Cinéma / Journal de Cannes 2018 , No.8

Journée très politique hier sur la croisette , avec en compétition , le retour de Spike Lee et son Blackkklansman sur les violence policières , et celles racistes du Klu Klux Klan. La lutte des ouvriers de l’Usine Perrin d’Agen contre la fermeture par l’actionnaire sous tutelle Allemande , décrite dans En Guerre par Stéphane Brizé. Le film a été acclamé pendant plus de dix minutes par le public du Théâtre Lumière …

EN GUERRE de Stéphane Brizé ( Compétition )

Une scène du film : En guerre de Stéphane Brizé –

Après la réussite et le succès de La loi du Marché , le cinéaste retrouve son comédien fétiche , Vincent Lindon dans le rôle ici du militant syndicaliste Laurent Amédeo porte -parole des 1100 Salariés dont l’avenir  est en question . En effet la fermeture de l’usine  Française décidée par le patron malgré des bénéfices records , est consécutive à la stratégie du patron Allemand à qui elle appartient , qui ne la trouve pas suffisamment rentable dans un contexte de compétitivité et de concurrence mondiale . Pourtant les sacrifices auxquels les ouvriers avaient consenti et l’accord signé après négociations par le directeur Français deux ans auparavant afin que l’usine puisse poursuivre ses activités sur une  période de 5 ans , est remis en cause . La parole non tenue , va déclencher la mobilisation et l’occupation de celle-ci. Le bras de fer va durer plusieurs mois , le gouvernement Français sera interpellé , le patronat  également ainsi qui le patron Allemand . Mais  tous  temporisent et se renvoient la balle .  Dans la continuité de son travail effectué majoritairement avec des comédiens non professionnels ( hormis Lindon , et quelques autres ) , un tournage court ( 23 jours ) . Mais  aussi et surtout ,  la volonté de décrypter , via cet exemple , la situation de l’emploi et du monde du travail confronté justement à cette loi du marché et du libéralisme  d’entreprises  et du patronat , face auquel le pouvoir Politique se révèle impuissant  à peser  pour défendre  l’emploi et les  décisions   qui ne le favorisent pas. Les tensions sociales qui se multiplient et les luttes qui se durcissent ne faisant la « une »,  que lorsqu’elle dégénèrent . La volonté du cinéaste de montrer de l’intérieur le mouvement de la lutte en marche , les actions multiples , les négociations , les revendications, les rapports de forces et la colère qui finit par être attisée par le sentiment d’humiliation ressenti , d’en être les dindons de la farce , sacrifiés au profit des actionnaires dont les dividendes augmentent ainsi que les salaires des patrons , tandis que les ouvriers sont constamment appelés aux sacrifices ( heures supplémentaires , salaires qui stagnent , ou pire: licenciements ,  plans sociaux , et plus brutalement ici , fermeture de l’Usine et des milliers d’ouvriers qui se retrouvent sans travail du jour au lendemain . La colère et la haine face à cet engrenage qui fait fi de l’indignation et de la souffrance de ceux qui vont se retrouver sans  rien, tandis que d’autre s’enrichissent de leur travail et de leurs sacrifices . «  je fais simplement le constat d’un système objectivement cohérent du point de vue boursier , mais tout aussi objectivement incohérent du point de vue humain , et ce sont ces deux points de vues que le film oppose . La dimension humaine face à la dimension économique » , dit le cinéaste . Et de belles scènes illustrent ce fossé qui se creuse , accentué par le stratagème employé par les entreprises , le  laissant « pourrir »   le  conflit afin de diviser la résistance  ( le terrain judiciaire employé par les avocats des entreprises, utilisation de la force la force pour rouvrir l’usine à ceux qui veulent travailler …) , le film décrit de manière très précise le mécanisme et les «  étapes légales » qui conduisent à un plan social . De la même manière que celui des intérêts qui guident chaque partie , ou encore lorsque la division s’installe ,  entre les gréviste . Stéphane Brizé installe la dramaturgie des points de vues qui s’opposent , mais aussi décline habilement le cynisme au cœur du rapport de forces , lorsque ‘est évoquée la disposition légale permettant à une entreprise qui fait des bénéfices de fermer mais qui se doit d’être proposée à la vente … mais il lui est,  aussi,  légalement permis de ne pas vendre !. Le film porté par cette approche « didactique » servie par une mise en scène en plans séquences , et  un Vincent Lindon en combattant habité entouré par des comédiens non professionnels épatants ( dont Mélanie Rover dans le rôle de la syndicaliste CGT ). le film fait mouche et renvoie à d’autres combats d’aujourd’hui l’image respectueuse de ceux qui les vivent … et c’est bien que des films comme celui de Stéphane Brizé , le montrent  . En ce sens l’ovation méritée faite à son film au festival de cannes est réconfortante. Le film est sorti sur les écrans , ne le manquez pas .

