Cinéma / Je me souviens de… Stéphane AUDRAN

Stéphane Audran est décédée ce mardi à 85 ans.
« Ma mère était souffrante depuis quelques temps. Elle a été hospitalisée une dizaine de jours et était revenue chez elle. Elle est partie paisiblement cette nuit vers 2h du matin« , a annoncé ce mardi 27 mars son fils Thomas Chabrol à l’AFP…

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Les Bonnes Femmes de Claude Chabrol – Crédit photo : DR

Je me souviens que Stéphane Audran est née Colette Dacheville, le 8 novembre 1932 à Versailles (Yvelines). Après les études secondaires, elle a suivi les cours de Charles Dullin, René Simon, Michel Vitold et Tania Balachova, au début des années 1950. Elle y côtoie Delphine Seyrig, Laurent Terzieff, Michael Lonsdale et Jean-Louis Trintignant qu’elle épousera en 1954 pour quelques mois.

Je me souviens que c’est en 1959 que Gérard Blain, qui a tourné Les Mistons de François Truffaut et Le Beau Serge de Claude Chabrol, l’a met en contact avec… Claude Chabrol. Elle le rencontre dans un bar de la rue Washington, à Paris, où il joue au flipper. «Chabrol était là, en effet, et sans cesser de jouer il m’a dit qu’il avait quelque chose pour moi dans son film. Je n’y croyais pas tellement, je suis partie en vacances.» A son retour, il l’engage pour un petit rôle dans Les Cousins et une unique réplique (1959). Mais c’est le début d’une longue collaboration. La comédienne, devenue Stéphane Audran, deviendra son actrice fétiche, sa muse et, à partir de 1964, son épouse. « Nous avons eu ensemble dix-sept années de rigolade totale et de bonnes bouffes. Je ne sais pas ce que j’aurais fait sans lui ».

Je me souviens que dans Les Bonnes femmes (1960), Claude Chabrol lui fait jouer une femme de la classe ouvrière dans le Paris des années 1960. Mais c’est pourtant avec Claude Chabrol qu’elle va incarner mieux que quiconque la grande bourgeoise, un peu distante, mystérieuse, libre et souvent libérée. « J’aime autant interpréter des bourgeoises qui tiennent le coup plutôt que mal jouer les soubrettes sous prétexte de changer de registre. »

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La Femme infidèle de Claude Chabrol – Crédit photo : DR

Je me souviens qu’elle a tourné une vingtaine de films avec son réalisateur de mari, dont Les biches (1968), pour lequel elle remporte l’Ours d’argent de la meilleure actrice à Berlin, La Femme infidèle (1969), Le Boucher (1970), Les Noces Rouges (1973), Violette Nozière (1978) qui lui vaut le César de la meilleure actrice dans un second rôle, ou Poulet au vinaigre (1985).

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Violette Nozière de Claude Chabrol – Crédit Photo : Gaumont

Je me souviens que son charme était loin d’être discret, ce qui n’avait pas échappé à Luis Buñuel qui la fit tourner dans Le Charme discret de la bourgeois (1972). Elle sera récompensée par le BAFTA britannique de la Meilleure actrice (1974).

Je me souviens que Stéphane Audran a également tourné dans Sans mobile apparent de Philippe Labro, Vincent, François, Paul et les autres de Claude Sautet, Mort d’un pourri de Georges Lautner, Coup de torchon de Bertrand Tavernier, Mortelle Randonnée de Claude Miller, Paradis pour tous d’Alain Jessua ou Les Saisons du plaisir de Jean-Pierre Mocky…
…mais aussi sous la direction d’Anatole Litvak, dans La Dame dans l’auto avec des lunettes et un fusil, de Samuel Fuller, dans Au-delà de la gloire et Les Voleurs de la nuit, et d’Orson Welles, dans The Other Side of the Wind, film réalisé entre 1970 et 1976 et demeuré inachevé.

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Coup de torchon de Bertrand Tavernier – Crédit photo : DR

Je me souviens qu’après son divorce avec Claude Chabrol en 1980, Stéphane Audran a continué à être son actrice mais qu’elle a également été l’inoubliable cordon bleu Babette du Festin de Babette de Gabriel Axel et Oscar du meilleur film étranger 1988.
Malgré quelques films dans les années 2000, Stéphane Audran disparaîtra peu à peu des écrans, et s’intéressera alors aux médecines et philosophies orientales. Elle a fait part de son expérience dans un livre publié en 2009 Une autre façon de vivre.

Quelques réactions de ce mardi : « L’art de distiller des vacheries avec l’œil qui frise et le sourire en coin, de jolies jambes de parigote, une ironie toute chabrolienne, telle était Stéphane Audran dite Steph, égérie de notre Claude national. Respect! (Elle) laisse le souvenir d’une comédienne vive, narquoise, drôle, de très grande allure. Une pensée. » Gilles Jacob – Twitter – 27 mars 2018.

« Elle arrivait toujours à dégager une impression d’ambiguïté et de sensualité très forte. Quand je l’ai fait tourner dans Sans mobile apparent, avec Jean-Louis Trintignant, elle jouait le rôle d’une femme un peu légère. On s’est très bien entendu (…) C’est une femme qui savait ce qu’elle faisait, qui avait une vraie réflexion car, vivant avec un très grand metteur en scène, Claude Chabrol, elle avait acquis un certain nombre de convictions. » Philippe Labro – – 27 mars 2018.

« Stéphane Audran était une femme de tête. Elle avait beaucoup de personnalité et elle avait, vis-à-vis de Claude Chabrol, une grande autorité. Je me rappelle qu’un jour elle a dit à Claude : « Si tu ne m’engages pas dans les films, je m’en vais ». Elle était très directe. » Jean-Pierre Mocky – Franceinfo – 27 mars 2018.

A voir également :
Stéphane Audran et Claude Chabrol un couple de cinéma (1mn 41)
Stéphane Audran – Hommage (11mn)
La Femme infidèle de Claude Chabrol (extrait -1969)
Comment réussir quand on est con et pleurnichard de Michel Audiar (1974)
Le Festin de Babette de Gabriel Axel (bande annonce – 1987).
Philippe Descottes

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