Cinéma / LUNA d’ Elsa Diringer.

Le viol d’un jeune garçon ,  par un groupe ivre d’alcool lors d’une soirée où le machisme homophobe  y déploie sa sauvagerie . La complicité de la jeune héroïne, Luna.  Plus tard , le travail les réunissant  dans une exploitation maraîchère , à son contact , celle-ci  va prendre conscience de sa culpabilité . Premier long métrage au regard juste et sensible, sur un sujet grave , signé par  la jeune cinéaste . A voir .. .

C’est par une séquence forte et violente qui secoue le public , qu’Elsa Diringer a choisi volontairement de débuter son film . Plongeant le spectateur au cœur d’un groupe et d’une soirée où les vapeurs d’Alcool à forte dose , s’ajoutant à une certainet inconscience font se libérer les instincts homophobes de petits machos , et de leurs compagnes sous influence . Leur cible, un jeune garçon qui n’a rien demandé et qui se trouve par hasard dans le hangar désaffecté qu’ils ont choisi, comme étant le repaire de leurs nuits agitées. L’intrus qu’il veulent déloger des lieux subira sans broncher leur insultes , mais lorsqu’il voudra récupérer son téléphone qu’ils ont arraché de ses mains, les insultes pleuvent envers ce gringalet , osant les défier !. «  Chaque personne met un doigt dans l’engrenage et ça va très vite. Je voulais que ça les déborde, que ça les dépasse, comme une pulsion archaïque... » explique la cinéaste . Des insultes homophobes accompagnée de coups violents , trouveront leur apogée malsaine dans le viol du jeune homme dont se rend coupable, le petit ami de Luna, pour lequel cette dernière fera le geste complice …de baisser le pantalon de l’intrus !. La cinéaste ajoute à l’inconscience du groupe, l’idée de certains souhaitant le lendemain , de « poster » sur le net , les images filmées sur portable !. C’est bien au cœur d’une forme de dérive consistant à vouloir «  partager  et banaliser »,   sur la toile des fait graves , pourtant tombant sous le coup de la loi ! . En faisant le choix de mettre en avant d’emblée ce type de dérive, la cinéaste frappe fort, celui-ci lui permettant ensuite de prolonger la réflexion par le développement d’un récit au fil duquel , elle va pouvoir développer une réflexion où la complexité des éléments et comportements analysés , auquel le cheminement de ses personnages, offre une belle dimension …

Luna ( Laëtitia Clénent ) – Crédit Photo Pyramide Distribution –

Celle du choix de faire de Luna la complice, dont le geste est motivé – par le désir de plaire et l’ offrir à son petite ami , dont elle est éperdument amoureuse . «  J’ai eu envie de parler de ça dans mon film : de ce que l’amour peut nous amener à faire. De ce qu’on est prêt à commettre pour exister aux yeux de l’autre, aux yeux d’un groupe », dit la cinéaste . Le comportement du groupe y étant, lui , exploré sous la forme de la dimension dans laquelle les comportements se retrouvent « sous influence » de l’instinct grégaire. Les individus s’y retrouvant métamorphosés , y compris de ceux qui semblent portés à être réfractaires à toute violence …et qui  se laissent entraîner  dans l’engrenage. Une réalité, qui se constate dans tous les groupes de tous âges et de toute origines sociales, relève  aussi la cinéaste , souhaitant, via le groupe de jeunes au centre de son récit , sensibiliser le public :   «C’est aussi un film qui interroge plus largement notre libre- arbitre au sein d’un groupe ». C’est dès lors le cheminement de Luna ( Laëtitia Clément ) qui va lui permettre  d ‘explorer cette dimension de la sensibilisation à laquelle,  elle s’attache à décrire le cheminement de cette dernière , vers cette prise de conscience . En la confrontant sur les lieux du travail -où ils se retrouvent  – à Alex ( Rod Paradot) dont elle redoute qu’il la reconnaisse malgré son changement de » look » et de coiffure . La culpabilité qui s’inscrit, via ce face -à- face, constitue la première étape de sa part de culpabilité à  assumer , où la lâcheté et l’égoïsme qui en sont le moteur, sont les habits qu’elle va devoir quitter, pour qu’elle «  gagne son humanité » ! …

