Cinéma/ Journal de Cannes 2018 , No 11.

Les enfants abandonnés et maltraités de Capharnaüm de Nadine Labaki ont bouleversé le festival . Le combat pour la survie d’une jeune Khirghize clandestine  , Ayka,dans une ville de Russie . Le X gay revisité par Yann Gonzalez dans Un couteau dans le cœur, sous le prisme des codes du fantastique , de l’horreur , sur le cinéma et la morale

CAPHARNAÜM de Nadine Labaki ( Compétition )

Une scène de Capharnaüm de Nadine Labaki

Le film débute par une séquence -choc et presque incroyable d’un jeune garçon de 12 ans , Zaïn ( Zaïn Al Rafeea ) issu d’un quartier pauvre de Beyrouth qui dit au juge du tribunal où il comparait pou agression avec arme blanche «  je souhaite porter plainte contre mes parents , pour m’avoir donné la vie ! » . Et nous voilà plongés ensuite dans le sillage de ce garçon laissé à la rue par ses parents qui n’ont pas les moyens de le nourrir et qu’ils n’ont même pas déclaré à sa naissance n possédant pas les 200 dollars pour le faire !. La cinéaste a construit un film combat ,  qui lui a demande dit-elle dans le dossier de presse trois ans de travail et de recherches afin de restituer avec le plus de vérité possibles les faits que l’on va découvrir . Et pour le rendre encore plus crédibles elle s’est attachée aussi pour incarner ses personnages a choir des gens de la rue ayant vécu des situations semblables  » parce qu’il fallait qu’il y ait une sincérité absolue « , ajoute-t-elle . Car au delà du vécu de Zai,, , il y a celui d’autre enfants vendus et ( ou ) maltraités, y est également évoquée la question des migrants illustrée par Rajil ( Yordanos Shiferaw) jeune femme Ethiopienne qui a quitté sa famille pour venir travailler au Liban où elle se retrouve, avec d’autres , devenir des esclaves maltraités et ostracisées pour leur couleur de peau …et  qui n’ont pas le droit d’avoir des enfants. Et Rahil qui est tombée enceinte d’un autre employé de maison va être renvoyée . Sans papiers, risquant d’être expulsée elle cherchera du travail , abandonnant provisoirement son bébé , Yonas ( Boluwatife Teasue Bakol » ) à Zaïn . Superbe moment de grâce et de où ce dernier , petit gavroche débrouillard et malin va s’occuper Yonas dans le combat de la rue pour ne pas mourir de faim . Au cœur d’une ville où ils croisent d’autres misérables qui survivent . Une ville- monde filmée avec le réalisme d’une mise en scène ( on pense au Voleurde bicyclette de De Sica ) décryptant tours les ingrédients qui composent l’état des lieux et des rapports de forces envers ces « moins que rien », comme ils s’appellent  . Comme le constatera la sœur de Zaïn contrainte au mariage forcé ; d’autres  comme  elles vendues , où devenant des objets pour pédophiles… ou de couples en quête d’enfants bon marché . Dès lors le procès intenté à ses parents par Zaïn devient par sa symbolique une sorte de manifeste  , un cri  de « demande d’amour » . Mais sa force est aussi celui du constat qui veut faire bouger les lignes , redonner une certaine dignité à ceux qu’on la refuse . Elle est aussi , dans l’idée qui sous-tend ce constat terrible des conditions de vie qui les induisent «  que savez-vous de ce que nous vivons , de la misère ? » dira la mère de Zaïn à l’avocate . Avec Capharnaûm , Nadine Labaki signe un film important et fort , sur la condition de l’enfance …

AYKA de Sergeï Dvortsevoy ( Compétition )

