Cinéma / HUMAN FLOW de Ai Weiwei.

Le plus grand flux migratoire depuis la seconde guerre mondiale , l’Artiste contemporain dissident chinois l’a suivi dans 23 pays . Plus de 65 millions de personnes ont été contraintes de quitter leur terre natale pour fuir la famine , les bouleversement climatiques et les guerres. Au cœur de la tragédie quotidienne vécue par ces déplacés repoussés par les barbelés des frontières , un documentaire bouleversant…

Images saisissantes de ces milliers d’hommes, femmes et enfants marchant sur les routes , ou  amassés sur une barque de fortune cherchant un rivage accueillant , ou encore  ,souvent en attente dans des camps  de réfugiés . Leur long parcours d’espoir se transformant en calvaire confronté au rejet et a des conditions sanitaires déplorables auxquelles les associations humanitaires ne peuvent qu’apporter un maigre , mais si précieux, soulagement . De cette fourmilière humaine ( image saisissante d’un camp  , fourmilière géante  « vue du ciel » filmé en contre-plongée…) rejetée , faute de trouver asile dans un pays accueillant, agglutinée en attente provisoire qui perdure, dans ces camps . C’est le constat d’une situation inhumaine , dont l’artiste -cinéaste renvoie les responsabilités aux politiques qui ferment leurs frontières, bafouant le droit fondamental du respect de l’être humain dont la convention de Genève en 1951, a défini  celui  des réfugiés « Le terme «réfugié» s’applique à toute personne qui, craignant avec raison d’être persécutée du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques, se trouve hors du pays dont elle a la nationalité et qui ne peut ou, du fait de cette crainte, ne veut se réclamer de la protection de ce pays .». L’ être humain , depuis la nuit des temps a toujours été une espèce migratoire , qui s’est établi partout où il pouvait vivre de manière décente, y développant des traditions d’hospitalité pour accueillir les nouveaux venus. Aujourd’hui, que les multiples conflits et conditions économiques ont modifié la donne , il est nécessaire plus que jamais explique Ai Weiwei de «  mettre à l’épreuve nos valeurs morales » vis à vis de ces personnes qui n’ont pas d’autre choix , que de quitter leurs pays …

La longue marche des réfugiés sur les routes( Crédit Photo : Mars films Distribution)

Le cinéaste souligne  «  cette crise est notre crise », et l’objet de son film est d’interpeller afin ouvrir les yeux ( et les consciences… ) sur les conséquences possibles d’une sorte de « tsunami » qui pourrait conduire au pire . Son film s’attache , avec multiples chiffres à l’appui à étayer les données statistiques du flux migratoire qui s’est encore amplifié inexorablement depuis les Années 2000 , suite aux événements cités . Il est étayé par de très nombreux témoignages de responsables politiques, d’organisations humanitaires ou autres ; mais surtout par les multiples récits des migrants racontant leur situation , et surtout leur détresse. Et quand leurs mots se nouent dans la gorge à l’image de cet homme en pleurs racontant le périple de sa famille décimée tout au long du parcours par les décès , ou celui , de cette femme apostrophant les politiques «  qu’ils viennent un jour vivre avec nous dans le camp pour se rendre compte  de ce que nous vivons ! » . Le cinéaste qui se mêle à eux et noue le dialogue , leur exprimant respect et compassion …mais plus que ses mots , ce sont ses images magnifiques qui parlent, décrivant et donnant à voir, l’insupportable d’une réalité . A laquelle on répond par les frontières qui se ferment et les barbelés qui les protègent surveillés par les milices chargées de veiller et repousser les tentatives d’intrusion !. Le cinéaste lui oppose , les mots de poètes et autres artistes de tous pays , qui , au cours des siècles ont traduit les aspirations des hommes à pouvoir vivre libres , respectés , trouver accueil et secours , lorsque la menace de l’oppression ou de la guerre les obligent à fuir . A l’image de la belle citation du poète Turc Nazim Hikmet ( 1902-1963) :  « Je veux avoir le droit de vivre, de voir le léopard au printemps et la graine qui s’épanouit. Je veux que le premier homme qui arrive sur cette Terre ait le droit de vivre ! » …

Les frontières se ferment , sous surveillance policière ( Crédit Photo Mars Films Distribution)

