Cinéma / IL FIGLIO MANUEL de Dario Albertini.

Au sortir du foyer le jeune Manuel va devoir affronter la vie et se préparer à accueillir sa mère en prison depuis plusieurs années,  qui a fait une demande d’assignation à résidence. Premier long métrage du cinéaste venu du documentaire , et superbe récit tout en petites touches réalistes sur l’aventure de la réinsertion, de la conquête de la liberté et de la responsabilité ..

Au sortir du centre éducatif , Manuel ( Andrea Lattanzi ) va-t-il trouver sa voie ? – Crédit Photo , Le pacte Distribution )

C’est dans un foyer de réinsertion situé dans la banlieue Romaine , que l’on   retrouve Manuel ( Andrea Lattanzi , remarquable ) qui y a grandi à l’image des jeunes de son âge qui ont flirté avec la délinquance et ( ou ) sont victimes de situations sociales ( orphelins ) ou de débâcles familiales qui les y ont conduits. C’est le cas de Manuel , père absent et mère en prison, qui a vécu dans ce centre social où on leur apporte soutien et formation à l’entr’aide et au « vivre ensemble » destiné à leur servir dans cette vie quotidienne qu’ils vont devoir affronter à leur majorité au sortir du centre , comme le prévoit la loi. Ce « saut » brutal qui va les confronter au monde extérieur où, le cinéaste nous invite à suivre les pas de son héros. Manuel que l’on devine inquiet , tiraillé entre ses rêves d’adolescent et ce devoir de fils aimant auquel il doit s’accrocher comme un espoir de pouvoir écrire une nouvelle page de sa vie. Et celui d’une mère , au bord de la dépression , qui ne supporte plus l’enfermement et dont le seul espoir pour elle, est de retrouver une dignité. Comme le montre cette admirable scène de la visite de Manuel en prison , où rancoeurs et confidences mises à plat, c’est l’évidence des retrouvailles via la possible décision des juges , qui vont sans doute leur permettre d’effacer le temps perdu et tisser ce lien maternel et filial dont la souffrance de l’absence, va devenir moteur d’espoir . Véronica ( Francesca Antonelli) que l’on devine ne plus tenir à la vie qu’en espérant avoir la possibilité de se racheter , et Manuel prêt à tout pour l’y aider, et accélérer sa sortie…

Manuel ( Andrea Lattanzi) rencontre avec sa mère ( Francesca Antonelli ) en prison ( Crédit Photo : le Pacte Distribution)

Le cinéaste Dario Albertini, nous propose de suivre Manuel porté par l’énergie et la volonté , se démenant tous azimuts pour convaincre tout le monde et franchir les obstacles. A cet égard , est significative , la séquence de la confrontation avec l’inspectrice chargée de vérifier si Manuel s’est suffisamment investi pour répondre à tous les critères destinés à pouvoir accorder l’assignation à résidence à sa mère. Manuel qui va se démener pour mettre en ordre l’appartement et trouver du travail ( chez un boulanger ), multiple les consultations avec son avocat pour se préparer aux démarches et aux sollicitations des autorités afin que le dossier soit le plus solide possible et force la décision favorable à sa mère . Une belle séquence montre le résultat de son investissement , lorsque, titillé par l’inspectrice qui le prévient  : «  mon expérience me permettra vite de voir si vous êtes sincère ! » , il saura y fera face avec une détermination confondante qui fera dire à l’avocat qui s’occupe du dossier       «  mais comment tu as fait ! ». La réponse, Dario Albertini nous la laisse découvrir tout au long de son récit ( Co-écrit avec l’écrivain Simone Ranucci) dont l’inspiration lui est venue de l’expérience de son parcours de documentariste , et du travail sur son documentaire,  La republica dei ragazzi , ce refuge pour enfants mineurs , où pendant deux ans il a recueilli de multiples témoignages pour construire son récit et son personnage de Manuel. Et surtout , tenter de décrire le mieux possible ce « saut » dans l’inconnu qu’il représente pour ces jeunes au sortir de l’institution :« Une fois dehors, quelque chose commence à changer en lui, l’idée qu’il avait de la liberté n’est sans doute pas exactement fidèle à la réalité. Il doit encore grandir, tout de suite. Les doutes surgissent. Peut-être réussira-t-il à créer un lien avec sa mère quand celle-ci n’exigera plus qu’il soit son fils… », explique le cinéaste …

Manuel ( Andrea Lattanzi) rencontre la comédienne Francesca ( Giulia Elettra Gioretti ) impliquée dans l’humantaire – Crédit Photo : Le Pacte Distribution –

