Cinéma / Disparition : Le cinéaste Burkinabé Idrissa Ouedraogo est décédé à l’âge de 64 ans…

Il a été l’un des grands cinéastes à avoir porté le cinéma Africain au plus haut, célébré dans les Festivals. En 1988 avec Yaaba ( Grand-mère)  il  obtient le Prix de la Critique au Festival de Cannes. et avec Tilaï ( La loi ) en 1990 , le Grand Prix du Jury.

Idrissa Ouedraogo ( Crédi Photo : Bertard Guay ,Afp )

Idrissa Ouedraogo a vu le jour le 21 Janvier 1954 à Bandora, il passera son enfance dans un petit village du Nord dans la province du Yatenga . Puis, c’est dans la capitale Ouagadougou du pays qu’il partira faire des études d’Anglais à l’Université , et choisira ensuite de s’inscrire à l’Institut Africain d’études cinématographiques où il sera un des meilleurs élèves de sa promotion ( promu Major ) qui lui permettra de concrétiser des projets en créant sa propre société de production. Avec celle-ci « les films de l’avenir » , il va se consacrer à la réalisation de nombreux courts métrages documentaires dont l’un des premiers, Poko ( 1981) recevra le prix du meilleur court métrage au Festival FESPACO de Ouagadougou . Il poursuivra son « éducation » cinématographique en allant s’enrichir d’expériences à l’étranger . Notamment en France où il suivra les cours de l’HIDHEC ( l’institut des hautes études cinématographiques , qui deviendra plus tard , la FEMIS ) où il sortira diplômé ( DEA ) . Désormais sa carrière se poursuivra en courts et longs métrages . Ils lui permettront notamment de se consacrer à une des ses passions qui les traverse : raconter son pays  et sa culture au travers des petites gens et la vie quotidienne vivant dans la précarité . Comme ce sera les cas pour son premier long métrage, Le choix ( 1986) où il décrit la misère et la faim contraignant les habitants à attendre l’aide internationale ; où comme ce sera le cas du paysan héros du film  et sa famille,  à  devoir s’expatrier vers une région plus riche , et tenter de s’y construire une nouvel avenir…

l’Affiche du Film Yaaba de Idrissa Ouedraogo.

La richesse de son cinéma est passionnante servie par une maîtrise de la mise en scène et du récit qui au fil des films ne cesse de se perfectionner , et lui vaudra cette reconnaissance internationale évoquée. Avec Son Premier long métrage Yaaba ( Grand-mère ) , c’est encore au cœur d’un village Sahélien que le cinéaste plonge son regard . Il y évoque l’intolérance vue sous le prisme du regard d’un jeune enfant de 10 ans. Ce dernier témoin du rejet dud’une vieille femme  par le village la considérant comme une sorcière , va se lier d’amitié avec elle. Le cinéaste y évoque le passage de l’enfance à l’âge adulte comme un cheminement                ( ou  rituel…) éducatif nécessaire afin d’éloigner toutes les manifestations révélatrices de l’ignorance à combattre . L’aspect documentaire de la vie villageoise et la forme du conte offrent au récit par leur confrontation , une dimension originale . D’ailleurs son second Long métrage Tilaï ( 1990 ) est significatif de la recherche formelle à laquelle il est désormais attaché . De retour au pays après deux ans d’absence , Saga le héros du film apprend par son frère que la jeune femme qui lui était promise …est devenue la seconde femme de son père ! . Rivalité , sentiments et traditions Africaines en question , transposés sous la forme de la tragédie Grecque . Dès lors le film fait mouche , qui sous le prisme de ce regard , l’élève à la dimension Universelle. Le cinéaste va pouvoir poursuivre ses productions et continuer à diversifier son regard sur le l’Afrique , mais aussi sur la forme et la manière dont il va faire évoluer son cinéma…

une scène de Tilaï îd’Idrissa Ouedraogo

Il poursuivra ses recherche avec : Karim avec et Sala ( 1991 ) , Samba Traoré ( 1992 – Ours d’Argent à Berlin ) , le cri du cœur ( 1994) , Kini et Adams ( 1997 ) , Le monde à l’endroit ( 2000) , La colère des Dieux ( 2003) , Kato, Kato ( 2006) . Des oeuvres où il prolonge la réflexion sur l’enfance et l’éducation , la misère et la faim , les traditions et leurs revers , le travail des enfants , la violence, et l’exploitation . Ses films qui continuent à recevoir des prix dans les Festivals , se retrouvent confrontés à la crise de fréquentation des salles , et certains ne trouvent pas toujours, une exploitation normale . Il cherchera à diversifier au delà de sa production de courts métrages et documentaires ( Plus de vingt… ) , qu’il enrichi en participant à des films collectifs consacrés à des causes ou événements auxquels il est attaché . La célébration du centenaire du Cinéma ( Lumière et Compagnie / 1995) , ou le lutte te contre le Sida ( 2001 ) , et  September 11/09.01 , le film collectif consacré a l’attentat des tour jumelles  du  11 Septembre 2001) . Il réalisera également une série à succès pour la télévision , Kadie Jolie ( 1999- diffusée en Mars 2002 sur la chaîne Comédie ).
Il se tournera même vers les planches de la comédie Française pour y mettre en scène Aimé Césaire et sa pièce de Théâtre , La tragédie du Roi Christophe écrite en 1963 .

l’Affiche de Samba Traoré d’Idrissa Ouedraogo

Le cinéma Africain a perdu un de ses plus grands cinéastes dont l’héritage pourtant va continuer à inspirer les jeunes générations . Pour avoir vu la plupart des ses films diffusés sur les écrans en France ,ou certains dans les festivals , on peut vous dire qu’ils sont restés gravés dans notre  mémoire par l’humanité du regard qui s’y inscrit à chaque image , et surtout la beauté formelle d’une mise en scène donnant à voit tous les aspects d’un pays – et au delà d’un continent-  où la misère, la faim et la souffrance quotidienne , sont le lot . Son cinéma interpelle en même temps qu’il combat l’ignorance et le poids de traditions ou des séquelles coloniales. Il y sublime aussi la beauté des visages et des paysages…et l’espoir de l’enfance .  Son cinéma , c’était un cinéma de de combat «  optimiste » comme il aimait le dire

(Etienne Ballérini)

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