La Quincaillerie de Didier Lockwood

La Quincaillerie de Didier Lockwood

Le décès du violoniste français Didier Lockwood ce dimanche 18 février laisse un grand vide dans l’histoire du jazz après une vie si intense ponctuée par de grands rendez vous, du Carnegie Hall à la salle Pleyel, de l’Olympia aux grands festivals aux quatre coins du monde. L’artiste a marqué son passage musical en jouant avec les meilleurs jazzmen sur toute la planète..même à Grasse dans les Alpes Maritimes.

Il y a fort longtemps et pour les plus anciens d’entre nous, ce fût une grande découverte d’entendre à la fin des années 70, lors de la Nuit du jazz à Grasse Altitude 500, le groupe Magma, des fous furieux de jazz rock progressif, dirigé par le batteur Christian Vander avec à ses cotés un jeune violoniste de 20 ans, natif de Calais…Didier Lockwood. Ce musicien ne sait pas encore la belle histoire qu’il va écrire. Son passage sur la Côte d’Azur n’est pas éphémère, il revient au Cedac de Nice, le temple du jazz à l’époque, une salle qui fût d’ailleurs baptisé 20 ans plus tard Salle Grappelli. Ce fût le tour sur les scènes du festival de jazz de Nice et 13 fois dans la Pinède Gould à Antibes Juan les Pins avant son 14 ème passage lors du funeste 14 juillet 2016 où il venait de commencer à jouer avec un nouveau groupe de violonistes « Les Violons Barbares». Si Didier Lockwood a vite compris qu’un violon électrique pouvait donner des sons les plus fous, rarement entendus, il savait qu’il pouvait aussi jouer plus ‘ doux,’ rien que pour rendre hommage à celui qui sera toujours son père spirituel: Stéphane Grappelli. « Il me taquinait toujours, surtout en voyant mon instrument…c’est une usine à gaz ton truc…tiens te voilà avec ta quincaillerie! mais une autre fois, il a fait fort, il revient des Etats Unis avec un superbe violon, un Barcus Berry, c’était un Fender, il l’a gardé 10 jours et me l’a donné, c’était pour lui aussi de la quincaillerie … mais il abusait aussi de compliments à mon égard, devant les journalistes.«.s’il y avait une panne d’électricité, il pourrait continuer à jouer…ou encore…« il a compris qu’il ne fallait pas copier un autre musicien.» j’ai toujours retenu cette leçon.» Depuis, Didier a tenu parole et souvent, il s’est aussi rappelé le jour où Stéphane lui fit un cadeau extraordinaire, comme un passage de témoin en lui donnant le violon du chef d’orchestre du Hot Club de France des années 40, Armand Varlop. Si Didier Lockwood est reconnu comme musicien de jazz, le grand public ne sait pas toujours qu’il fût un passionné de musique classique, composant pour sa femme, la soprano Caroline Casadesus ( Hypnoses en2004) ou pour le violoniste Daniel Kramer, un concert qui sera joué et enregistré à Moscou. La célébrité, les récompenses,les distinctions n’altère pas l’artiste, il sait qu’il peut aider les musiciens en herbe quand il crée son école de Dammaries- les- Lys prés de Melun et, il sait aussi conserver une forte amitié avec les musiciens de ses débuts comme Christian Escoudé, Philip Catherine, Jean Luc Ponty et bien d’autres sans oublier Jacques Higelin où l’on se souvient de cet extraordinaire concert de tous les deux au Festival de Montreux(Suisse) avec l’Orchestre National de Lille dirigé par Jean Claude Casadesus. Quand je l’avais rencontré avant ce concert à Juan les Pins en 2016, il réédite les propos sur son travail, les recherches sur toutes les musiques,une musique qui doit toucher le cœur, disait-il. Avec ce concert avec les Violons Barbares, ce soir là, il allait dans ce sens «…j’avais découvert ces artistes dans un festival de Musique du Monde et ce qui fût une surprise,ils habitaient en France sans être remarqués et j’ai été bluffé par ces sons venus de loin, de la Chine, de la Mongolie,de la Bulgarie et d’Asie, des sons qui représentent une partie de l’histoire culturelle de ces contrées,une musique pour nous un peu nasillarde mais qui fait une alchimie étrange avec celle des pays d’Europe, cet alliage de timbres est très intéressant comme l’est la structure des instruments…pour moi c’est une musique organique,un retour aux sources comme le jazz avec le blues et le chant africain..il y a aussi ce rythme fondamentale de transe que l’on retrouve dans le rock.. dans tout cela il y a la sensation de voyage,il faut savoir voyager avec la musique vivante comme avec le jazz,ce n’est pas un art mort,c’est du vivant , une vie que les bons musiciens font dans chaque concert…c’est ce que j’essaie de faire ,il ne faut jamais refuser de se lancer…» Didier Lockwood se lançait toujours et toujours comme avec son dernier violon haute technologie,un violon si peu reconnaissable qui aurait fait mourir avant l’âge Stéphane Grappelly en voyant une nouvelle usine a gaz «…il est différent bien sûr, sur la forme et le matériau,il n’y a pas de cordes de résonance mais il y en a 6 dont 2 plus graves que le violon classique, je couvre la tessiture du violon alto et pratiquement celle du violoncelle,c’est plus facile de construire des espaces parce qu’ il n’y a plus de larsen …» Avec ce même violon on se souvient de son dernier concert a Nice(3) quant il joue le célèbre titre La Mer ,il réussi a nous faire entendre le son des mouettes et une sirène de bateau où encore sur Barbizon Blues ou il scat comme un chanteur. C’était tout cela pour celui qui fût élu meilleur musicien de jazz en1981 et bien plus certainement comme lui prédisait aussi Stéphane Grappelly…« dans les années qui viennent il sera définitivement reconnu comme un inventeur…» L’inventeur aura laissé trop tôt un immense patrimoine culturel et une très belle image auprès de ceux qui veulent devenir musiciens… salut l’artiste!

                                                                                        Jean pierre Lamouroux

1) 22 avril 1988 avec J.M Jaffet (basse électrique)

Thierry Eliez (claviers) ,André Ceccarelli (batterie),Alex Ligertwood (chant)

2)Gordon Beck (piano),Cecil Mc Bee (contrebasse) ,Billy Hart (batterie)

3)Opéra de Nice,la même scène où Stéphane Grappelly s’était produit un même 27 février en …1948 lors du 1er Festival International du Jazz et pour ce concert il y avait aussi Django Reinhardt au sein du Hot Club de France.

 

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