Cinéma / Journal de Cannes 2018 , No 10.

En compétition hier l’italien Matteo Garrone a fait sensation avec son film Dogman une réflexion magistrale sur la bestialité humaine . A la Section un certain regard : Le beau poème Khazakh de Adilkhan Yerzhanov , la tendre indifférence du monde . Et la Robinsonade d’Armin , au cœur d’un paysage de fin du monde, dans In my Room d’Ulrich Khöler

DOGMAN de Matteo Garrone ( Compétition )

Une scène de Dogman de Matteo Garrone

Le cinéaste de Gomorra ( 2008 ) et Tales of Tales (Le conte des contes /2015 ) tous deux présentés en compétition au festival de Cannes . Avec son nou,veau film il poursuit ici sa réflexion sur la violence dont il avait irrigué de séquences très fortes on film sur la mafia, Gomorra . Il revient ici avec une approche originale destinée à creuser et décrypter les éléments des situations conduisant jusqu’au- boutisme , auxquels  peuvent conduire certains choix . Et ce qu’ils révèlent des hommes , d’une société et du monde sur la perte de l’innocence et l’illusion de la liberté . C’est donc dans une banlieue pauvre d ‘une ville du Sud de l’italie que l’on découvre les deux personnages principaux au cœur de l’intrigue et du contexte cité ci-dessus . Il y a Marcello ( Marcello Fonte) toiletteur pour chiens et père de famille divorcé , il est discret et apprécié de tous …il arrondit ses fins de mois en dealant de temps en temps quelques sachets de drogue, qui lui permettent aussi d’emmener sa fille en vacances . Il y a Simoncino ( Eduardo Pesce ) son ami ancien boxeur , accro à la cocaïne et forte tête , qui vient de sortir de prison. Marcello sollicité par Simoncino qui lui réclame régulièrement ses doses de drogue , ne pouvant plus les demander aux fournisseurs à qui il doit de l’argent . La prison n’a pas calmé Simoncino qui continue à « racketter » le quartier , et surtout use systématiquement de la violence si on lui refuse , ce qu’il demande . Les commerçants ulcérés par son comportement ont même envisage de lui faire donner une leçon …mais c’est courir le risque de le voir se venger! . Alors c’est Marcello qu’il va de plus en plus solliciter et l’entraîner par la menace dans des coups hasardeux… et ça finira par tourner mal . Marcello l’ami fidèle  refusera de donner son pote ,  trouvera à sa sortie ce dernier en mufle insensible qui non seulement lui renvoie le mépris et continuera vouloir se servir de lui  en le tyrannisant  , pour le contraindre . Trop , c’est trop !. On vous laissera découvrir l’issue de la spirale ( le film sort en Juillet sur les écrans ) de la bestialité qui va littéralement exploser . Matteo Garrone y explore les pulsions de survie , de la vengeance contre l’humiliation , les conséquences de faiblesses  » des « oui » que nous disons et qui nous emmènent à ne plus pouvoir dire « non » « , pointe le cinéaste  . Ce constat d’une profonde noirceur , Matteo Garrone le sublime par une mise en scène au couteau , la force de ses cadrages, du travail sur les lumières , l’intensité de la violence et celle des la psychologie des personnages , servis par une direction d’acteurs , offrant deux interprétations magistrales . Marcello Fonte en gringalet soumis qui subit et découvre la trahison et l’ignominie , est bouleversant . Edoardo Pesce campe en Simoncino ,qui  fait froid dans le dos ,brute épaisse fascisante et terrifiante …

LA TENDRE INDIFFERENCE DU MONDE de Adilkhan Yerzhanov ( Un certain Regard )

L’Affiche du Film:  La Tendre indifférence du monde de Adilkhan Yerzhanov.

