Théâtre et 1968 / Et à Nice, que se passait-il en théâtre en 1968 ?

Un comédien, metteur en scène, dramaturge, directeur de troupe, en est le précurseur : Guillaume Morana et sa compagnie, les Vaguants. Le vaguant, c’est celui qui vague,  qui erre à l’aventure, sans but précis, qui déambule, qui flâne. Dont l’esprit vagabonde.  Cette compagnie sera la première compagnie professionnelle de Nice.

CDN Nice Esplanade des Victoires

Guillaume Morana réalise  les mises en scène, les décors et les costumes de plus de 50 spectacles. (Ionesco, Beckett, Claudel, Shakespeare, Vitrac, Pirandello, Vian, Strindberg, Sartre, Camus…)

En 1965, il représente le Sud-est à la « Biennale de Paris » avec « Les Bâtisseurs d’Empire » de Boris Vian. Parallèlement, il crée le « Club Antonin Artaud », dont la mission était de commenter les œuvres présentées par la compagnie, d’organiser des débats, réfléchir sur l’impact de la création sur la société, analyse des spectacles, débats, expositions…

1968 : A Nice, il transforme un cinéma de quartier (Le Ruly, rue de France) en salle de théâtre et le baptise « Théâtre 06 ». Sa compagnie occupe les lieux avec une programmation permanente (théâtre, festivals, animations et cinéma d’Art et d’Essai).

Il participe au « Festival International du Jeune Théâtre » de Liège, deux années consécutives avec deux créations : « Avis de Recherche » de  Rozewicz et « Jean » de Torrigiani.

1977 : En collaboration avec la ville de Nice, conçoit et fait construire un chapiteau de 400 places et un camion-cabine de cinéma, installé aux Moulins.

1989 : Mise en scène et décors de « Léa ou la belle époque » de Raoul Mille à Nice-Acropolis.

Pour Radio-France : Adaptation et mise en onde de « l’Avenue des Diables Bleus » de Louis Nucéra.

1980 : À la demande de Jérôme Savary pour le « Nouveau Théâtre Populaire de la Méditerranée »,

Il étudie le concept d’un chapiteau itinérant de 200 places destiné à pallier le manque de salles de cinéma dans la région Languedoc – Roussillon, et conçoit la structure en tenant compte du confort des spectateurs et de la qualité de la projection.

Par ailleurs, toujours à la demande de Jérôme Savary, réalise les plans d’un chapiteau de théâtre modulable de 400 à 1500 places, étudié en fonction des exigences de qualités techniques nécessaires à la présentation de spectacles avec les exigences d’un plateau traditionnel.

De 1984 à 1989 : Crée et anime une école de théâtre à Tornac (Gard).

2010 : Donne des cours de théâtre dans deux écoles et trois collèges niçois, met en scène cinq pièces dont deux ont été représentées.
Comment mai 68 a été vécu par ceux qui donnent  le « la » du théâtre à Nice ? Un des plus emblématique me semble être Numa Sadoul (Voir articles dans ciaoviva) nous parle de « son » 68 :

En 1968, j’étais élève stagiaire au Centre Dramatique National d’Aix-en-Provence, dirigé par Antoine Bourseiller. Et en même temps à la fac des Lettres d’Aix, que j’ai occupée pendant les Événements de mai.
Inutile de dire que j’étais plus souvent au théâtre qu’à la fac. Durant l’occupation de celle-ci, je participais à des improvisations collectives avec mes camarades.
C’est là que j’ai été engagé pour ma première tournée professionnelle, avec la Compagnie Patrice-Chéreau de Sartrouville, et cela a décidé de toute la suite de ma carrière théâtrale.
C’est aussi là, à cette époque, que j’ai conçu mes premiers essais de mise en scène d’opéras, rêve que j’ai réalisé neuf ans plus tard.
En même temps, durant cette période aixoise et révolutionnaire, l’une des plus créatives de ma vie, j’ai écrit bon nombre de pièces de théâtre et romans qui ont pris leur envol par la suite.

Restons à Nice et projetons-nous au 14 novembre 1969. Ce jour là, la décentralisation  théâtrale permet à la ville de Nice de s’enrichir d’un nouveau Centre Dramatique National nommé Nice Côte d’Azur. Qu’est-ce qu’un Centre Dramatique National (CDN) ? C’est un label attribué par l’État français à une institution théâtrale, lié à la notion de théâtre public.

Gabriel Monnet

Les centres dramatiques nationaux sont l’un des éléments de la politique de décentralisation théâtrale française, engagée à partir de la Libération. Celui de Nice, dont le premier directeur fût Gabriel Monnet comportait dans sa troupe permanente de comédiens, nombre de membre de la troupe des Vaguants. Mais il est vrai que, quelque part, au-delà du « réseau administratif » il y a la trace de ce qu’a pu « instiller » l’esprit de 1968, on peut même dire que la main de Gabriel Monnet poursuit la trace de 1968.

