Cinéma / 3 JOURS A QUIBERON d’Emily Atef

3 Jours à Quiberon est le quatrième long-métrage de fiction de la réalisatrice franco-iranienne Emily Atef . Le film se focalise sur un court moment de la vie de l’inoubliable Romy Schneider décédée en mai 1982.

3 Jours à Quibeon - Sophie Dullac - Affiche
L’affiche française du film

En 1981, la comédienne se rend à Quiberon, connu pour son centre de thalassothérapie, afin d’y suivre une cure. Malgré le contexte, elle accepte de recevoir le journaliste Michael Jürgs et le photographe Robert Lebeck, du magazine hebdomadaire allemand « Stern », pour une interview exceptionnelle. Une rencontre éprouvante pour la comédienne qui va se livrer sur ses souffrances de mère et d’actrice…
Dès les premières images du film, le spectateur ne peut être que saisi par l’incroyable ressemblance avec son personnage de Marie Bäumer, comédienne allemande méconnue en France malgré ses collaborations avec Denis Dercourt sur Pour ton anniversaire et En équilibre. « 
à partir de l’âge de seize ans, indique-t-elle, on m’a beaucoup dit que je lui ressemblais. Cette ressemblance, je n’y réfléchis pas tellement. C’est un fait, quelque chose qui existe surtout dans le regard des autres. On m’a souvent proposé des projets, toujours pour la télévision, toujours des biopics. Mais Romy Schneider, je ne voulais la jouer qu’au cinéma, et je n’aime pas les biopics qui compressent toute une vie en deux heures. Quand mon ami Denis Poncet (l’un des coproducteurs, NDLR) m’a parlé de jouer Romy Schneider, je lui ai dit : « seulement si c’est un gros plan sur la fin de sa vie ». Ce projet, avec quatre personnages et en cinquième protagoniste la Bretagne, une de mes régions préférées… je ne pouvais pas dire non. Et j’ai toujours rêvé d’un film en noir et blanc avec de tels contrastes ».

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Romy Schneider (Marie Bäumer) – Crédit photo : Sophie Dullac Distribution

Outre la ressemblance physique de Marie Bäumer, il y a également les attitudes et les gestes, jusqu’au léger accent viennois ! De quoi instiller le doute. S’agit-il d’une fiction ? D’un documentaire, d’autant plus que le noir et blanc donne l’impression d’images d’archives même si nous sommes au début des années 1980, ou d’un docu-fiction ?
Dans une scène du film, lorsqu’on lui demande si elle est Madame Sissi, la comédienne répond : « Non. Je suis Romy Schneider ». La Romy Schneider d’Emily Atef n’a donc rien à voir avec la jeune impératrice d’Ernst Marichka, et semble bien plus proche notamment des bouleversantes Nadine, de L’important c’est d’aimer, Clara, du Vieux fusil, ou Elsa/Lina de La Passante du Sans-Souci. Pour autant…

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Romy Schneider (Marie Bäumer) et son amide d’enfance Hilde (Birgit Minichmayr) – Crédit photo : Sophie Dullac Distribution

La réalisatrice a rencontré plusieurs fois le photographe Robert Lebeck, décédé en 2014, ainsi que le journaliste Michael Jürgs et une amie d’enfance de l’actrice qui était présente à Quiberon. Comme celle-ci ne souhaitait pas être nommée, elle a inventé le personnage de Hilde, la confidente, remarquablement joué par une autre comédienne peu connue, Birgit Minichmayr. Elle a lu et s’est appuyée en partie sur l’interview de « Stern » et elle a pu voir les près de 600 photos prises lors du séjour. Au final, il y a dans le scénario une part de vérité mais aussi le fruit de l’imagination de la cinéaste. Les documents photographiques qu’elle a consultés ont exercé sur elle une influence. Ce n’était pas les photographies d’un mythe.  « Ca a fortement résonné avec mon cinéma, commente Emily Atef. Tous mes films, d’une certaine façon, parlent de ça. Une femme, quel que soit son âge, qui traverse une crise existentielle, prise entre ses démons intérieurs et son envie de vivre. »

3 Jours à Quiberon tourne le dos au biopic et au portrait, hagiographique, d’une star. Il est un instantané sur une femme à la dérive, comédienne, passant fréquemment de la joie de vivre à la détresse, qui s’abandonne à un journaliste à la recherche du « scoop » et qui va profiter de la situation. Une attitude qui inquiétera d’ailleurs son collègue photographe qui finira par lui reprocher d’aller trop loin. Le film se voit également comme une réflexion sur la célébrité et sur le rôle joué par une certaine presse.

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Robert Lebeck (Charly Hübner) et Romy Schneider (Marie Bäumer) – Crédit photo : Sophie Dullac Distribution

Outre la prestation de Marie Bäumer, qui n’est pas sortie indemme de cette aventure malgré ses précautions puisqu’elle a elle-même connu une période de dépression après le tournage, on soulignera la qualité des autres interprètes, sans oublier, malgré une courte apparition, Denis Lavant dans un rôle de saltimbanque probablement taillé sur-mesure. Mais on n’oubliera pas non plus la mise en scène, filmée dans un noir et blanc qui reflète à la fois les états d’âmes du personnage principal (l’ombre et la lumière) tout en imprégnant le film d’une atmosphère presque surréelle.
Présenté au Festival de Berlin,
3 Jours à Quiberon a remporté en avril dernier 7 récompenses au Lola – Prix du cinéma allemand (l’équivalent des César). La sortie française a été accompagnée d’une polémique, qui paraît déplacée, lancée par Sarah Biasini, la fille de Romy Schneider et comédienne également, qui s’est déclarée «scandalisée» par ce film «malsain et opportuniste», sans pour autant en demander l’interdiction. Faudrait-il alors le faire précéder de cet avertissement : « « Attention Icône, prière de ne pas toucher !» ? Sarah Biasini n’avait que 4 ans au moment de l’interview. Emily Atef a rencontré plusieurs personnes qui ont connu sa mère, tandis que par le passé d’autres témoignages de proches on évoqué une Romy Schneider fragile…
Une chose est certaine : 3 Jours à Quiberon est une fiction (…et non un documentaire) qui ne ternit nullement le souvenir et le talent de l’immense Romy Schneider.

3 Jours à Quiberon d’Emily Atef (3 Tage in Quiberon – Autriche/Allemagne/France – Drame – 2017 – 1h55). Avec Marie Baümer, Birgit Minichmayr, Charly Hübner, Robert Gwisdek, Denis Lavant.

Voir également :

Emily Atlef à propos de son film (Arte – VOSTF – 3mn51)
La bande annonce de 3 Jours à Quiberon (Sophie Dullac Distribution – 1mn55)
Romy Schneider – Entretien avec Sélim Sasson (Le Petit Carrousel illustré – 1970 – 9mn 11)
La bande annonce de L’Important c’est d’aimer d’Andrzej Zulawski (1975 – 2mn04)
La bande annonce du
Vieux fusil de Robert Enrico (1975 – 1mn78)
Bertrand Tavernier à propos de La Mort en direct (L’Invité – 2013 – 8mn26)
Lire :
L’entretien de Romy Schneider avec Michel Drucker (« Paris Match » –  Parution 11 juin 1982)

Philippe Descottes

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