Cinéma / LAND de Babak Jalali.

L’histoire d’une fratrie au cœur de la réserve indienne de « Prairie Wolf », au Nouveau Mexique . Le troisième long métrage du réalisateur d’origine Iranienne diplômé de la « London Film School », qui , sous la forme d’une fiction très documentée, nous immerge au cœur d’une population marginalisée et menacée, brandissant sa culture immémoriale comme étendard. Magnifique…

A l’entrée de la réserve, un panneau indique que l’on entre dans le « territoire indien » situé au cœur d’une région semi désertique. A quelques mètres de là , un échoppe marchande tenue par une femme blanche où l’on vend de l’alcool, les indiens qui n’ont pas le droit d’en boire à l’intérieur de leur réserve, y viennent l’acheter et s’adonner à la boisson . Une entrée en matière posant d’emblée l’état des lieux d’une situation dont les blancs profitent hypocritement, exploitant la détresse d’une population indienne masculine vouée au chômage et sombrant dans l’addiction à l’alcool. Celle dont le cinéaste pointe l’incroyable gravité qui s’est révélée à lui dans son long travail de documentation l’ayant conduit  pour les besoins de  son film , pendant plusieurs années à visiter ces réserves indiennes et en rencontrer les populations. Une situation de misère et de délabrement hallucinante, notamment dans les communautés isolées , comme c’est le cas  dans le Dakota du Sud, où le taux de chômage frôle les 90% et celui d’alcoolémie les 80 % , s’y ajoutent les nombreuses maladies conduisant à une « espérance » de vie de 47 ans pour les hommes et 49 ans pour les femmes !. Le récit dès lors prend la forme du constat dont le « Land » du titre fait référence à une « terre » dans laquelle ses héros-personnages indiens , emblématiques d’une communauté y sont voués à une mort physique lente , dont , dans leur sillage l’est également celle de leur culture et traditions . Il y est question , au delà de la misère à laquelle ils sont exposés, aussi de la violence et du racisme qui persiste , dont l’un des trois frères fera l’amère expérience…

La boutique de Sally, où l’on vend l’alcool aux indiens de la réserve – Crédit Photo : Bac Films Distribution –

C’est donc cette fratrie , celle des DenetClaw, que le cinéaste nous invite à découvrir dans le quotidien de la réserve . Il y a  Floyd , le plus jeune parti lui,  combattre pour le pays en Afghanistan , puis Wesley (James Coleman ) chômeur  « addict »  à l’alcool et  passant le plus clair de son temps près de la réserve de Sally (Florence Klein) . Enfin l’aîné , Raymond ( Rod Rondeau) , le seul à travailler dans une exploitation de gros bétail . Il a cessé de boire , et c’est lui qui apporte l’argent faisant vivre la famille . Babak Jalali , construit d’emblée habilement la présentation des lieux et du contexte dans lequel les deux frères vivant dans la réserve sont confrontés . Celui  de Raymond chef de famille , dans le cadre de l’entreprise du patron blanc pour lequel il travaille où il se montre sérieux au labeur et réservé dans les relations évitant de possibles conflits . Et de ses difficultés à rester sobre, lorsque le contexte familial se dramatise ayant du mal à faire face aux problèmes qui le submergent , comme le traduit la magnifique scène où il craque , et où on le voit tremblant et en pleurs un verre de lait à la main, avant de «  rassembler ses esprits avec clarté et retrouver la paix intérieure » . Il faut dire que les raisons ne manquent pas, car les tensions sont vives dans la réserve . Parfois les blancs y viennent faire des incursions pour intimider ( les balles de leurs revolvers visant la plaque de la réserve …) ou chercher la bagarre. De nombreuses agressions sont constatées, et c’est ce qui va arriver à son frère Wesley, pris à partie par de jeunes blancs lui reprochant de « parler et dire des conneries à leur soeur !» , ils vont le piéger et le couvrir de coups, l’envoyant à l’hôpital. La tension va monter encore d’un cran lorsque Wesley sorti , voudra se venger des agresseurs…

Mary ( Wilma Pelly ) la mère de famille indienne – Crédit photo: Bac films Distribution-

Et puis , arrive le drame qui vient endeuiller la famille DenetClaw avec la mort au combat du petit frère , en Afghanistan. Dont Raymond ne supportera pas la réalité qui vient- comme une injustice- ajouter à la souffrance du deuil . Celui du sacrifice du jeune frère pour un drapeau et une Nation qui a jadis combattu et massacré une grande partie des populations indiennes  et les maintien aujourd’hui dans des réserves où ils sont parqués et peinent à y survivre . Cet insupportable pour Raymond , se traduit dans une scène aussi forte de signification que bouleversante. Au cours de laquelle , la famille et la communauté derrière elle, exige que les autorités militaires déposent le cercueil et le corps du soldat à la frontière de la réserve, et que le drapeau indien soit substitué au drapeau Américain sur le cercueil , afin qu’ils puissent l’enterrer … selon leurs traditions !. Au «  un soldat mort au combat sur le sol étranger en défendant son pays , mérite d’être enterré avec le drapeau de son pays » , on répondra au chef militaire : «  il est mort pour son travail , pas son pays !... » . La frontière délimitant la réserve et celle du gouvernement Fédéral , devient emblématique de la séparation des deux cultures, reflétant le combat symbolique des indiens pour conserver leurs traditions. C’est aussi ce que fera savoir, par personne interposée , dans une autre séquence la vielle mère , Mary ( Wilma Pelly ) de la famille DenetClaw, aux agresseurs de son fils Wesley : «  dites- leur qu’il existe encore des Indiens sobres !… » . Lucides et déterminés – eux- ils ne se laisseront pas faire …

Le retour du cercueil du jeune indien mort en Afghanistan – Crédit Photo : Bac Films Distribution –

De fait , Babak Jalali, s’il fait le constat d’une réalité, refuse de verser dans la noirceur et fait même un exemple de la vie dans la réserve indienne , lui permettant d’ouvrir son film au delà de la question des indiens d’Amérique , pour porter la réflexion plus largement et globalement , sur un contexte mondial , celui qui touche tous  : «… les ostracisés, ceux qui ne sont pas en raccord avec la perception générale que représente une culture dominante, ça, c’est une question très importante aujourd’hui, je trouve, à l’heure où l’on construit des murs entre les peuples. Ces gens doivent pouvoir prétendre aux mêmes droits, aux mêmes rêves que tout un chacun. Là, il y a urgence… » , dit-il . Et , c’est cette possibilité, cette porte ouverte aux « changements des consciences », celle du final du film donnant à voir … une route ouverte , à l’espoir . Et celui-ci, il le  concrétise dans son film , par le beau personnage de la jeune fille blanche, Rosie ( Antonia Sternberg) sur son vélo , qui va à la rencontre des indiens et s’intéresse à leur culture,  réclamant même qu’ils  lui procurent  des cassettes de leurs chants traditionnels . Rosie représentant cette jeunesse «  pas pervertie par la peur …pas encore polluée par l’idéologie » , dit le cinéaste . Celle porteuse d’espoir d’un avenir et d’un monde futur, où l’ostracisme n’aura plus cours…

(Etienne Ballérini )

LAND de Babak Jalali. – Durée ; 1 h 50-
Avec : Rod Rondeau, Florence Klein, Wilma Pelly, James Coleman, Georgina Lightning, Antonia Sternberg, Andrew Katers, Griffin Burn…

LIEN : Bande -Annonce du film , LAND de Babak Jalali .

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