Luna ( Laëtitia Clément) et Alex ( Rod Paradot ) – Crédit Photo Pyramide distribution –

Et dans cet exercice qui lui fera traverser bien des obstacles , y compris le plus difficile : prendre ses distances avec le groupe et son petit ami, Ruben ( Julien Bodet ) dont l’inquiétude suscitée par son geste,  et la présence d’Alex dans la région … et près de Luna , va le rendre encore plus dangereux dans ses réflexes de protection qu’il pourrait utiliser dont cette dernière , pressent un possible drame qui pourrait advenir . Mais , c’est surtout dans l’évolution et le contact quotidien avec Alex, que Luna trouvera les éléments qui vont lui permettre de construire son chemin . Ce dernier, auquel Rod Paradot ( découvert dans La tête Haute d’Emmanuelle Bercot ) , offre encore ici , une superbe dimension par son interprétation , mettant en avant une sensibilité, une bonté, une masculinité et un rapport à la sexualité, à mille lieues du machisme satisfait du petit ami de Luna . Finissant par rendre cette dernière consciente du poids de son geste . Elle  va dès lors changer , et c’est justement par le renversement d’un attachement amoureux qu’elle le fera, comme une forme de non- dit, d’un pardon  à venir mais , encore noué par la peur dans sa gorge. Celui qu’une sexualité vécue avec Ruben la rendant esclave dépendante de ses désirs ( comme l’illustre une scène explicite ), dont Alex lui renvoie, l’image de la douceur de l’attachement et du respect qu’il lui porte, malgré l’humiliation subie dont il souffre. Cette souffrance , dont elle porte la responsabilité complice il faudra bien qu’elle en libère la parole, et finisse par s’en excuser. C’est par cet «  aveu » qu’elle trouvera la paix qui la sauvera . La libérant  définitivement de toutes les dérives dans lesquelles, elle s’est laissée entraîner par des défis ( vols ..) de toutes sortes , avec ses copines ( Chloé , Corinne ) révoltées , et par la quête de ce «  besoin » d’exister au cœur d’un groupe…

Luna ( Laëtitia Clément ) , enfin libérée …( crédit Photo : Pyramide Distribution )

C’est par le détachement de celui-ci , que passe le chemin d’émancipation nécessaire dont la cinéaste nous propose le parcours. Et la force du film, et du récit , est de ne pas s’arrêter là , et le conduire jusqu’au bout. Celui donné par les indices d’ Alex sans sa recherche du coupable qui l’a humilié ; afin d’en découdre ?, non , car Alex n’est pas une nature violente . C’est la réparation du crime par le mot de « pardon » , qu’il veut entendre . Celui auquel Ruben devra se plier ( belle leçon de la scène finale… ) pour mesurer ce que l’humiliation infligée à l’autre veut dire , et comment elle peut être ressentie . C’est le dernier obstacle également , que devra franchir Luna, dont Laetitia Clément incarne elle aussi admirablement la dimension d’un parcours et des choix à faire , destinés à l’amener à l’équilibre  libérateur. Luna dont la cinéaste la compare à « une mouche se cognant aux vitres pour trouver la porte de sortie » . Dont la mise en scène accompagne l’enfermement au cœur du groupe , ou familial ( père absent …) , et puis va s’ouvrir accompagnant son chemin émancipateur «  … au cœur des paysages , ville, campagnes , ou terrains vagues … au fur et à mesure que son horizon, s’élargit ». Lui ouvrant le chemin de l’espoir , et d’une autre vie possible …

(Etienne Ballérini)

LUNA d’Elsa Diringer – 2018- Durée : 93 minutes .
Avec : Laëtitia Clément, Rod Paradot, Lyna Coudri, Julien Bodet, Frédéric Pierrot, Juliette Arnaud..
LIEN : Bande -Annonce du film http://distrib.pyramidefilms.com/images/films/780/bande-annonce-luna.mp4

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