de son vrai nom Pierre Pairault, né en 1922, mort en 2003, est un écrivain de science fiction. Principalement connu pour ses romans, il a également écrit des nouvelles et des recueils de poèmes.  La magie des décors et de l’ambiance évoquée par la musique, voilà ce qui m’inspire, je crois. Et tout le reste est accessoire. Le livret d’opéra, je m’en fiche éperdument ; ce qui m’intéresse c’est, une ambiance, voilà, un climat
Le roman dont nous parlons se situe dans un monde post-apocalyptique où les humains habitent sur Vénus car la Terre a été recouverte par les eaux. Seuls quelques îlots surnagent encore, notamment la crête des Pyrénées où se déroule une partie de l’action. Menant des expériences pour ramener une morte à la vie, les personnages voient la naissance d’une créature surhumaine qui avale toute vie et l’incorpore, devenant chaque fois plus grande et plus forte.
 Le roman raconte une nouvelle apocalypse, il préfigure en 1958 la psychose actuelle sur le pouvoir de la science, notamment dans le domaine de la médecine et de la biologie, son style mêle des scènes d’action très vivantes à des considérations neutres du narrateur.
Dans la bande dessinée, la petite Lise est tombée dans une fosse, sur un site de fouilles sur la planète Terre. Décédée sur le coup, malgré l’intervention de poulpes géants. Sa mère, la riche et ambitieuse Martha, ne s’y résout pas. Pour la faire renaître, elle décide de faire appel à un scientifique inspiré, écarté de ses fonctions dans la très obscurantiste société humaine implantée sur Mars.
Mais peut-on impunément jouer avec la vie et la mort, avec la création ?
La Mort vivante narre une histoire qui mêle SF ainsi qu’épouvante. Or son trait – celui de Varanda est d’une élégance rare, et de facto, rehausse cette épouvante. J’ai la sensation que Olivier Vatine et Alberto Varanda  se sont littéralement immergés  dans l’univers de Stéphan Wul. Ils ont très bien compris et assimilé la phrase de Wul citée supra. Devant certaines planche –entre autre la première- nous avons la sensation d’être devant une gravure de Dürer. Certains autres univers picturaux – telle cette « mater dolorosa » portant le corps de sa fille, visibles sur la couverture– indiquent la technique du « sfumato » de Da Vinci. Nous sommes en présente, dessin et histoire, d’une œuvre remarquable. L’on pourrait même, à la  limite, n’avoir une version ne comportant que la partie illustrée, tant chaque vignette « raconte » le déroulement du sujet.
J’aimerai, pour finir, citer une interviewe de Varanda dans le site http://www.laligneclaire.fr effectuée  avant la réalisation de La Mort Vivante.
Pour La Mort Vivante on est en pleine science-fiction dans la collection des adaptations des romans de Wul?
Oui. Pour Wul et La Mort Vivante, cela se passe dans un monde post-apocalyptique mais dans une ambiance très Victorienne. Un autre univers encore. Il y a un peu de Frankenstein dans le roman de Wul. C’est assez macabre. Une mère veut par tous les moyens qu’un chercheur, Joachim, ressuscite sa petite fille qui est tombée dans un gouffre. Mais il est interdit à cette époque d’aller trop loin dans l’expérimentation médicale. La religion a pris le pas et la médecine est bannie. Le contraste est énorme entre l’élégance des décors, la beauté de la mère, Martha, et le majordome Hugo, une sorte de créature bionique, l’ambiance en général.
Vous avez réalisé des sculptures de ces deux héros de La Mort Vivante.
Je suis sculpteur de formation. Je pensais avoir du mal à m’y remettre et c’est bien revenu. Pour revenir à l’histoire de ce retour du royaume des morts, cela va mal tourner. Olivier Vatine a pris quelques libertés avec l’album en particulier au début. Il me livre des planches story-boardées. L’album fera 70 pages. Difficile de faire deux tomes donc on a augmenté la pagination. Je travaille case par case sur papier calque, je scanne et monte sur ordinateur, j’imprime en bleu et j’encre.
Il existe deux version de cette œuvres, la mienne – celle que je vous invite à acquérir- est dite « De Luxe ». Certes cela fait une brave dizaine d’euros de plus que l’autre, en couleurs, je dirais plutôt « colorisé ». Je ne la sous-estime pas, mais un tel sujet ne peut se concevoir qu’avec un dessin en noir et blanc. De plus, cette édition dite « de luxe » mais que je considérerais plutôt comme « nécessaire » est suivie d’un cahier graphique avec le processus de fabrication de l’œuvre, le choix du roman, technique de l’encrage, via deux interviewes de Vatine et Varanda, des dessins préparatoires et d’antres illustrations, des portraits de protagonistes… le tout « à tomber »

Jacques Barbarin

La Mort Vivante Vatine – Varanda Editions Comix Buro

 

 

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