Voyons donc quel fût le programme de cette première saison. Il est à noter que l’emplacement du CDN à l’Esplanade des victoires ne fût pas le premier, mais qu’il s’installât d’abord dans le Chapiteau des Tréteaux de France (Centre Dramatiques itinérants, ces Tréteaux ont pour fonction de partager les grandes œuvres théâtrales avec tous les publics)   puis au Palais de la Méditerranée. En 1988, il s’installe dans l’emplacement qu’ont lui connait, et que Gabriel Monnet appelait « Le pâté de marbre » Institutionnalisation ? La programmation  depuis l’arrivée d’Irina Brook dément cette « patédemarbrisation ».

La route Etroite vers le grand Nord, d’Edward Bond, m.e.s Guy Lauzin 14-21 nov. Tréteaux de France

Horace de Corneille   m.e.s Hubert Gignoux 24/11   Palais de la Méditerranée

Les Rosenberg ne doivent pas mourir   d’Alain Decaux mise en scène Jean Marie Serreau 27-11 Tréteaux de France

Le songe d’un homme ridicule de Dostoïevski  m.e.s Gabriel Monnet décembre établissements scolaires
L’Avare de Molière m.e.s Gabriel  Monnet 19 mars Esplanade des Victoires
Léonce et Lena de Büchner m.e.s Guy Lauzin 1er Avril Esplanade des Victoires
Délire à deux de Ionesco  m.e.s Maurice Guillaud 24 Avril Esplanade des Victoires
Jacques ou la soumission de Ionesco m.e.s Maurice Guillaud 24 avril Esplanade des Victoires
Plutus d’Aristophane  m.e.s Guy Lauzin du 3 au 18 juillet Esplanade des Victoires
On voit donc dans cette programmation que le théâtre « contemporain » est loin d’âtre réduit à la portion congrue, si tant est que l’on m’explique en quoi un Büchner et à fortiori un Aristophane soient plus « classiques » que certaines œuvrettes qui n’ont de contemporains que leur datation. On voit aussi qu’il y avait chez Monnet le souci de sortir le théâtre de son sempiternel cadre, en allant jouer pout les établissements scolaires. On va encore me traiter d’irinarobrookiste, mais c’est absolument ce qu’Irina Brook fait.
Je  ne parlerai pas du cinéma et de main 1968 :  Philippe Descottes s’en chargera dans un article à venir pour ciaovivalaculture, qui paraîtra au moment du festival de Cannes. Mai 68 pour nous n’est pas un épiphénomène. La nostalgie, camarade ? Non. Savoir d’où l’on vient ; Tout simplement ; Mais je situerais un court métrage émouvant fait en 68, « La reprise du travail aux usines Wonder »
(https://www.youtube.com/watch?v=ht1RkTMY0h4), réalisé par des élèves de l’IDHEC (Institut Des Hautes Etudes Cinématographiques, devenue la FEMIS en 1986)

Les Tréteaux de France

Lorsque l’équipe de jeunes cinéastes, encore étudiants,  se présente dans la matinée le 9 juin 1968 à l’entrée de l’usine Wonder pour filmer son occupation depuis trois semaines par les ouvriers, ceux-ci viennent de voter la reprise du travail. Une jeune femme refuse de rentrer. Elle crie : « Je ne rentrerai pas, non je ne rentrerai pas », « Je ne veux plus refoutre les pieds dans cette taule dégueulasse». Autour d’elle des ouvriers s’attroupent. Les délégués syndicaux, artisans de la reprise, s’approchent et tentent de la calmer. Un étudiant de passage met de l’huile sur le feu. Il n’en fallait pas plus pour que ce plan séquence devienne un des classiques du cinéma direct. Réalisation : Jacques Willemont Caméra : Pierre Bonneau Son : Liane Estiez-Willemont
Sans doute cette jeune femme ne comprenait pas le sens de la formule de Maurice Thorez, « Il faut savoir  terminer une grève ». Où qu’elle soit, je lui dédie cet article.
Il faut savoir raison garder, il faut savoir terminer une grève…
Le casque des pavés ne bouge plus d’un cil
La Seine de nouveau ruisselle d’eau bénite
Le vent a dispersé les cendres de Bendit
Et chacun est rentré chez son automobile
.
Mais … Mai…
Là bas brillent la paix, la rencontre des pôles
Et l’épée du printemps qui sacre notre épaule
Gazouillez les pinsons à soulever le jour
Et nous autres grinçons, pont-levis de l’amour

Mai mai mai Paris mai
Mai mai mai Paris

 

Jacques Barbarin

 

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2 commentaires

  1. Superbe 2 articles… Merci.

    A l’occasion, venez faire un tour a Carros, j’en ai pris la direction en octobre 17 et travaille actuellement au développement du projet. Avec une programmation qui va notamment bcp s’orienter vers les sujets de société…

    Cordialement,

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