Cet espoir porté par les millions de migrants cités , qui errent sur les routes n’ayant d’autre choix, et ,qui , en souffrance, réclament ce « droit de vivre » et errent sur les routes  en quête désespérée de justice et de sécurité . Qui nous disent leur espoir au cœur de l’apocalypse , évoquant la vie qu’ils ont étés contraints d’abandonner et l’incertitude du lendemain , mais gardant espoir et courage dans leur quête désespérée. Supportant toutes les humiliations ( les rackets des passeurs ,  exactions et les viols …), au long d’un périple fait de dangers où certains perdent la vie. Puis confrontés  à l’incertitude du lendemains face aux barbelés , et à l’attente dans les camps. La vie dans l’insécurité quotidienne . C’est à un « constat d’urgence » et aux  « responsabilités » que le film appelle , afin de faire face «  à l’intolérance de plus en plus palpable » de nos sociétés modernes nanties et sécurisées , se protégeant derrière leurs frontières  de barbelés . Insupportable,  pour l’artiste cinéaste dissident chinois qui sait de quoi il en retourne ( sa famille et lui-même ont été victimes de l’oppression et  de discriminations , en chine ) , et l’histoire des réfugiés il a voulu en traduire,  les aspects d’une tragédie moderne . Son souhait est que son film provoque le débat , aide à faire en sorte que «  soient prises en compte les vies humaines » . Il est le prolongement d’ autres formes d’expression artistiques qu’il a  employées pour la décrire , comme cette exposition   «  loi du voyage » et son canot pneumatique de 70 mètres de long avec à son bord 258 figures de réfugiés ; ou celle des 3000 gilets de sauvetage échoués à Lesbos exposés à Berlin . C’est en artiste témoin de son temps et «  responsable », qu’il veut agir sur les consciences : «  l’art triomphe toujours , il peut m’arriver n’importe quoi , mais les œuvres sont là » , dit-il …

Ai Weiwi en visite dans un camp de réfugiés en Grèce ( Crédit Photo: Mars Flms Distribution)

Alors,  au long de ces 2 h 20 , s’il sait qu’il n’ a pu qu’ offrir un «  condensé d’une réalité insoutenable et insupportable », il s’est attaché a en montrer le plus large constat « global »   possible , au long du parcours des 23 pays ( d’Europe , du moyen-orient , d’Asie, d’ Afrique , d’Amérique latine et Usa …) affin d’offrir une vision globale de la condition des réfugiés comme conséquence d’une certaine politique de mondialisation désastreuse qui ne fait que précipiter , par «  son hypocrisie » comme le dit un intervenant évoquant le « pacte  migratoire des 26 pays de l’union Européenne » avec la Turquie pour faire cesser l ‘afflux de migrants à  ses  frontières . Mais tous les pays et continents cités ( et visités …) par le cinéaste décrivant les situations particulières  qui  les ont provoqués , comme celles consécutives à l’intervention Soviétique  en Afghanistan  pour le  Pakistan  devant faire face a 3 Millions de réfugiés  . Mais aussi l’afflux des réfugiés Birmans en Thaïlande ,  des réfugiés syriens au Liban ou en Irak , des Palestiniens en Jordanie. La Malaise recueillant les réfugies Rohingyas persécutés en Birmanie, la visite  au Kenya  de Dadaab le plus grand camp de réfugiés du monde où sont regroupés Somaliens Erythréens et sud -Soudaniens fuyant les guerres  … la liste est longue!. Comme celle des mesures  ,blocus ou frontières érigées ici et là . Le film se termine sur un autre symbole , celui de la Frontière Mexicaine et du Mur que Donald Trump veut faire construire pour juguler l’entrée des migrants et autres réfugies d’Amérique latine , sur le sol Américain !.

L’exode en Afrique ( Crédit Photo Mars Films Distribution )

L’artiste contemporain et cinéaste , fait un constat accablant sur un l’enfer un peu partout dans le monde  vécu par ces réfugiés dont personne ne veut. Repoussés par les barbelés et les frontières que certains tentent de franchir illégalement , ballottés ici et là , ou recueillis dans des camps surpeuplés et parfois insalubres . Les associations humanitaires qui font ce qu’elles peuvent , comme en mer méditerranée , pour limiter les dégâts et sauver des vies . Le repli des uns qui conduit à l’enfer des autres . Terrible et accablant constat en forme de cri d’alarme poussée par le cinéaste Ai Weiwei . Puisse -t-il être entendu! …

(Etienne Ballérini)

HUMAN FLOW de Ai Weiwei – 2017- Durée : 2 h 20 – documentaire .
Images : Ai Weiwei, Murat Bay, Christopher Doyle , Huang Wenhai, Konstantinos Koukoulis, Reenat Lambeets , Li Dongxu, Lv Henghong, Ma Yan, Johannes Waltermann, Xie zhenwei et Zhang Zanbo…
Avec :les intervenants : personnalités politiques et des association humanitaires …  les  témoignages de nombreux migrants. Et les 65 Millions de réfugiés dans le monde auxquels le film est dédié ….
LIEN : Bande -Annonce du film, Human Flow de Ai Weiwei .

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