Histoire / Pour en finir avec  » l’annexion » du comté de Nice par la France en 1860.

En juin 1860, le Comté de Nice, hier encore sous l’égide du roi de Piémont-Sardaigne Victor-
Emmanuel II redevient pleinement français en tant que département des Alpes-Maritimes.
Il l’avait déjà été de 1792 à 1815(Révolution et 1er Empire) puis était revenu dans le giron
sarde à la suite de la chute de Napoléon 1er et du Traité de Vienne qui a suivi.
Cet événement fait encore grincer des dents entre ceux qui parlent d’une «annexion» brutale,
injustifiée et d’autres parlant simplement d’un «rattachement», terme plus édulcoré.
Pour savoir comment est-on arrivé là il faut remonter dans le temps, jusquà …1388, date de
la fameuse «dédition» de Nice au petit royaume de Savoie dirigé à l’époque par le Comte Amédée VII dit le Rouge.La reine Jeanne laissait à sa mort une succession calamiteuse aux mains de deux enfants en bas âge Louis II (Anjou) et Ladislas (Duras) régentés par deux veuves.
Ladislas, dépassé par les évenements va laisser aux niçois le libre choix de leur futur dirigeant à condition d’éviter expressément Anjou et le roi de France.

Dédition de Nice en 1388

C’est ici qu’interviennent les Grimaldi de Beuil princes ambitieux et manipulateurs qui vont
en fait offrir Nice à Amédée VII espérant bien en tirer profit dans le futur.
Le Comte Rouge, de son côté, lorgnait sur Nice où il avait la possibilité d’ouvrir un débouché maritime très utile commercialement à son petit royaume montagnard isolé.
Sans entrer dans tous les détails, il faut savoir que le 28 septembre 1388, le Comte Rouge et
quatre édiles niçois signent sur les marches de Saint Pons un contrat bilatéral en 34 articles
dénonçable par l’une ou l’autre partie. L’article N°26 porte déjà en germe la clause du port
franc tant appréciée par les commerçants et officiellement confirmée en 1612 par Charles-
Emmanuel 1er. L’essentiel réside ici.
En 1851 au moment où Cavour s’avisera de supprimer ce privilège pour Nice, tout bascule.
Cet évènement ne sera pas du goût des niçois qui, furieux, manifesteront violemment leur
mécontentement au port, et la statue du pauvre Charles-Félix (+1831) qui n’y pouvait rien
y laissera quelques doigts de la main gauche!
Plus grave, par ce fait, le contrat de 1388 complété en 1612 devenait caduc et les niçois
étaient alors en droit de reprendre leur liberté: c’est l’Italie qui s’éloignait d’elle-même du
Comté de Nice, laissant un vide, habilement exploité par Napoléon III qui voyait là, dans
cette conquête territoriale facile une compensation à tous ses efforts présents ou à venir
pour aider l’unité italienne à se faire.

Prise de Possession du Comté de Nice

De toute façon, le peuple de Nice éprouvait un certain désenchantement pour le régime
sarde qui négligeait cette province depuis son retour aux affaires en 1815 sous Victor-
Emmanuel 1er. La promesse d’agrandir notablement le port de Nice n’était pas tenue du
fait que le Congrès de Vienne avait non seulement remis le duc de Savoie à la tête de son
fief niçois, mais, cerise sur le gâteau, lui avait octroyé le territoire de la République de
Gênes avec son port bien équipé, pouvant accueillir des navires de haute mer. Nice, de
ce fait passait alors en second plan et Turin ne voyait pas d’intérêt à aller plus loin.
Par ailleurs, les voies de communications dans le Comté faisaient cruellement défaut. Il
n’y avait que deux routes en tout et pour tout dans la région: la route Royale datant de
1780 et la grande Corniche crée par Napoléon 1er dans un but stratégique mais très dé-
gradée et mal entretenue. Rien d’autres à part des chemins muletiers reliant laborieuse-
ment les différents terroirs.Pas encore de ligne de chemin de fer reliant Nice à Vintimille
et au delà.
Tout cela pour dire que le peuple de Nice, déjà pauvre, perdant encore le seul avantage
du port franc qui lui restait et les ressources que lui apportait ce vieux privilège verra
l’avenir sous un autre angle.C’est même à se demander si Cavour et son roi ne l’ont pas
fait exprès pour se débarasser élégamment d’un territoire qui, dans le fond, ne les inté-
ressait plus d’autant plus qu’il n’intervenait pas dans la réalisation de l’unité italienne!
La question peut se poser même si l’on n’en a pas la preuve formelle.
Pour conclure et mettre un point final aux élucubrations de certains personnages qui se
disent bien informés, on peut dire, pour nous résumer que:

1): Nice n’a jamais été italienne mais tournée plutôt vers le royaume de Provence. Le
territoire de Nice faisait partie de la Provence orientale.

2): Amédée VII, prince savoyard, marié à Bonne de Berry (petite fille du roi de France),
siégeait à Chambéry, donc à l’ouest de la chaîne des Alpes et il était de langue fran-
çaise.

3): L’acte de 1388 était un contrat pouvant être résilié à tout moment par l’une ou
l’autre partie, ce qui se passera lors de la suppression du port france à l’initiative
de Cavour et de Victor-Emmanuel II en 1851. Cet acte sera confirmé et appliqué
par le parlement de Turin en 1853.
La rupture était d’ores et déjà consommée entre la future Italie et le Comté de
Nice.

4): Dès cette date, les niçois pouvaient donc se considérer libres de leur destin lequel
sera le retour logique vers la France à laquelle ils appartenaient jadis.

5): Il faut encore noter que le royaume d’Italie n’existait pas avant 1861 et encore, à
cette époque il y manquait les états de l’Eglise (conquis par la force par l’armée
italienne en 1870) et la Vénétie que Napoléon III récupèrera auprès de François-
Joseph après la défaite des Autrichiens contre la Prusse à Sadowa en 1866 et en
fera cadeau à Victor-Emmanuel II. La France aura finalement été très généreuse
envers sa sœur latine!
Cavour décède en juin 1861, l’unité italienne est presque enfin réalisée.

Yann Duvivier

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