C ‘est ce cheminement , au fil des différentes rencontres et séquences qui y conduisent , qui fait le prix du film. D’autant que Manuel avec cette part d’enfance qui persiste en lui, s’il s’active et se montre déterminé et peut,  être disponible et à l’écoute des autres, se révèle parfois angoissé et impénétrable par ses silences. L’habileté du cinéaste c’est de nous livrer cette part de mystère consistant à nous amener à comprendre cette intimité qui est la sienne , et le vécu d’un conflit intérieur qui le ronge , parce que son avenir est en jeu . Au sein de cet environnement extérieur dans lequel il est propulsé , où aspirations intimes et obligations sociales, se déclinent comme des défis à affronter . C’est cette vulnérabilité dans laquelle le récit et la mise en scène subtile , nous entraînent et nous immergent, à la perception du personnage de Manuel. D’ailleurs, à cet égard le récit intègre les non- dits et des zones d’ombres livrés à l’imaginaire ou et ( ou ) a l’interprétation du spectateur, à l’image des raisons non révélées qui ont amené sa mère en prison , ou sur l’absence du père , voire sur d’autres personnages et rencontres qui s’inscrivent dans le nouveau quotidien de Manuel . Un choix voulu par le cinéaste qui souhaite que l’attention se focalise sur « ce que Manuel est en train de vivre »,et l’oblige à devoir réagir, être attentif , apprendre , grandir et devenir adulte très vite . Et à nous interpeller sur cette part d’enfance envers  laquelle il va devoir faire très rapidement , le ( difficile?) deuil …

Manuel ( André Lattanzi ) et le père Don Marcello ( Giuseppe Leone ) – Crédit Photo, Le Pcate Distribution –

Ce qui frappe en tout cas , et c’est aussi un des éléments passionnants du film , c’est cette attention et ce réalisme quotidien dans lequel s’inscrivent les personnages , et ce naturel avec lequel le récit en osmose avec Manuel les regarde et les approche. D’emblée le dévouement et l’attention aux autres dont fait preuve manuel à l’intérieur de l’institution sociale qui l’a formé se répercutera et favorisera son approche du monde extérieur  et des belles rencontres qui parsèment sa route . Comme celle de Francesca ( Giulia Elettra Gorietti) l’apprentie -comédienne engagée dans l’humanitaire s’interrogeant sur la manière juste de la pratiquer. De la même manière que l’est celle avec Frankino (Frankino Murgia ) le marginal si spécial qui danse quand il est heureux , vivant dans une bicoque insalubre et se déplaçant dans une petite fourgonnette. Il y a aussi le curé bienveillant et fidèle , Don Marcello ( Giuseppe Leone ) sur lequel il peut compter qui l’encourage : «  tu va sortir  du centre et trouver ta voie »  , ou encore ces éducatrices dévouées qui l’ont suivi et formé . Mais il y a aussi les « tentations » ( le copain dealer ) et autres dangers dont Manuel devra apprendre à se préserver . On note aussi, la belle description des lieux ( le foyer , la ville et la banlieue …) et des individus , à laquelle la formation de documentariste  du cinéaste renvoie  à l’héritage du cinéma néo-réaliste dont on retrouve ici la paternité influente revendiquée par le cinéaste « Venant du documentaire, je suis très attaché au réel. Bambini in città de Luigi Comencini ( 1946 ) est une œuvre importante, pas très connue, qui fait partie de mes films préférés… le néoréalisme est un héritage colossal auquel je n’ose pas prétendre » , dit-il …

Mais au delà de sa modestie, à son image on notera que la nouvelle génération des jeunes cinéaste italiens d’ aujourd’hui, comme l’illustrent certains films récents ( Coeurs purs de Roberto De Paolis , A Ciambra de Jonas Carpignano , l’intrusa de Marco Danieli , l’ordre des choses d’Andréa Segre , Dopo la guerra de Annarita Zambrano … ) semble à nouveau vouloir s’immerger dans la vie quotidien de la société Italienne et auprès  des hommes et des femmes qui y vivent , confrontés aux multiples problèmes qui la traversent. De jeunes cinéastes  qui trouvent leur originalité en misant sur l’engagement , l’indépendance productrice et la créativité , et  une vitalité servie par de jeunes comédiens impliqués dans les projets  . Plutôt une bonne nouvelle pour le cinéma Transalpin…

(Etienne Ballérini)

IL FIGLIO MANUEL de Dario Albertini –  2018- Durée : 97 Minutes –
Avec : Andrea Lattanzi , Francesca Antonelli , Giulia Elettra Gioretti , Raffalella Rea , Alessandra Scirdi , Monica Carpanese, Renato Scarpa, Luciano Miele , Frankino Murgia ….

LIEN : Bande -Annonce du Film Il Figlio Manuel de Dario Albertini

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s