Cinéma / APRES LA GUERRE d’ Annarita Zambrano.

L’italie , le terrorisme, les années de plomb et les conséquences sur les générations futures. La chronique de l’après en forme d’interrogations sur le passé, les erreurs, la culpabilité , construite comme une tragédie Grecque . Un remarquable premier long métrage de la cinéaste franco-italienne…

Née en Italie en 1972, Annarita Zambrano vit en France depuis une vingtaine d’années .Et elle dit de son film qui explore à la fois l’histoire collective et l’histoire intime des individus du pays où elle est née , mais aussi « celui d’une génération qui a été la victime collatérale du terrorisme ( …) mon enfance et  mon adolescence , comme celle de mes camarades , en ont été marquées au quotidien  par cette violence… »  . Une genération incarnée par son héroïne de 16 ans, Viola (Charlotte Cétaire ) la fille de Marco ( Giuseppe Battiston ) ancien terroriste , qui a refait sa vie en France dans les années 1980 et dont le passé militant, va refaire surface . L’élément déclencheur sera l’année 2002 au cours de laquelle  la loi sur le travail portée Marco Biagi conseiller économique du gouvernement Berlusconi destinée à « rendre le travail flexible », réveille les passions : grèves , manifestations dans les rues , et les contestations radicales. Biagi sera  assassiné à Bologne par un groupe revendiquant la continuité , avec les Brigades rouges . Le gouvernement Italien va alors réclamer la restitution des terroristes italiens en exil . Et notamment ceux qui avaient  profité de la « doctrine Mitterand » qui leur avait permis de « sortir de la lutte armée », trouvant refuge en France la possibilité de refaire leurs vies. Une sorte d’apaisement politique qui va être remis en question et la « chasse » aux ex-terroristes va être réveillée …

A l’Université de Bologne ,  la loi sur la « flexibilité du travail »,  enflamme la contestation  (Crédit Photo : Pyramide Films)

Inspiré du cas Paolo Persichetti Professeur de Sciences-Po à Paris VII qui fut rendu à l’italie et fit objet d’un  procès faisant « le lien », avec le meurtre de Biagi  et lui a valu une peine de 22 ans de prison .  On y suivra  dans  sa fiction  le personnage de Marco Lamberti ancien  terroriste  exilé en France ,   par le biais duquel elle va développer une  réflexion sur  «  le passé, sur la culpabilité , sur la justice, sur les erreurs  et ce qui est juste et injuste  », qui ont  conduit à cet «  après la guerre »  que l’Italie a toujours refusé de regarder en face , laissant la blessure entr’ ouverte . Celle dont le refus  de l’état à recourir, par exemple, à une « amnistie » qui aurait permis d’apaiser les passions, et de tourner la page. Comme l’évoquera le personnage de Marco Lamberti dans le film, qui va donc devoir trouver une issue, vers un nouveau pays- refuge. Le récit,  par le biais du personnage de sa fille viola, qu’il voudra entraîner dans sa «  cavale » , puis de sa famille restée en Italie qui va être l’objet d’intimidations , va devenir passionnant . D’abord par ce qu’il révèle de l’Italie d’après les « années de plomb » où le terrorisme « rouge et noir » ( extrême gauche et extrême droite ) qui fit plus de 400 Morts , entraînera , le rejet de l’engagement politique et surtout une corruption généralisée . La société italienne fut transformée, se protégeant derrière les non-dits , cherchant à « oublier » mais sans y arriver , à l’image d’Anna ( Barbora Babulova ) , la soeur de Marco , culpabilisant ,  obsédée par le « crime» de son frère. Enseignante cherchant à s’investir dans son travail, contre la violence et à soutenir ses proches . Tout cela en vain, puisque à nouveau,  la famille sera pointée et les passions réveillées…

Viola ( Charlotte Cétaire) et son père Marco ( Giuseppe Battiston )- Crédit Photo Pyramide distribution –

Celles dont le pays porte les stigmates et le poids de la tragédie qui se perpétue. La paix devenant impossible , les ressentiments radicalisant le débat : les familles des terroristes doivent-elles payer pour les crimes des leurs ?. La douleur privée des familles des victimes utilisée par les politiques , devient une douleur publique. Tandis que  le choix de Marco qui ne voudra rien renier de son combat d’hier, ne se sentant pas coupable , comme il le confiera à la journaliste Française venue l’interviewer … dont les déclarations seront relayées par la presse italienne  . Dès lors la thématique de la culpabilité et de la justice s’inscrivent, et interpellent  dans la continuité revendiquée du grand cinéaste Italien, Pier-Paolo Pasolini qui dans ses récits Luthériens , en avait pointé l’origine et  les conséquences  :«  la faute originelle des pères dans l’alliance avec le fascisme d’abord , puis le Capitalisme ». C ‘est  cette « faute » qui conduira  la société Italienne  à l’implosion ,  à la tragédie …dont la cinéaste investi à son tour le récit , lui offrant la dimension d’une sorte de spirale de laquelle il est impossible de sortir , et dont les victimes désignées, sont celles dont les choix les conduisent à leur propre perte . A l’image de  celui de Marco , dont – dans ce contexte tendu- la radicalité des mots,  le condamnera  à une sorte de point de non-retour…

Viola ( Charlotte Cétaire ) inquiète , va devoir choisir sa voie ..( Crédit Photo Pyramide films )

Mais c’est surtout sur le beau personnage de Viola qui aime son père, et qui est prête à sacrifier son avenir pour lui …jusqu’à ce qu’il dépasse les limites qui vont se retourner contre ses proches ( sa famille italienne inquiétée ) …  et envers sa fille Viola , qui , envahie par la crainte  va se braquer et se révolter afin de «  se donner la chance d’une nouvelle vie ». Viola dont la cinéaste  l’investi  du  destin emblématique de cette jeunesse porteuse de la « faute originelle des pères » , refusant d’en payer le prix . La sobriété classique de la mise en scène dont la forme de l’image  cinémascope amplifie les contrastes  ( intérieurs /extérieurs ) et le rendu du regard sur les deux pays ( Italie/ France) , jouant sur les espaces d’ouverture ( de liberté?) et l’idée d’enfermement au cœur de ceux-ci. A l’image de la maison-refuge de Marco s’ouvrant sur l’extérieur et la nature du paysage des Landes. Un premier long métrage très maîtrisé dont la jeune cinéaste -cinéphile , admiratrice des grands maîtres ( Visconti, Antonioni, Pasolini..) ,  en a retenu les leçons pour construire une récit qui ne manque , ni d’originalité , ni d’audace ( le final… ) et de singularité sur le sujet. A voir ..

APRES LA GUERRE d’Annarita Zambrano – 2017- Durée : 1h 32
Avec :Giuseppe Battiston,Barbara Bobulova,Charlotte Cétaire, Fabrizzio Ferracane, Elisabetta Piccolomini, Maryline Canto , Jean-Marc Barr…
LIEN : Bande-Annonce du film, Après la Guerre d’Annarita Zambrano .

 

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