Cinéma / AU POSTE ! de Quentin Dupieux.

Un commissariat de police . Un huis clos en « garde à vue » entre un commissaire et son suspect . Un superbe face à face  en jeu de mots et de rôles. Humour absurde, fantaisie visuelle, dialogue au couteau et références cinéphiles. Le vertige des mots en adéquation à celui de l’image…

l’Affiche du film.

Vous avez forcément en mémoire le choc du vertige visuel de ses longs métrages réalisés aux Usa ( Rubber, Steak , Wrong et Wrong Cops...) et de leurs partitions musicales électro . Ou encore d’Alain Chabat réalisateur débutant à la recherche du « cri » destiné à devenir le « clou » saisissant de son film d’horreur dans le film Réalité ( 2015 ) où l’absurde et la perte de repères de celle-ci, sont au centre du récit et de sa mise en abyme . Dans Au Poste ! , son nouveau film qui sort sur les écrans et tourné en France, le vertige et le langage visuel laisse place au vertige du langage des mots, celui qui était présent dans les courts métrages de ses débuts . Et pour y revenir donc en restant dans la « matrice » d’une certaine dynamique de l’absurde et de l’abstraction , dans laquelle son cinéma s’inscrit . Un vertige ancré , ici , dans la banalité du quotidien d’une «  garde à vue » dans un commissariat de police de banlieue. La première séquence en extérieurs,  qui ouvre le film en constitue une sorte de passage de témoin . Avec l’arrivée en pleine nature , de ce chef d’orchestre,  torse -nu et en slip,  dirigeant un orchestre installé dans un champ , et s’enfuyant à l’arrivée d’un car de police … toute sirène allumées ! . Au gag visuel en extérieur , succède le huis-clos du commissariat où les mots de l’interrogatoire «  serré » se succèdent et se multiplient , faisant rebondir l’intrigue . Le commissaire Buron ( Benoît Poelvoorde) avec son obstination et ses tics ,destinés à faire perdre pied au suspect . Ce dernier , Fugain ( Grégoire Ludig) harcelé par les supputations mettant en cause son témoignage sur la découverte en pleine nuit d’un cadavre inanimé, dans la rue en bas de son domicile…

Le Face à Face entre le policier  Buron ( Benoit Poelvoorde ) et le  « suspect », Fugain( ( Grégoire Ludig ) – Crédit Photo: Diaphana Distribution-

Les mots de sa déclaration analysés ,  auscultés sous toutes les coutures, comme possibles alibis pour cacher la vérité . Le cynisme de Buron , faisant reprendre sans cesse sa déclaration à Fugain , et cherchant le plus possible à prolonger sa garde à vue ,. Comme l’illustre la scène où les termes «  aller-retour » et « va et vient » , deviennent une sorte de      «  balle de match » d’un « set de tennis » que l’on se dispute , sans vouloir céder la victoire à l’adversaire . Au jeu du rapport de forces , des influences et de la suspicion, le jeune adjoint borgne ( Marc Fraise ) du commissaire, se distingue qui se fera prendre au piège du jeu de la vantardise ( l’équerre… ). Et le cinéaste s’amuse- comme dans les films muets ou les dessins d’une B.D – à insérer dans ses plans, ou , sur les silhouettes de ses personnages , les indices révélateurs de leurs personnalités . Les gags dès lors s’appuyant sur ces traits , se multiplient laissant libre court aux « phrases » toutes faites ,  ou attitudes et tics  des uns et des autres. Et plus habilement encore, un indice ( vestimentaire, moustache , coupe de cheveux etc..) sert à singulariser un personnage secondaire, et (ou ) principal . Offrant d’emblée de lui , une perception immédiate par le public et une « existence » naturelle. De la même manière c’est sur cette perception immédiate que les décors intérieurs ( meubles , etc …) sont conçus pour offrir ce sentiment familier et quotidien de la vie du commissariat , ou celle de l’immeuble de Fugain et de la concierge qui y surveille les «  va et vient «   de ses ouailles , de jour comme de nuit !. La « succession d’idées en forme postulat « ouvrant vers le rêve » évoquée par le réalisateur, ouvrent  dès lors la logique de celui-ci, illustrée par le « poumon qui fume » du commissaire Fugain. De la même manière que c’est la logique de la « musique des mots », qui tient lieu et place de bande sonore d’illustration à l’image …

le  policier adjoint borgne ( Marc Fraize – Crédit Photo : Diaphana Distribution —

Celle-ci est jubilatoire dans la succession des mots déclinant la dynamique orale d’un récit qui vous entraîne dans son emprise . La force et le poids de ces derniers et des dialogues qui les illustrent, construisent la dynamique inexorable du déroulement de la garde à vue et des rebondissements qui s’y succèdent. Un mot, un geste , un indice pointé , ou un objet désigné .. . et voilà que touts bascule ! . D’ailleurs ce sont le secrets des non-dits qui entretiennent le suspense et laissent aussi entrevoir les failles de chacun.. .le commissaire a beau faire le malin fixé sur son enquête au détriment de sa vie privée… il s’éclipsera pourtant pour  faire une pause , en allant retrouver son fils ( Orelsan )  et partager avec lui un sandwich dans un parking souterrain. Laissant le suspect de sa garde à vue , livré à son adjoint mégalo !. Les ouvertures nocturnes en flash-back illustrant les déclarations de Fugain , offrent elles ,  une diversion en forme de pause . Tandis que d’autres , s’y ajoutent comme  les références cinéphiles  au cinéma des années 1970 dont le cinéaste , évoque celle  de  la  » légèreté »  du film Tootsie de Sydney Pollack où, dit-il   « comédie et cinéma font harmonie » . Et  à  celui de la même époque des comédies populaires françaises ou des Polars associant Gabin / Belmondo   ( l’affiche fait penser au Peur sur la ville d’Henri Verneuil ) , et l’atmosphère de l’interrogatoire évoque celle du Garde à vue de Claude Miller, auquel la tonalités des intérieurs, fait également penser …
Tandis que la belle scène finale , qu’on vous laisse  découvrir , retrouve la tonalité du surréalisme cher au cinéaste , offre un certain « charme discret » à cette garde à vue  d’un faux coupable . Au poste ! Spectateurs, s’il vous plait ne ratez pas la séance !..

(Etienne Ballérini)

AU POSTE ! De Quentin Dupieux – Durée : 1h 13 – 2018-
AVEC :Benoit Poelvoorde, Grégoire Ludig , Marc Fraize , Anais Demoustier, Philippe Duquesne , Orelsan  …

LIEN: Bande-annonce du film : Au Poste ! de Quentin Dupieux .

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s