BLACKKKLANSMAN de Spike Lee. ( Compétition )

Une scène de Blackkklansman de Spike Lee.

Le Cinéaste de Jungle Fever (1991 , et  Old  Boy  (2013)  s’était fait quelque peu discret depuis un certain temps . Sans doute lui a-t-il fallu que les événements récents de la recrudescence de  la violence   raciste à laquelle a été confronté la communauté noire , revivifiée   par le célèbre Klu Klux Klan,  réveillées par l’élection de Donald Trump qui les a conduits à se manifester à nouveau et e manière provocatrice et sanglante lors de la marche qui s’est terminée de manière tragique , lors de la manifestation de Charlotville en  Août 2017 . Spike lee retrouve ici toute sa verve et son film adapté d’une histoire vraie du policier noir Ron Stallworth qui a réussi à infiltrer le Klu Klux Klan dans les années 1970 aux Usa , et a été rendue publique en 2006. Le fameux Klan célébré par le film Naissance d’une Nation de G .W Griffith crée en 1895 , défendant la race blanche et proférant menaces  et violences envers les  noirs et  LES JUIFS , s’est signalée au  fil des décennies par des actes de lynchages et de cérémonies nocturnes célèbres, avec bûcher de croix en feu . Spike Lee évoque l’épisode du film de Griffith qui déclencha des  actes de  violence et  le martyre resté célèbre de Jesse Wahsigton torturé , et assassine en 1916, raconté à une assemblée de jeunes étudiants par un vieil homme ( le grand Harry Belafonte )  fut son ami et qui y   a  assisté .   En 1978 lorsque Ron Stallsworth ( John David Washington) se présente à l’entretien d’embauche pour devenir policier , il fait face avec aplomb et on le testera encore a des tâches secondaires , jusqu’au jour où  , fatigué d’être traité avec dédain parce que black , il demande à devenir agent de renseignement …ça tombe à pic , un leader Black Panther doit tenir un meeting pour les étudiants , rien de mieux qu’un black pour s’infiltrer et recueillir des renseignements ! . Travail bien fait dira le chef . Mais le discours du leader fustigeant les blancs racistes l’a marqué…et si , pour savoir ce que concoctent comme actions  punitives , les hommes du KKK,  on les infiltrait !. Sauf qu’un black ne ferai pas long feu , alors c’est sous son nom que son collège juif , Filip Zimmerman ( Adam Driver ) va le remplacer !. Spile Lee aime bien pousse le bouchon , il sait que le KKK est antisémite et négationnistes . Le « duo » associant , policier juif  -et policier black  en position de surveillance et de secours  si ça tourne mal – pour infiltrer le Klan , il sait qu’il fera doublement mouche ! . Les situations cocasses  se multiplieront qui permettront à nos deux compères d’arriver à leurs fins . Le processus et les étapes de l’adhésion , le rituel de la cérémonie , les réunions où on décide les actions racistes destinées à faire régner la peur , le chef et manitou du KKK , à qui Spike Lee fait dire des dialogues empruntés à l’actuel , David  Duke , qui a soutenu Donad Trump lors de sa campagne électorale , et la stratégie d’un « racisme soft » susceptible de porter les idées du KKK au sommet de l’état .  Alec Baldwin imitateur de Trump dans l’émission TV Saturday Night Live ,ici  , éructant un discours raciste , pas piqué des vers ! . Spike Lee , fonce et fait mouche avec sa verve satirique et ses piques politiques qui  fustigent le nationalisme étroit , le racisme et la haine … il lui renvoie l’image du drapeau Américain souillé …qui en perd ses couleurs . C’est fort , et il dédie son film à la jeune femme , Heather Heyer , morte lors de la manifestation de Charlottesville où les racistes de tous poils hurlaient leur haine, en brandissant les armes …

(Etienne Ballérini)

Le Programme de ce Mercredi 16 Mai 2018 :

Under the Silver Lake de David Cameron Mitchell ( Compétition)
Burning de Lee Chang Dong ( Compétition)
-Dogman de Matteao Garrone ( Compétition) –
-Sofia de Meyriem Benm’ Barek ( Un certain Regard )
-Les Morts et les autres de Joao Salavia et Renée Nader Messora .

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