Cinéma / FORTUNA de Germinal Roaux .

Réfugiée dans une communauté religieuse dans les Alpes Suisses , une jeune Ethiopienne de 14 ans confrontée à la réalité d’une politique Européenne qui va impacter la communauté qui l’a recueillie. Face aux passions attisées par le rejet et le repli, le cinéaste explore le « défi » humanitaire à relever pour nos sociétés , servi par le noir et blanc d’une mise en images magnifique. Un très grand film , à découvrir d’urgence.  Ours de  Cristal du Meilleur  film , Berlinale 2018…

Dans l’immensité silencieuse des montagnes suisses enneigées , le monastère de la communauté religieuse catholique a choisi d’accueillir en son sein , comme le veut la tradition millénaire d’accueil des âmes souffrantes auxquelles la miséricorde et le soutien de la parole de Dieu «  aide ton prochain… », est l’un des principes de cette charité érigée en modèle . C’est là,dans ce monastère de Simplon, situé sur les sommets enneigés
que Fortuna ( Kidist Siyum Beza, bouleversante ) jeune Ethiopienne – après le long Calvaire de la traversée de la méditerranée devenue un cimetière marin pour beaucoup d’âmes en détresse en quête d’espoir – à trouvé accueil auprès des chanoines .D’emblée la superbe scène d’ouverture succédant au plan d’ensemble du décor extérieur , nous fait pénétrer à l’intérieur du monastère où on la voit agenouillée en prière , remerciant la Vierge Marie de sa miséricorde, adressant aussi ses pensées à tous ceux qu’elle a perdus, au long du chemin de l’espoir transformé en cauchemar . Elle évoque ses proches et ses compagnons d’infortune qui ont perdu la vie.Sa solitude et sa souffrance c’est à cet âne compagnon muet qu’elle les confie , et ses promesse d’espoir dans l’avenir c’est à ce petit oiseau , blotti au creux de sa main qu’elle l’adresse,promettant – présage d’un futur?- de le «  protéger » comme une mère aimante …

Fortuna ( Kidist SiyumBeza) et le chanoine ( Yoann Blanc) – Crédit Photo Nour Films-

Mais cet « accueil » de la congrégation , et surtout l’âge de Fortuna jeune fille mineure attire l’attention des autorités concernant la protection dont elle est l’objet qui devrait être sous surveillance des « autorités » civiles et placée en centre d’accueil des mineurs . Fortuna refuse cette opportunité qui va se compliquer , encore , lorsque cette dernière va se retrouver enceinte d’un migrant qui dit vouloir la protéger …mais qui s’éclipsera lors d’une contrôle policier !. L’infortune de cette dernière semble à nouveau la plonger dans un nouvel épisode d’un calvaire qui ne fait que précipiter, à nouveau sa désespérance . Totalement démunie face à une situation dont elle subi les «  effets » de la loi qui lui impose des contraintes qu’elle ne comprend pas, l’obligeant a s’y soumettre . Elle veut rester au monastère et garder l’enfant … impuissante et démunie face aux bons conseils qu’on peut lui donner . L’enfant : avorter ou le garder ?  lui laisse-t-on vraiment le choix ?, car dans un cas comme dans l’autre , elle en perdra la garde …ou devra le scarifier , et c’est ce qu’elle ne veut pas !. Aimer celui qui dit vouloir la protéger , mais lui le veut-il vraiment ? . Puis face à ces dilemmes des choix de vie incompatibles , viendra s ‘y ajouter une autre majeur , celui dont le cinéaste pointe ce qui est au cœur même de cette « incompréhension » , qui aujourd’hui est devenu l’élément majeur qui divise nos sociétés . Celui dont le cinéaste pointe à la fois l’impuissance , qu’il génère : «  Nous sommes tous désarmés devant ce qui se passe en Europe, en Méditerranée avec les traversées cauchemardesques auxquelles on assiste sur nos écrans et par nos radios, sans pouvoir aider. C’est terrible de se sentir impuissant devant tant de souffrances … » ,souligne -t-il …

La congrégation religieuse en réunion – Au centre Brunao Ganz – Crédit Photo , Nour Films –

