Cinéma / TULLY de Jason Reitman.

Le cinéaste de Juno et de Young Adult, poursuit ses portraits de femmes confrontées à des périodes charnières de remise en question de leur vie. Avec ce nouveau volet, c’est la chronique réaliste teintée d’humour, de l’épuisement maternel suite à la naissance d’un troisième enfant. Superbe récit, porté par un traitement original et l’interprétation d’une Chalize Théron habitée, métamorphosée …

Elle a la quarantaine , Marlo ( Chalie Theron) elle a élevé deux enfants, s’est occupée de la maison, tout en cumulant un travail dans les ressources humaines qui lui permet d’apporter un supplément financier au ménage familial. Avec l’arrivée de ce troisième enfant , et la charge supplémentaire qu’il représente d’attentions en complément  des autres tâches ménagères ( léssives , ménage, repas à préparer et s’occuper des aînés ..), Marlo qui n’avait pas prévu d’avoir un autre enfant à quarante ans . Le poids des ans et la métamorphose d’un corps malmené par les grossesses , elle découvre avec angoisse au bout du rouleau , qu’elle est en train de vivre …le « Babby Blues ! ». Alors, lorsque, en guise de cadeau de naissance, son frère lui propose de lui offrir l’aide d’une « nounou  » , Marlo d’abord étonnée, finit par accepter . Diablo Cody , la scénariste qui avait été à l’origine du projet de Juno ( 2007), jeune fille à l’esprit libre confrontée à une grossesse imprévue et à la décision d’avoir recours -ou pas- à l’avortement. Le succès mondial du film ( Oscar du meilleur scénario) et l’approche féministe et moderne du sujet , fait mouche . Après Young Adult (2011) portrait d’une jeune femme devenue adulte luttant contre le passage des années et s’accrochant à son passé, le duo poursuit ici, via l’évolution du personnage de Marlo, la prise de conscience des responsabilités familiales et des contraintes infernales qu’elles représentent…même quand on a, un mari docile !. Celui-ci ( Ron Livingston) , père affectueux -mais récemment promu absorbé par un travail qui l’accapare et fait vivre sa famille- a très peu de temps à consacrer, a celle-ci et à la vie de couple…

Marlo( Charlize Theron) et son Mari, Drew ( Ron Livingston )- Crédit Photo, Mars Films –

La première partie en forme de documentaire intimiste nous immerge dans le nouveau quotidien de Marlo. On la découvre d’ailleurs juste avant l’accouchement , assumant sa grossesse et vivant un quotidien familial sans remous majeurs, avec énergie et une certaine sérénité . Le contraste n’en est que plus saisissant lorsque  sa vie  installée dans un certain confort est chamboulé par l’arrivée de cette petite vie nouvelle, demandant attentions. La séquence de l’accouchement et son cérémonial froid et rigide , donne le ton. Puis celle du retour à la maison de Marlo accaparée par le temps passé à mettre les couches , à manier le tire-lait , et les nuits interrompues par les pleurs du bébé . Aux tâches du jour , s’ajoutant les nuits sans sommeil , Marlo à bout de forces et de nerfs…craque !. La description réaliste voulue, irriguée d’un humour bienveillant envers les maladresses et crises de Marlo, la scénariste l’a voulue comme un contrepoint à «  la représentation conventionnelle, dans les films et les séries, de ces mères apaisées et de ces familles si heureuses de se retrouver à la maternité (…) les gens s’attendent à ce que les femmes soient totalement épanouies et, sinon, on les juge ingrates ou même froides et indifférentes. En réalité, on est assailli par tout un tas d’émotions très contradictoires quand on vient d’accoucher. », explique -t-elle. S’y ajoute la prestation  « habitée » de Charlize Théron ( qui s’est investie dans la co-production du film) dont la transformation physique à laquelle elle nous a habitués dans de nombreux rôles, prend ici une dimension étonnante. Elle est exceptionnelle , assumant , sans fards, la transformation d’un corps vieillissant ( les rides , les kilos en trop …) , le passage du temps et les angoisses , elle  va devoir assumer la distance qui la sépare de ses rêves et ses désirs intimes…