Une scène du film Ayka de Sergueï Dvorstevoy

Le cinéaste Khazak avait été remarqué dans la section Un certain Regard par Tulpan ( Prix du Jury ) , il revient sur la croisette en compétition pour son second film Ayka portrait d’une jeune femme Kirghize en situation irrégulière à Moscou . Deux séquences semblent emblématiques du double regard que le cinéaste souhaite explorer . La situation de cette jeune femme que l’on découvre à la maternité où elle vient d’accoucher et où au lieu d’allaiter son enfant, elle s’enfuit sous la Neige . Une autre scène nous la montre vivant dans le dénuement et empruntant de l’argent dans l’espoir d’ouvrir son atelier de couture . On comprend son geste du début, par le fait que son enfant devenu un poids trop lourd dont elle ne peut s’occuper et quelle préfère momentanément le laisse aux soins de l’hôpital , juste quelques jours afin de le récupérer ..avant qu’il ne soit considéré comma abandonné !. Son combat pou la survie de réfugiée dans une ville où , comme le montrent certaines séquences, les réfugiés ne sont pas les bienvenus, suspectés , contrôlés , menacés d’expulsion et souvent aussi exploités justement parce qu’ont peut se le permettre, vu leur situation : ils ne peuvent que céder au chantage . C’est le quotidien  d’Ayka que le cinéaste nous décrit avec la forme du réalisme documentaire . Nous faisant pénétrer dans petit logis de quelques mètres carrés dans un immeuble insalubre ou vivent d’autres clandestins . Ayka multiplie les travaux temporaires et aussi les emprunts et les dettes dont elle cherche à temporiser le plus possible les remboursements. Elle se bat avec ses moyens portée par cette petite vie qu’elle a mise au monde, et qui lui donne le courage de continuer . C’est la simplicité du quotidien de la survie , en même temps que son tragique que le cinéaste donne à voir , en forme de constat brut , laissant en même temps percevoir une réalité plus large. Celle  d’un constat statistique : « en 2010 dans les maternités de Moscou 248 nouveaux nés ont étés abandonnés par leurs mère venues du Kirghizistan » , dont le cinéaste s’est inspiré . Interpellé par cet «  abandon » de surcroît dans un pays étranger , fait par « des femmes issues d’une culture bâtie autour des liens familiaux » . C’est pourquoi sans doute Ayka , elle , malgré la dureté du quotidien choisira de garder son enfant …

UN COUTEAU DANS LE COEUR de Yann Gonzalez ( Compétition )

Vanessa Paradis dans Un couteau dans le coeur de Yann Gonzalez.

Le cinéaste de Les rencontres après minuit ( 2013 ) qui s’est acquis les faveurs des cinéphiles, poursuit dans son approche cinématographique quelque peu provocatrice où le fantastique s’insinue, et s’y s’ajoutent la variant humoristique et la tonalité du polar … ou plutôt du polar -fantastique . Le cadre du récit situé à la fin des années 1970 , nous plonge d’emblée dans le tournage d’un « porno gay » , dont les premières images provocatrices laissent percevoir au défilé de la table de montage , comme une certain mystère . Alors que les phases des tournages à la va- vite, se multiplient on fait connaissance avec Vanessa Paradis en Productrice , et en crise amoureuse,  quittée par sa compagne monteuse ,Loïs       ( Kate Moran) . Afin de la reconquérir elle décide de monter une production plus ambitieuse avec leur comédie fétiche Archibald . Mais ce dernier est sauvagement assassiné … le malheur semble  même poursuivre désormais les tournages de la productrice puis que d’autres victimes s’ajoutent et que les comédiens ne veulent plus s’exposer . Le tueur psychopathe à l’arme blanche qui sévit et les traces d’une plume noire faisant écho à un légende ancienne augmente encore la perplexité et surtout la dimension fantastique , amplifié  par la silhouette et le visage du tueur au masque noir . Qui s’attaque aux comédiens . Tueur homophone guidé par on ne sait quel mobile . La productrice ne reculant devant rien décide ( argument  de vente ) de mettre  en chantier un film s’inspirant du tueur homophobe . La satire et l’humour au service d’un porno horrifique , dont l’esthétique fait écho à celles des films de genre ( on pense à Dario Argento ) , et à toute une imagerie Underground . Pourtant si les intentions y sont, quelque chose ne fonctionne pas toujours , peut-être pour cause de surcharge, mais on lui reconnaîtra sa volonté de mise en abyme d’une certaine morale rampante .. .

( Etienne Ballérini )

Le Festival de Cannes se termine ce Samedi 19 MAI 2018 :
au Programme : le palmarès et l’attribution de la Palme d’Or 2018 .
Suivi de la projection du film de clôture : l’ Homme qui tua Don Quichotte de Terry Gillam.

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