Cinéma / LA PRIERE de Cédric Kahn.

Une communauté catholique dans la montagne recueille drogués et alcooliques de toutes origines pour les soigner. Vie collective avec comme thérapie le travail manuel, le culte , la prière, l’entr’aide …et la volonté de s’en sortir. C’est dans cet lieu que Thomas , en perdition, va devoir faire le long chemin de la reconstruction pour sortir de la dépendance…

le rite du recueillement pour la communauté , ( Crédit Photo , Le Pacte distribution)l

C’est un jeune garçon de vingt ans Thomas marqué par la dépendance, tout en tension et le regard perdu qui a pris place dans la voiture qui va le mener à cette communauté , située dans les montagnes de l’Isère, conseillée par le curé qui l’avait ramassé dans la rue afin de se soigner d’une dépendance devenue trop destructrice. D’ailleurs les stigmates de la violence marquent son visage avec cette cicatrice juste au dessous de l’oeil gauche Dès les premiers plans, c’est ce regard qui accroche le spectateur vers qui il est tourné comme pour dire son désarroi et sa détresse. Image forte qui nous interpelle, et l’on apprendra par bribes qu’il a quitté sa Bretagne natale pour cause de rapports difficiles avec son père, abandonné ses études au lycée  pour finir à la rue et plonger dans la toxicomanie. L’arrivée à la communauté n’est pas pour le rassurer, avec l’accueil du père qui lui explique la discipline et les règles auxquelles,  il devra se plier sous la surveillance d’un camarade déjà intégré qui sera son « ange gardien » chargé de le soutenir dans les moments difficiles. Dans ce qui sera son refuge thérapeutique à la discipline rigide ( superbe séquence , épurée.. ) il devra , comme un détenu rentrant en prison  se dépouiller de ses vêtements et objets personnels, se tondre les cheveux . Puis promettre de n’avoir recours à aucun substitut ( alcool , tabac et se plier à la discipline du recueillement collectif : travail, prières, chants..) accompagnés d’échanges en groupe, de confessions et d’actes de contrition, afin de résoudre sans violence certains conflits qui peuvent se faire jour. Une sorte de discipline monacale stricte que l’isolement du lieu , où les visites extérieures ne sont pas autorisées, hormis lors de la fête annuelle où famille et amis son acceptés ..

Pierre, l’ange gardien ( Damien Chapelle ) face à Thomas (Anthonny Bajon ) -( Crédit Photo : Le Pacte distribution)

Un isolement auquel Thomas ( Anthony Bajon intense, remarquable. Ours d’Argent du meilleur comédien au Festival de Berlin) , confronté à cette discipline dont il ne mesure au début que les contraintes parfois absurdes ( creuser dans la terre un trou profond et, ensuite le combler …) et l’absence de sevrage qui provoque de terribles crises de manque, perd pied et craque . Il a l’impression de vivre une sorte de cauchemar, et la violence rentrée du taureau sauvage va resurgir qui s’en prend à ses camarades « arrêtez de me faire chier avec vos phrases !». Une première tentative de révolte se concrétisant par un échec, qui ne fera qu’accentuer son rejet violent . La seconde plus organisée l’amènera à fuir la communauté et trouver refuge dans une ferme où une Jeune fille Sybille ( Louise Grinberg ) dont l’écoute et les mots le rassurent . Se montrant critique envers la communauté elle saura aussi lui démontrer que compte tenu de sa situation il serait plus sage ( «  tu n’as pas le choix ») ,  d’y retourner et de s’accrocher. Il suivra son conseil et , avec le soutien de Pierre ( Damien Chapelle ) son «  ange gardien » qui saura prolonger les mots de Sybille et l’apaiser. Thomas presque métamorphosé , se fondra dans le collectif suivant ses règles et valeurs, et se laissera porter par cette thérapie dont les camarades qui la suivent depuis plus longtemps , témoignent, et lui disent les vertus : «  la prière , les chants religieux , les témoignages sont les piliers de la thérapie , ils n’ont droit a aucune distraction : pas de musique, de télé, de journaux … l’esprit ne doit jamais être oisif pour éviter de penser à la drogue ». C’est ainsi que Thomas va pouvoir avancer. L’approche de ce cheminement par Cédric Kahn est passionnante , en tant « qu’agnostique », se penchant sur la thématique de la prière et de la foi comme thérapie, permet au spectateur non -croyant de chercher à comprendre comme il le fait au travers de son récit , ce «mystère de la foi rédemptrice , il y intègre aussi la dimension du doute . Comme dans le récent L’Apparition de Xavier Giannoli , qui abordait aussi le sujet de la religion qui est aujourd’hui revenu au premier plan et interpelle par certaines dérives. Le voir abordé par deux cinéastes agnostiques cherchant à comprendre,et, a en proposer une approche apaisée, est passionnant…d’autant qu’elle s’adresse , avec respect , à tous .

