Cinéma / LA SAVEUR DES RAMEN d’Eric Khoo.

Un jeune chef cuisinier Japonais nous entraîne dans une invitation au voyage culinaire à Singapour. Celle-ci, se mue en confrontation culturelle des recettes et traditions, comme possibilité  réconciliatrice des séquelles familiales dues aux relations conflictuelles entre les deux pays. Le nouveau film à « déguster » de l’auteur de Tatsumi ( 2011)et Hotel Singapura (2015) .

Le cinéaste Singapourien révélé par son premier long métrage Mee Pok man ( 1996 ) est devenu un des leaders du renouveau du cinéma dans son pays. Ses films sont le reflet d’une situation particulière vécue par son pays où les traditions se sont retrouvées confrontées aux soubresauts de l’histoire. Au cœur de ceux-ci , ses récits font souvent référence au multiculturalimse qui en a été la conséquence qui s’y fait écho dans le vécu quotidien reflétant une nouvelle approche, par les influences qui s’y inscrivent. A l’image de la pratique des langues, des échanges et des multiples pénétrations culturelles qui modifient les rapports, notamment ceux avec le voisin Japonais, qui fut jadis l’ennemi occupant. Le cinéaste qui a fait des traditions-et notamment celles des mets traditionnels – une symbolique de ses récits, l’utilise ici comme élément d’enjeu dramatique. Au cœur de celui-ci donc, les plats nationaux des deux pays : « le ramen » Japonais, et le « bak kut teh » ; deux bouillons de soupe accommodés de nouilles , de légumes et ( ou viandes) , auxquels les touches des « chefs», apportent par leurs idées où expérimentations, qui, au fil des années  a fait évoluer ces plats  et acquérir une dimension populaire . Ce sont les pas du jeunechef, Masato ( Takumi Saitoh ) que le cinéaste nous invite à suivre dans un retour aux sources à Singapour, pour y retrouver le goût des plats que lui cuisinait sa mère, lorsqu’il était enfant…

Masato ( Takumi Saitoh ) – Crédit Photo : Kmbofilms Distribution-

A la recherche des saveurs du passé Masato s’y rendra, suite à la mort de son père. Né d’un père Japonais et d’une mère Singapourienne, Masako est l’enfant de la génération d’hier qui porta le poids des conséquences des conflits . Si la nourriture de sa mère décédée jeune , l’a marqué , c’est parce qu’au delà des saveurs restées en souvenir , il y a aussi le souvenir lié à l’histoire des deux pays qui furent ennemis et dont il veut comprendre les motifs et les raisons de la souffrance de sa mère, qui a fini par bouleverser sa famille . Celles qui ont conduit à la rupture entre sa grand-mère et sa mère, cette mère partie trop vite qui n’a jamais surmonté la douleur de la « répudiation » dont elle fut l’objet, pour avoir épousé… un Japonais !. C’est, via le parcours initiatique de la découverte culinaire, mais aussi des membres de la famille Singapourienne ( l’oncle , la grand- mère… ) qu’il cherchera a en connaître les raisons profondes que son père meurtri, a toujours refusé de lui confier . Au delà du périple culinaire , objet de nombreuses séquences à l’aspect documentaire décrivant
la célébration des liens qu’il permet de tisser , il y a notamment celui de la réconciliation des deux cultures à travers  traditions et les échanges. Le cinéaste se délecte , et nous aussi , à nous proposer la préparation des recettes et des dégustations , qui rapprochent et singularisent , en même temps, les identités. A cet aspect documentaire, à la saveur habilement introductive d’une mise en bouche , viendra s’ajouter celui de la fiction…

Masako tourné vers ses souvenirs Singapouriens -crédit photo : Kmbofilms Distribution-

Le bascul , est habilement amené par petites touches suggestives, accompagnant la détermination de Masato, cherchant par l’intermédiaire de son oncle , autre expert-cuisine , à se faire accepter et à percer les non-dits et mystères de la chape du silence de la rupture mère -fille, qui le hante. C’est, dès lors un « pan » de l’histoire des deux pays, qui va se révéler à Masato, abasourdi . Celles des horreurs d’un passé enfoui dans les mémoires et que les jeunes générations connaissent mal. Celles de l’occupation Japonaise en 1942, des massacres et des  atrocités commises envers une population, dont Masato découvrira dans le musée qui leur est dédié, les images et les récits de témoignages de ceux qui l’ont vu et y ont échappé par miracle . Choqué, il comprendra pourquoi sa grand-mère, Massan Lee ( Beatrice Chien , étonnante ), qui a souffert personnellement de cette violence, n’a jamais pu accepter que sa fille… plusieurs années après puisse tomber amoureuse et veuille épouser un, Japonais ! » . «  Même si, aujourd’hui, le Japon et Singapour entretiennent de bonnes relations, nombreux sont les Singapouriens âgés qui peinent à oublier la souffrance endurée pendant l’occupation Japonaise à l’époque de la Seconde Guerre mondiale. C’est à partir de cette douleur que j’ai créé le personnage de Madame Lee », explique le cinéaste. Alors , lorsque l’oncle lui présente son petit -fils , la douleur réveillée , elle lui fermera la porte au nez !. Dès lors, Masato, va utiliser l’élément culinaire qu’il maîtrise et dont il sait ce qu’il représente comme possibilité « d’échanges, de découverte et de partage »,  comme possible objet de réconciliation …

Fils et mère : Les souvenirs de l’enfance hantent Masato- Crédit Photo : Kmbofilms Distribution-

On vous laisse découvrir le chemin qu’il devra faire, pour que s’entrouvre enfin , la porte de la grand-mère, à qui tous les mots ou gentillesses du monde, ne suffisent toujours  pas à lui faire oublier les horreurs du passé. Masato , concoctera en secret son approche , déposant près de la porte qui lui restera fermée, le double message dont il sait qu’il fera baisser la garde à la grand-mère, lui renvoyant la douleur de sa fille. Les séquences finales, sont magnifiques à la fois de pudeur dans les échanges de regards et les non-dits provoquant la métamorphose de la grand-mère , enfin libérée de la douleur lancinante qui la rongeait, celle qui l’avait conduite à sacrifier le bonheur de sa fille !. Eric Khoo, nous offre les magnifiques images empreintes de pudeur , d’une renaissance à la vie, par la redécouverte des saveurs de la réconciliation. Il nous la fait déguster par  ces plans magnifiques du visage de la grand-mère qui s’illumine en même temps que les larmes coulent, auquel celui    rayonnant de Masato renvoie le ressenti de l’apaisement tant attendu. A l’image de la bonne chère , les saveurs de la vie , sont de nouveau au rendez-vous…

(Etienne Ballérini )

LA SAVEUR DES RAMEN d’Eric Khoo – 2018- Durée 1h 30

AVEC :Takumi Saito, Jeanette Aw, Mark Lee, Beatrice Chien, Tsuyoshi Ihara, Tetsuya
Bessho, Seiko Matsud….

LIEN : Bande-Annonce du film , La saveur des Ramen d’Eric Khoo.

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