Le cinéaste Khazakh est mal connu du public , pourtant les films de ce diplômé des beaux arts du Kahakstan  sont régulièrement programmées dans les festivals . Il le fut en séance spéciale à Cannes en 2014 avec huma u aul Karatas , et y revient donc à Un certain regard cette année avec ce très beau film-poème , La tendre indifférence du monde qui reprend la phrase «  je découvrais le tendre indifférence du monde » de l’Etranger d’Albert Camus. Le film fait d’ailleurs référence aux classiques du théâtre et de la littérature , mais aussi à la poésie , à la peinture , à la musique… on les retrouve tout au long du récit de ses héros au cœurs des magnifiques paysage dont les cadrages de la mise en scène évoquent eu-même des tableaux. L’Art y est constamment évoqué comme référence et parfois modèle  de vie pour les personnages , envers lesquels cependant le cinéaste offre sa vision personnelle , refusant les clichés ,ou  le mélodrame , et préférant ouvrir sa fiction au delà de la romane sociétale , pour y insuffler une certaine dimension morale . L’amour en tout cas y est au cœur , sublimé . Et le traitement de la mise en scène nous a fait penser aux magnifiques films du cinéaste Sergueï Paradjanov ( Les chevaux de feu , Sayat Nova...) où le cadre de l’image devient tableau . Dès lors les aventures de la belle Saltanat et de son ami d’enfance Kuandyk , deviennent un sorte d’hymne à la vie et à l’Amour  d’autant que s’y ajoute la touche de l’humour . Lorsqu’escortée par son chevalier servant qui veille sur elle , la voilà en route pour la ville où elle est promise à un riche mariage destiné à sauver sa famille criblée de dettes, après la mort du père . Et que la mère attend en prison . Confrontés à la ville nos deux héros vont traversre des périodes difficiles . Les espoirs de Saltanat balayés , il faut trouver d’autre solutions . Kuandyk , va aller  à la recherche de travail et se retrouvera lui aussi confronté à des rapports de force soit avec ses patrons d’un moment ou avec les            «  ouvriers » qui voient en lui concurrent dangereux et le rejettent . Mais tous deux dans  la tourmente vont tenir bon , car l’amour est plus fort qui permet de traverser les épreuves de la vie …

IM MY ROOM D’Ulrich Khöler ( Un Certain Regard )

Une scène de In my Room d’Ulrich Köhler .

Le cinéaste Allemand dont le film La maladie du Sommeil ( 2010 , Ours d’Argent au Festival de Berlin ) est resté inédit  en France  se retrouve donc cette fois-ci sur la croisette ,comme représentant de l’école de Berlin . Son récit met en scène un journaliste reporter Free lance , Armin qui semble quelque peu inquiet de son Avenir . Il faut dire que suite « ratage » de son reportage où il a été envoyé …et où il a « oublié » d’allumer le bouton enregistreur de sa caméra pour filmer  les déclarations d’une conférence de Presse politique , n’est pas de nature à le rassurer !. De la même manière,  il va enchaîner une petite aventure …qui se ne se concrétisera pas . Dans sa famille il y a des tensions et aussi la grave maladie de la grand – mère, sous assistance respiratoire . Tout semble tourner mal … et ce n’est pas fini . Un matin il se réveille , et quelque chose ne fonctionne plus comme c’était le cas de sa caméra, prémonition ? , peut-être , en tout cas c’est sûr , l’humanité a disparu ! Plus personne dans les rues et sur les routes un spectacle de fin du monde voiture renversées , accidents , animaux en liberté . Alors , il va se réfugier dans une demeure à la campagne pour y construire son petit nid solitaire , recueillir des animaux , et jouer les Robinson Crusoe . Ce qui frappe dès l’abord , c’est le traitement du récit fluide et habile , qui installe des situations sans donner d’indices les justifiant , comme celui du point de départ … on ne sait pas la raison de la disparition de l’humanité . Dès lors tout s’enchaîne dans le nouveau contexte auquel il faut s’adapter . Ce qui déclenche chez Armin  ( et chez le spectateur ) , cette idée de devoir reconstruire  pour lui  en tout cas l’espace habitable ; et pour le spectateur  remplir à sa guise (?) les  espaces vides du récit . Armin lui , devra trouver  de solutions…un nouveau paradis  ? .  Que  fera  cette  Eve qui  le rejoint ? , chacun sait désormais que la femme d’aujourd’hui , veut être libre !. C’est , une jolie fable que le cinéaste irrigue de trouvailles ,de pistes et de mystères à résoudre invitant à la réflexion  sur le mode à venir , et de quoi il  sera ( devra être  ), fait !   . D’autant que le tout s’appuie sur une mise en scène très maîtrisée  qui incite  à se prendre au jeu …

(Etienne Ballérini )

Le Programme de ce Vendredi 18 Mai 2018 :

Un Couteau dans le cœur de Yann Gonzalesz ( Compétition)
Capharnaüm de Nadine Labaki ( Compétition)
Le poirier sauvage de Nuri Nilge Ceylan ( Compétition )
Libre de Michel Toesca ( Hors Compétition )
Manto de Nandita Das ( Un Certain Regard )

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