Littérature / Bicentenaire du Docteur Frankenstein, si je ne m’abuse

Nous sommes en 1816, en Suisse, près de Genève.  Mary Wollstonecraft Godwin, fille de la philosophe Mary Wollstonecraft et de l’écrivain politique William Golding, devenue par son mariage Mary Shelley, écrit son premier roman.

 

Ce roman va, publié en 1818, faire entrer May Shelley, jeune femme d’une vingtaine d’années, dans la célébrité.
Donc, nous sommes en 1816, en Suisse, près de Genève. Plus exactement à la villa Diodati, à Coligny, une commune genevoise, sur le Lac Léman. Y réside en cet été  Lord Byron, Mary Shelley, Percy Shelley,  poète romantique frère de Mary Shelley, John Polidori  écrivain italo-anglais, notamment connu pour la nouvelle The Vampyre, parue en 181, qui popularise le thème du vampirisme  dans la littérature, et d’autres de leurs amis.
Au cours d’une nuit de tempête, Mary, son futur mari et Lord Byron décidèrent de lire à haute voix des histoires de fantômes. Puis Byron suggéra que chacun d’entre eux écrive une nouvelle effrayante pour distraire les autres. Au départ, Mary Shelley eut du mal à écrire une histoire. Une nuit, elle fit un cauchemar dans lequel un médecin créait un monstre à partir de morceaux de corps humain. Elle fut tellement inspirée qu’elle écrivit non pas une nouvelle, mais tout un roman. Je dois vraiment vous dire le nom du bon docteur ?
Sachez que le titre exact de l’œuvre est Frankenstein ou le Prométhée moderne.  Bon, une petite mise au point n’est pas de trop. Il s’agit donc d’un roman épistolaire (publié anonymement) relate la création par un jeune savant suisse, Victor Frankenstein,  d’un être vivant assemblé avec des parties de chair mortes. Horrifié par l’aspect hideux de l’être auquel il a donné la vie, Frankenstein abandonne son « Monstre ». Mais ce dernier, doué d’intelligence, se venge par la suite d’avoir été rejeté par son créateur et persécuté par la société.
D’après Max Duperray, critique littéraire, la première source du roman serait à trouver dans le désir inconscient de l’auteur de réanimer un être mort: dans son journal de 1815, en effet, Mary Shelley raconte la perte de son bébé de sept mois, le deuil qu’elle a porté et, dans un rêve échevelé, la folle impulsion de rendre le petit cadavre à la vie en le massant frénétiquement. Cette renaissance par le rêve annoncerait les termes mêmes de la préface de 1831, Ce rêve serait dans l’air du temps : les sources en étant à la fois intimes et objectives, reflèteraient une âme troublée ainsi que les turbulences d’un siècle basculant dans une autre modernité.

Portrait de Mary Shelley par Richard Rothwell (1840)

Le système narratif est fondé sur une série de récits en abyme enchâssés les uns dans les autres. Le cadre général est celui d’une tentative d’d’exploration polaire; à l’intérieur se situe l’histoire de la vie de Victor Frankenstein, recueilli par l’explorateur sur la banquise ; enfin, cette dernière recèle la narration faite à Frankenstein par le monstre, en particulier des tourments qu’il a endurés.
Dès sa parution, Frankenstein est catalogué en roman gothique (style littéraire caractérisé par l’engouement pour le morbide) ; il est considéré par la plupart comme un chef-d’œuvre de ce genre littéraire qui était auparavant décrié par de nombreux critiques.
Le succès immédiat et continu de Frankenstein repose sur des fondations différentes de celles des précédents romans gothiques, sinon dans leur aspect, du moins dans leur essence. Substituant l’horreur à la terreur, le roman  se déleste de tout merveilleux, privilégie l’intériorisation, s’ancre dans la rationalité, au point que son gothique en devient presque réaliste.
Depuis sa publication, Frankenstein a suscité de très nombreuses adaptations,  tant pour la scène du théâtre et du music-hall que pour le cinéma et la télévision, la bande  dessinée. Après avoir été un « mythe » littéraire, Frankenstein devient un mythe cinématographique, et plus largement un élément de la culture populaire… Bien que souvent représentés sous des formes très éloignées du récit originel de Mary Shelley, l’histoire de Frankenstein et les personnages qui y sont associés demeurent des archétypes, voire des stéréotypes du fantastique et de l’épouvante.