Tully ( Mackenie Davis ), prend  soin de bébé de Marlo – Crédit Photo : Mars films –

L’arrivée de Tully ( Mackenzie Davis , remarquable elle aussi ) , débordante de vie , assumant la liberté que lui offre l’énergie de ses 26 ans ( qu’elle ne fait pas …) , déconcerte quelque peu Marlo qui finit par baisser la garde, soulagée par la travail de Tully passant les nuits à s’occuper du bébé , mais aussi se muant en femme de ménage et préparant des plats pour la journée. Une bénédiction pour Malo qui reprend vie et sommeil et voit ses angoisses s’éloigner «  je suis là pour m’occuper du bébé , mais aussi de toi » , lui confie Tully. D’une certaine manière elle renvoie à Marlo l’image de la jeunesse et de l’énergie qui fut la sienne au même âge,  dont le poids de la vie familiale et du travail a fini par  ensevelir dans la rancoeur et la médiocrité du quotidien, ses rêves et désirs  . C’est la fameuse « crise de la quarantaine », qu’elle traverse , celle que le cinéma a souvent illustré au travers du sexe masculin , Jason Reitman et sa scénariste ont choisi d’en montrer l’aspect et le ressenti féminin. Celui des multiples responsabilités à affronter , et celui du viellisement du corps qui vous fait perdre votre pouvoir d’attraction auprès du sexe opposé dans une société aux préjugés encore vivaces – regards et commentaires d’inconnus ou de proches – jugeant les femmes sur l’apparence physique. La légèreté de Tully qui vit sa vie sans s’attarder sur toutes ces choses séduit Marlo qui à sa présence , se désinhibe et se laisse entraîner dans les aventures et sorties proposées par la « nounou »…

Une scène de plateau de Tournage: Charlize Theron et Jason Reitman – Crédit Photo: Mars films –

Cette « dualité » qui s’inscrit dans les rapports entre Marlo et Tully, les auteurs l’inscrivent en forme de basculement narratif qui offre au film, une belle originalité . C’est la belle et superbe idée du récit , où les «indices » des deux vies et identités s’entremêlent et se superposent . Tully serait-elle le double de Marlo , venu lui rendre visite pour lui dire Adieu ? . Le jeu de miroir est magnifique . Au traitement de la première partie plutôt classique , les  détails  des petits inserts et notations offrant un contrepoint de distanciation à celui-ci , ouvrent habilement l’interrogation à cette possible lecture  . Celle-ci trouve sa concrétisation dans le séquence de leur sortie commune la nuit dans un bar où les vapeurs d’alcool font leur effet et le dialogue qui s’installe , Tully confiant soudain  à Marlo qu’elle va devoir la quitter «  j’ai fini mon travail …» lui dit-elle . Séquence- clé  , et  le récit qui bascule . Les indices réalistes et surréalistes , le jeu des apparences trompeuses  qui se succèdent éclairant le « jeu » subtil de cette « dualité » des identités, qu’il emprunte . Trouvant par exemple dans la thématique de l’eau intervenant à plusieurs reprises l’élément symbolique , de la confusion de Marlo perdant pied et s’effondrant psychologiquement après son accouchement dans la première Partie . Et dans la seconde, où suite à l’accident  dû à sa fuite désespérée dans  la  nuit  suite à l’aveu de Tully , elle verra cette dernière  en  « sirène » , venir   à son secours  pour la sauver  des eaux  où la voiture a été précipitée  . Rêve ou réalité ? . Géniale idée cet «  adieu » symbolique  qui clôt la relation en forme de passage de témoin  permettant à Marlo , en quittant son double ( celle qu’elle fut… ) , d’affronter  sereinement désormais,  la  nouvelle vie qui s’ouvre à elle. Le choc des styles de narration est  en tout cas , original ,  stimulant et passionnant …

(Etienne Ballérini )

TULLY de Jason Reitman- 2018- Durée : 1h 36-
AVEC : Charlize Theron , Mackenzie Davis, Ron Livingston, Mark Duplas, Asher Miles Fallica, Lia Frankland …
LIEN : Bande-Annonce du film Tully de Jason Reitman.

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