Thomas ( Anthony Bajon) apprend l’entr’aide  face au nouveau venu ( Crédit Photo: Le Pacte Distribution) ..

Il l’est d’autant plus , que les deux cinéastes en question, ont fait en amont un travail d’investigation et de documentation très sérieux, validant leur travail et surtout les questionnements qu’ils soulèvent. Ici, Cédric Kahn attiré par le sujet dont l’écrivaine Aude Walter lui avait parlé ayant enquêté pour un livre sur les expériences religieuse tentées avec les toxicomanes, explique «  le trajet vers la foi , voilà ce qui me passionnait ( …) la prière raconte le trajet de quelqu’un très éloigné de la foi mais qui , à un moment , se pose des questions spirituelles » , dit-il. Alors il multipliera rencontres et témoignages vécus sur le parcours de croyants et non croyants au départ : «  le plus intéressant résidant dans la façon dont un jour ils se disaient croyants , et certains doutaient encore après ce chemin » explique-t-il. Travaillant sur ce riche matériau avec ses scénaristes, Sylvie Burdino et Samuel Doux, la nécessité de garder l’aspect documentaire s’imposant , il décide pour garder l’authenticité de travailler avec des comédiens pour la plupart non – professionnels et de nationalités différentes, croyants ou non- croyants, organisant de nombreux ateliers pour restituer le réalisme des divers rituels , et créer l’osmose collective . C’est cet aspect documentaire qui donne sa force au film, et surtout, permet au récit de garder sa cohérence dans les trois aspects du parcours de Thomas. Passant du rejet et la révolte ; puis à l’étape de l’apaisement , devenant bon élève, et « ange gardien » protégeant un nouvel arrivant . Enfin,  voulant embrasser la foi et s’interrogeant avant de choisir sa voie. Trois étapes essentielles dont Cédric Kahn nous invite à suivre, les multiples événements qui les jalonnent , d’un cheminement où les interférences ne cessent de parasiter le parcours de Thomas , dans le choix à faire de son avenir …

Myriam, ( Hanna Shygulla ) la soeur bienfaitrice  en visite à la communauté( Crédit Photo : Le Pacte distribution)

C’est, aussi ce que fait le récit de Cédric Kahn qui va s’inscrire dans la «  dualité » à laquelle Thomas dans son parcours , va se retrouver confronté . Thomas qui – instinct de survie- , avance mais finit par hésiter, entre le sacré ( la religion ) et le profane ( la vie ).. Comme le révèle la scène où ayant décidé de renter en séminaire il voit sa détermination ( est-il Prêt?) buter sur les mises en garde des responsables, les pères Marco ( Alex Brandemülh ) et Luc     ( Antoine Amblard). Complétée par la rencontre avec la sœur Myriam ( La grande Hanna Shygulla ) la bienfaitrice de la communauté qui lui dit «  tu triches mon garçon , si tu vis dans le mensonge tu ne peut pas être heureux! » , Entre l’amour sacré et l’amour profane il va devoir choisir… car la belle Sybille qu’il a revue et dont il est tombé amoureux ( superbe scène d’amour empreinte des maladresses de leur jeunesse) , fera-t-elle pencher son cœur ?. Tiraillé Jusqu’au dernier moment –  on vous en laisse la surprise – Thomas ne sait quelle route il choisira . On voudrait  , aussi , attirer votre attention sur la qualité de la mise en scène et de ses choix( le travail sur le son , la musique , la lumière ) , le beau travail sur les lieux et paysages magnifiques de l’Isère ( la superbe séquence de la sortie à la montagne enneigée ) , le non moins superbe travail avec les comédiens non professionnels criants de vérité . Enfin relever, au delà des pistes explorées par le cinéaste pour comprendre le cheminement vers la foi , celui-ci pointe une explication pleine d’enseignement : celle du « lien » que la vie en communauté permet de tisser, dont la scène émouvante des adieux de Thomas à ses camarades témoigne de ce qu’il représente comme moteur de la question existentielle qui se pose à tous et surtout à ceux qui sont à la dérive .«  Sans lien il n’y a pas de salut » dit le cinéaste qui explique l’importance de celui-ci. Qu’il s’agisse , comme ici de la vie en communauté religieuse , ou dans la communauté collective civile . Ce « lien »  » est le nécessaire rempart à la solitude, aux dérives , à l’exclusion , et le garant du maintien en vie … il a en tout cas, permis à Thomas de ne pas sombrer,  et d’aller mieux.

(Etienne Ballérini)

LA PRIERE de Cédric Kahn – 2018- Durée 1h47
AVEC : Anthony Bajon, Damien Chapelle , Alex Brendemülh, Louise Grinberg , Antoine Amblard , Maité Maillé , Hanna Schygulla …
LIEN : Bande Annonce du film , La Prière  de Cédric Kahn

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