Il  existe une centaine de films consacrés à Frankenstein, ou plus exactement à sa créature, dont la première adaptation est de 1910  Frankestein de J. Searle Dawley , avec Charles Odge ; et la dernière en 2015,  Victor Frankenstein, de Paul Guiguan, avec James Mc Ivory. Parmi les adaptations théâtrales, il y a celle d’un auteur que les niçois, tout au moins ceux qui vont au TNN, connaissent bien : Stéphano Massini (Chapitre de la chute, Terre Noire, Femme non réconciliable) en 2013.

Frankenstein au cinéma avec Robert de Niro et Kenneth Branagh

Notons que dans le roman — où il est appelé « le démon », « le monstre » et, le plus souvent « la créature » — comme dans les premiers films, le monstre n’a pas de nom. Une confusion s’est cependant opérée dans l’esprit du public entre le savant et sa créature, qui est fréquemment, et par abus de langage, désignée sous le nom de « Frankenstein ». Cette confusion est entretenue par certaines adaptations.
Intelligent et doué de la parole dans le roman de Mary Shelley, le monstre a été fréquemment présenté dans les adaptations comme une brute incapable de parler, ou avec difficulté. Ce changement, qui date de la première théâtrale en1823, s’est retrouvé dans les longs métrages des années 30 puis dans la majorité des autres films mettant en scène le personnage.
Le terme Monstre vient du latin monstrare (monstro, avi, atum), qui signifie « montrer », « indiquer », et monstrum (rattaché au verbe monere « avertir ») donc  non forcément péjoratif. Le monstre est ce que l’on montre du doigt, et aussi ce qui se montre, capable de mettre du désordre dans l’ordre ou le contraire, provoquant soit la terreur, soit l’admiration. L’écart avec la norme est à double sens, la frontière s’efface entre les monstres et les merveilles. Et dans ce que j’appellerais « l’imaginaire répulsif » existe deux archétypes, dont certaines des représentations sont devenues des stéréotypes,  Frankenstein  et Dracula.
En mai 2009, à l’université de Montréal, Céline  Laporte,  présente un mémoire intitulé « La transgression dans Dracula de Stocker et Frankenstein de Shelley : infection du corps et de l’esprit humain. » Ce mémoire est une analyse comparative de Frankenstein de Mary Shelley et de Dracula de Bram Stoker sur la question de la transgression des limites naturelles et sociales.
Ces deux auteurs utilisent la figure du monstre pour représenter l’importance du maintien de l’ordre pour la société et l’humain. Le monstre présente d’abord une transgression d’ordre naturel au moment de sa création qui le fait passer de la mort à la vie. Ensuite, le corps du monstre représente lui-même une transgression en étant à la fois mort, vivant, animal et humain. La présence du monstre est elle aussi une transgression, puisqu’il représente l’extériorisation d’une partie cachée de la psyché humaine. Enfin, en étant catégorisé étranger, le monstre n’a pas à respecter les lois sociales, ce qui augmente le désordre que la société doit éradiquer si elle veut survivre.
Au fond, qui est-ce qui nous attire dans l’horreur ? Le sire www.genethique.com  note le 4 janvier 2017 « …Et de l’effrayant, on passe à l’horrible, avec son petit côté délicieux, même s’il est répugnant, pour arriver au roman gothique. C’est l’invention du frisson délicieux comme ressort de l’art et de la littérature. S’il n’y a plus de beau, de vrai, de bien, déterminés une fois pour toutes, on jouit d’une liberté extraordinaire pour contester l’ordre existant. Et la transgression devient un idéal, presque une fin en soi. »

Jacques Barbarin

 

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