Cette impuissance dont il décline par le biais des «  peurs » qu’elle engendre , le réflexe de « repli » des populations face au flux migratoires en Europe .La force du film et la magnifique idée du cinéaste , est de l’illustrer par ce que cet «  état des lieux » engendre au cœur même du monastère . Celui généré par une descente de contrôle de police qui viendra remettre en cause le fameux et séculaire «  accueil -refuge » dont la maison de Dieu se doit d’être ouverte à l’accueil et au soutien de tous ceux qui se retrouvent , persécutés , démunis et dans le besoin . La porte ouverte et la main tendue «  aime ton prochain comme toi même … aide-le et console-le dans le besoin » . Voilà que tout à coup , le « choc » de la descente de Police va engendre une débat au cœur même de cette communauté qui a décidé d’ouvrir sa porte au migrants : faut-il continuer à leur ouvrir notre cœur ? . Au centre du débat qui la divise , on vous laisse découvrir les mots et les questionnements qui s’y font jour au cœur de celle-ci et des cinq chanoines sur «  leur vocation,et sur les réserves par rapport à la société et ses lois » . Et surtout, les arguments de réflexion, que propose le chanoine supérieur ( Bruno Ganz , prodigieux d’humanité et   grandiose interprète qui irradie le film, à l’égal de Fortuna ). Dès lors le portrait de Fortuna et du Chanoine supérieur au cœur du récit , nous interpelle au plus profond de nous mêmes :«  sommes-nous suffisamment attentifs aux autres, et ne décidons nous pas de leur sort à leur place ? » . Sur le sujet de l’émigration qui agite et divise l’Europe aujourd’hui , le film porte un éclairage essentiel et soulève des questions majeures sur l’avenir de l’Europe , voire de l’humanité dépend…

Le chanoine supérieur ( Bruno Ganz ) interpelle sur la solidarité face aux migrants – Crédit Photo : Nour Films –

Le cinéaste-documentariste , qui s’est penché dès ses premiers pas dans le court métrage sur des sujets de société suscitant débat: le handicap mental , l’autisme , le malaise des jeunes de banlieue , ou sur la mendicité et la prostitution des jeunes mineurs( res ) immigrés Roumains. Au coeur de ces dernières rencontres sur la thématique de l’émigration c’est sur celle venue de la Méditérrannée au centre du « débat Européen » aujourd’hui , que le cinéaste s’est penché. On ne résiste pas à l’envie de vous faire partager sa magnifique  » note d’intention » , justifiant sa volonté de consacrer un film au sujet . Fortuna est né de ce magnifique texte  en forme de « cri » bouleversant : « Chère Mer Méditérrannée , toi qui t’étires du détroit de Gibraltar à l’Ouest, jusqu’aux entrées des Dardanelles et du canal de Suez à l’Est, toi qui as connu Socrate et Platon, toi la généreuse, qui depuis toujours as nourri les hommes, toi qu’on appelle littéralement « mer au milieu des terres » –, en latin mare medi terra –, toi qui nous enveloppais de tes eaux tièdes et turquoises lorsque nous étions enfants, toi la bienveillante qui pris part à nos premières amours adolescentes, toi qui nous berçais de tes clapotis enchanteurs une nuit d’été quand nous découvrions la Grande Ourse et la Voie lactée, toi qui toujours as été lien entre l’Afrique et l’Europe, toi « Notre Mer », – Mare Nostrum –, comme te nommaient les Anciens, tu es devenue depuis quelque temps, depuis trop longtemps déjà, l’endroit où tes enfants meurent d’avoir rêvé d’une vie meilleure. Aujourd’hui, tes eaux limpides sont tachées de sang, la peur a contaminé tes côtes, des corps lourds, sans nom ni visage, reposent en toi, leurs âmes désorientées errent sous l’écume de tes houles assassines. Comment est-ce possible ? Que s’est-il passé? Comment supporter d’assister impuissant aux dizaines de milliers de morts disparus dans tes bras ? Comment supporter cela ? Je devine pourtant que tu n’y es pour rien, et que c’est nous, les hommes, qui avons fait cela.
Qu’avons-nous fait ? Quel est ce monde ? Y a-t-il quelque chose que je puisse faire ?.

C’est à ces interrogations que le film -spectateurs , citoyens anonymes et politiques décideurs – vous invite . Et il nous dit de n’avoir jamais peur de remettre en question nos certitudes : « est-ce qu’on est prêt a sacrifier une partie de ce qui nous est cher?r ? », et les ouvrir , à ceux qui «  meurent d’avoir rêvé une vie meilleure… » . Madame , Monsieur, je m’appelle Mercy …

( Etienne Ballérini )

FORTUNA de Germinal Roaux – 2018 – Durée : 1h 46 .
AVEC : Kidist Siyum Beza, Bruno Ganz, Patrick D’assunçao, Asefa ZerinhunGudeta, Yoann Blanc , Pierre Banderet, Simon André , Stéphane Bissot  , Phillippe Grand’ Henry .. ;
LIEN : Bande -Annonce du Film : Fortuna de Germinal Roaux .

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s