Cinéma / TESNOTA – UNE VIE A L’ÉTROIT de Kantemir Balagov

Jeune réalisateur russe, Kantemir Balagov a été remarqué à Cannes l’année dernière avec Tesnota – Une vie à l’étroit, son premier long métrage de fiction présenté dans la sélection Un Certain Regard. Le film vient de sortir dans les salles, nous vous invitons à le découvrir.

Affiche Tesnota
L’affiche française du film

Sans être une exception, il est quand même peu fréquent que le premier film d’un réalisateur soit aussi abouti et maîtrisé que les œuvres de cinéastes ayant déjà une certaine expérience. Tesnota – Une vie à l’étroit, premier long métrage de Kantemir Balagov, 26 ans, étudiant à l’école de cinéma d’Alexandre Sokurov (L’Arche russe), en fait néanmoins partie. Découvert l’année dernière à l’occasion du 70e Festival de Cannes, dans la section Un Certain Regard, il a d’ailleurs obtenu le Prix Fipresci de la critique internationale.
Nous sommes en 1998, à Nalchik, capitale de la République autonome de Kabardino-Balkarie, dans le Caucase du Nord, en Russie. Ilana, 24 ans, aux allures de garçon manqué, les mains dans le cambouis, travaille avec son père dans le garage familial. Elle est très proche de David, son jeune frère, avec lequel elle fume régulièrement une cigarette en cachette de leur mère. Rien ne semble devoir bouleverser la tranquillité d’une famille juive très soudée, même si ce soir Ilana rechigne à enfiler une robe pour célébrer les fiançailles de son frère. Mais David et sa fiancée sont enlevés. Comme ils ne font pas confiance à la police, les parents espèrent l’aide de la communauté pour réunir la rançon. Cependant des désaccords apparaissent. Ilana prend alors ses responsabilités et va essayer de sauver son frère, au risque de devoir faire de lourdes concessions. Jusqu’au sacrifice ?

Tesnota Equipe du film
L’équipe du film – UCR Cannes 2017 – Crédit photo : Philippe Prost

Dès le tout du début du film, le jeune réalisateur assume des partis pris. Ainsi, en voix off, il s’adresse directement au spectateur avec le « je » de la première personne, pour se présenter et introduire le film, inspiré d’un fait divers et tourné à Nalchik, qui est également sa ville natale. Au niveau du scénario, il aurait pu donner une dimension politique à son film. Après tout, en 1998 on est à la veille de la deuxième guerre de Tchétchénie, république voisine, et de vieilles images, insoutenables, qui paraissent néanmoins authentiques, d’une video amateur ou d’un reportage, sont là pour rappeler les massacres commis au cours de ce conflit. Il aurait pu s’intéresser davantage aux tensions inter-communautaires qui rendent quasi impossible l’histoire d’amour entre Ilana et Zalim, le jeune pompiste, Kabarde et musulman. De même, à partir de l’enlèvement, un autre chemin menait vers le thriller, mais des mafieux qui en sont à l’origine on ne saura pratiquement rien. Le cinéaste a préféré se focaliser sur le personnage d’Ilana, Darya Zhovner, une comédienne débutante et la grande révélation, dont la prestation fait penser à celles réalisées en leur temps par Sandrine Bonnaire dans Sans toit ni loi d’Agnès Varda (1985) ou Emilie Dequenne dans Rosetta des frères Dardenne (1999).

Tesnota 01
Llana (Daria Jovner) face à ses parents – Crédit photo : ARP Sélection

Dans un entretien accordé à la revue « Positif » (mars 2018), Kantemir Balagov déclare : « Ce qui me passionnait surtout, c’était la façon dont une famille peut vivre un moment critique, parce que c’est pendant ces périodes-là que l’ont s’aperçoit à quel point les réactions des uns et des autres peuvent être différentes, opposées, inattendues (…). J’ai commencé par choisir Darya Zhovner (Daria Jovner), parce qu’elle était la conteuse du film. On épouse son point de vue dans 90% des scènes, il était essentiel que le spectateur ne se lasse pas d’elle. (…) je pense que ce sont les femmes qui sont les héros de notre temps. Je voulais que l’enchaînement des situations soit le fait d’une décision féminine, ce qui va à l’encontre de ce qu’on attend du cinéma actuel. » Des choix qui conditionnent la réalisation, avec un sens très précis du cadre et de l’image. Si Ilana est filmée en très gros plan, l’image est au format 4/3 (1:33), presque carré, ce qui amène les comédiens (mais aussi, d’une certaine façon, le spectateur) à être plus proches dans les plans à deux et renforce l’impression de « vie à l’étroit «  (cf le titre), d’exiguïté voire de claustrophobie. D’où le dilemme d’Ilana entre son attachement à la famille, rester au sein de la « tribu » et sa volonté d’émancipation.

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Ilana (Daria Jovner) et sa mère (Olga Dragunova) – Crédit photo : ARP Sélection

Primé à Cannes, Tesnota – Une vie à l’étroit a également obtenu le Grand Prix du Jury de longs métrages européens et Prix d’Interprétation Féminine au Festival Premiers plans d’Angers au début de l’année.

Tesnota – Une vie à l’étroit de Kantemir Balagov (2017 – Russie – Drame – 1h58). Avec Darya Zhovner, Olga Dragunova, Veniamin Kats, Artem Tsypin, Nazir Zhukov

A voir également :

La bande annonce du film (ARP – Vostf)
Entretien avec le réalisateur (Arte – Vo doublé en français – 3mn36)

Philippe Descottes

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