Hommage / Dotti, trois p’tits tours et puis s’en va…

Serge. Serge Dotti. Je t’appelais Sergio. Tu m’appelais Barbarino. Fils de Nice. 1952.
Un Capes de lettres classiques. Diplômé en langue régionale et provençale. Tu parle l’anglais, le portugais, le nissart. Professeur, tu laisse tomber l’enseignement, ciao viva ! Auteur, metteur en scène, marionnettiste, comédien-marionnettiste depuis 1981.

Serge Dotti – Photo Jean-Marie Bernard

Tu étais– qu’il est dur cet imparfait – un repère, un sage avec tes moments de colère, tu alternais algarades et plages de tendresse. Est-ce cette barbe poivre et sel, est-ce ces cheveux tombant sur tes épaules qui te donnait l’air d’un amoureux de la sagesse, donc d’un philosophe… Bien qu’ancré dans la culture du pays niçois, tu as toujours défendu la culture avant la langue.
Un souvenir perso, significatif de ton caractère : dès qu’un projet te plaisait, tu mettais tout en œuvre pour le réaliser, sans savoir qui allait le produire, où irait-on le jouer….. Si c’est un échec, hé bien c’est un échec ! La vie est une succession d’échecs avec au milieu quelques succès. « Essayer. Rater. Essayer encore. » (Beckett). Sur une vague idée de ma part de faire un « quelque chose » à partir des lettres de prison de Sacco et Vanzetti, nous voilà partis à Villafalletto, dans le Piemont, où est enterré Vanzetti, faire des photos.
Dans le village, la présence des deux n’est pas lettre morte : rue, place et une plaque de marbre disant en substance que Sacco et Vanzetti  sont tombé sous les coups de l’impérialisme, ou quelque chose comme ça, plaque de marbre signé « Les anarchistes ». On croit rêver.
Le spectacle : je lis certaines lettres. Toi, en plein centre de la scène, derrière un rouleau de papier, éclairé en fond de scène, pendant les lectures, tu écrivais, à l’encre de Chine, le texte, mais tu l’écrivais… à l’envers. Léonardo da Vinci écrivait aussi à l’envers, donc de droite à gauche : il s’agissait de notes, et il ne voulait pas que, dans le cas ou elles seraient dérobées, on puisse déchiffrer les précieuses notes. Que voulais-tu dissimuler ?
De ta créativité, de tes créations, l’une d’entre elles touche le plus le littéraire que je suis : « Hyde 1+1=1 » où, à partir du roman « Dr Jekill & Mr Hyde » un étonnant spectacle mêle le récit, les marionnettes manipulées à vue, une scénographie quasi-expressionniste…. Un bonheur. Ne surtout pas oublier que ce bijou a été coécrit et  coréalisé avec  celle avec qui vous êtiez comme larron et larrone en foire, avec ton « alter ega »,   Aurélie Péglion, qui a partagé bien de tes aventures marionnetistiques.
Tu vivais le vieux Nice, tu étais le Vieux Nice. Il est parsemé de tes endroits, le Tapas Movida, où tu y as représenté ta version de ton Othello, le Bout du Monde, le Bonnet d’Âne, le Théâtre du Pois Chiche…. Tu n’as jamais transigé avec la qualité et l’intérêt culturel de ce que tu y faisais représenter. Il faut rajouter à ces lieux le Bistrot d’Antoine –enfin, l’ancien-  et Acchiardo, ton quartier général.
La rue de la Préfecture, la Rue Droite, la rue Benoît Bunico et la Condamine. Il faut peu de lieux pour que naisse une légende, de ton regard qui voyait les choses derrière les choses.
Il  y en a qui sont bien tristes, aujourd’hui. Ceux que tu as aidés, ceux a qui tu as tendu la main, car sous tes aspects bourrus tu étais la générosité même. Et puis ceux dont tu as simplement croisé le chemin, et qui ne pourront oublier les graines que tu as semés.
Tu as rencontré sur ton chemin un curieux crustacé qui a pour caractéristique e se déplacer en travers. Il n’a pas supporté que tu marche droit.
Tu t’es transmuté dans cette figure emblématique qui te fascinait tant : le sorcier du Mont Bego. Désormais, sorcier bienveillant, tu nous veille et surveille.

Philosophe, physicien,
Rimeur, bretteur, musicien,
Et voyageur aérien,
Grand risposteur du tac au tac,
Amant aussi -– pas pour son bien ! —
Ci-gît Hercule-Savinien
De Cyrano de Bergerac
Qui fut tout, et qui ne fut rien.

Cela pourrait être ton épitaphe. Je pense que c’est à toi que songeait Edmond Rostand en écrivant Cyrano. Tu n’en es pas à un anachronisme près.

Barbarino

 

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