TNN Les Utopies Culturelles 3 – Ce matin, je me suis levé, la lune était là

27  mai, 11h, salle Michel Simon. Appena fosse passato il ponte i fantasmi vennero al suo incontro.  Je traduis en italien le célèbre carton du Nosferatu  de  Murnau : Dès qu’il eu passé le pont, les fantômes vinrent à s rencontre. Le  pont, c’était la porte de la salle Michel Simon. Les fantômes étaient sur scène : les drapeaux, les affiches, et Renato Giuilani, anarchiste –  conteur, pacifiste- passeur. Il ne parle pas de révolution mais d’évolution. Il va les évoquer, ces fantômes=, dans son moment utopique, Questa matina, mi son svegliato. Des récits, des chansons, des chanteurs, des histoires collectives.
Le ton est au récit, à la restitution, car il s’agit du seul intervenant de ses Utopies Culturelles à avoir connu 68. Et toujours avec cette nonchalance qu’on lui connait : il nous ferait croire, avec ce flegme qui est le sien, que la lune brille en plein midi. Mais l’eau qui dort peut se mettre à bouillonner. Chi va piano va sano, qui va sano va lontano.
Ce « va lontano », c’est un peu aussi le 68 italien : Le mouvement étudiant de 1968 en Italie, surnommé le « mai rampant » en raison de sa durée, a, contrairement à d’autres pays, réussi la jonction avec le monde ouvrier. La révolte déclenchée dans les universités y a été exceptionnellement longue, débutant en 1966 avant de faire tâche d’huile en 1967. Le mouvement connaît son apogée en 1968 pour se prolonger jusqu’à l’automne 69.
En Italie, le mouvement syndical « ne s’est jamais limité à la défense d’intérêts corporatistes. Le mouvement étudiant a cherché à avoir des rapports avec les syndicats qui étaient sur une position plus radicale que le PCI », souligne l’historien Ernesto Galli della Loggia.
C’est ce que nous fait vivre ce prodigieux conteur, aidé qu’il est par la participation du Théatro del  Banchéro , école de théâtre citoyenne et compagnie installée Taggia, près de San Remo. Quelque chose me dit qu’on n’a pas fini d’en parler…
Et de même que les autres « moments » de ces Utopies évoquaient, dans leur déroulement, des formes théâtrales, le « moment utopique » de Renato nous lance des invoquées de l’agit-prop, ce théâtre, très souvent de rue, où il s’agit de faire prendre conscience, la plupart du temps en grossissant le trait.
Mais il ne s’agit ni de nostagisme, ni de mélancolisme de mauvais aloi. C’est gai, festif, ludique, enjoué mais aussi tendre, rêveur  et en même temps narquois : de l’ironie onirique. Ou de l’onirisme ironique.
Salle de répétitions, 13 h30. On change  de salle, on change de registre, on change d’univers, on change de temporalité. Et tout ça en 15minutes ! Ce n’est pas, comme on dit, de la « petite forme », mais de la micro forme. Mais cela suffit à Ézéquiel Garcia Romeu pour déterminer un espace, au sens géographique comme au sens temporel du terme. Pour connaitre EGR (Ézéquiel Garcia Romeu) taper son nom dans  la case recherche de http://www.ciaovivalaculture.com
La lune. Ainsi se nomme le fruit de ses réflexions, de ses rêves, révélés en volume, en actes. Il faut dire d’abord que la lune est un acte qui fascine, il est empli d’une grande richesse symbolique, il fait à la fois travailler l’imaginaire, le rêve.
Le travail d’Ezéquiel Garcia Romeu se construit tout au tour de l’utilisation de la marotte (Tête plantée au bout d’un bâton. Dans le cas de la marotte à main prenante, la main qui tient le bâton est masquée par une draperie d’où sort l’autre main du manipulateur, qui fait fonction de main de la marionnette)
Un œuf blanc et pur vit parmi les monstre dans un marécage boueux au dessus duquel la lune veille. Mais l’œuf aspire à une autre vie que tapie dans l’obscurité et souhaite prendre la place de la lune aux cotés du soleil. S’élever, quitter son cloaque, « dont l’ eau stagne et suppure le long d’un marigot », comme l’écrit le poète. Monstre, sommeil, tout de suite arrive à l’esprit  la série de gravures de Goya, Le sommeil de la raison engendre les monstres.
Vous vous demandez sans doute comment faire le lien avec ces moments utopiques que je vous ai narrés ? Il semble hypothétique mais en fait il est fort et solide. Les monstres. L’imagination laissée à elle-même engendre des pensées morbides, mais aussi politiques lorsque la déraison engendre des formes sociales monstrueuses. Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tard à apparaître et dans ce clair obscur surgissent les monstres. (Antonio Gramsci)
La lune… on peut  aboyer à la lune,  être bien ou mal luné, voir la lune en plein midi, ne pas être con comme la lune, promettre la lune, essayer de n’en pas tomber….l’essentiel est que l’on puisse dire un jour qu’on a marché sur la lune !
Ces 3 journées ont été de savoir comment rêver, comment penser, comment imaginer, comment philosopher peut-être l’inaccessible étoile.
Merci, madame Brook, d’avoir offert à notre plaisir cet entendement, ces joies, la vivacité de ces réflexions. Merci pour ces 3 saisons – la quatrième, comme on dit doit être déjà sous presse. Merci de nous prouver que pour vous, le Théâtre n’est pas qu’une sériée de noms sur une  affiche.

« La « culture » n’est pas à l’abri du « flux tendu » qui caractérise de plus en plus toutes les manifestations des sociétés industrielles. Un livre chasse l’autre et le fait oublier. La preuve est faite que les livres brûlent mal, que l’encre se recouvre mieux qu’elle ne s’efface et que, si la pensée résiste aux flammes, elle est soluble dans le « tout culturel ». »
Armand Farrachi – Petit lexique d’optimisme officiel, 2007

That’s all, folks !


Jacques Barbarin

 

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