Cinéma / LAST FLAG FLYING de Richard Linklater.

Les retrouvailles de trois marines vétérans du Vietnam, pour enterrer le fils de l’un d’eux tués en Irak . Le cinéaste de Boyhood (2015) nous propose , une magnifique réflexion insolente sur les séquelles et les blessures intimes dues à la guerre. Un récit émouvant sur le temps qui passe et la fatalité imposée, de la guerre qui perdure, broyant les individus et les générations. Un grand film…

Adapté du roman de Darryl Ponicsan qui avait inspiré jadis le superbe, La dernière corvée (1973) à Hal Ashby sur la désobéissance de trois Marines contestataires de l’institution, faisait écho au rejet de la guerre au Vietnam. Trente ans plus tard au cœur de l’année 2006 lorsque Richard Linklater découvre le roman Last Flag Flying  (2005)  , de Darryl Poniscan , il fut frappé par sa justesse de son observation et de ce qu’elle véhicule «  J’ai tout de suite pensé que ce livre ferait un film fantastique. À l’époque, la guerre en Irak était déjà un désastre, et le parallèle que dressait Darryl Ponicsan entre ce conflit et la guerre du Vietnam était saisissant. Ce thème trouvait écho en moi, mais ce sont avant tout les personnages de Doc, Sal et Mueller qui m’ont touché. Je suis tombé sous le charme de ces trois quinquagénaires.. » explique-t-il . Encore trop proche du conflit en Irak et des séquelles , la première ébauche de son récit ne verra pas le jour, préférant attendre que les choses « se stabilisent » , et que le recul permettent au public une approche plus sereine des événements que le récit propose. Le temps passant pris par d’autres projets, mais l’idée était restée dans son esprit et il décide de la reprendre en 2016, avec la participation comme atout majeur à l’écriture scénaristique …de Darryl Ponicsan lui- même ! . Le récit situé au cœur de l’année 2003 et la chute de Saddam Hussein, c’est au cours de celle-ci que nos vétérans du Vietnam qui ne se sont pas revus depuis 30 ans, vont se retrouver, dans les circonstances tragiques qui vont les réunir à nouveau…

Les retrouvailles des trois vétérans : de gauche à droite : Steve Carell, Bryan Cranston et Laurence Fisburne ( Crédit Photo: Metropolitan FilmExport )

La scène d’ouverture nous met en présence de Larry  » Doc » Shepperd  ( Steve Carell ) à la recherche de ses anciens compagnons de combat au Vietnam , Sal ( Bryan Cranston) devenu barman , il le retrouve sur  le lieu de son travail pour lui expliquer la raison de sa démarche. Son fils tué en Irak va être rapatrié. Devenu veuf et seul ,  il a besoin du soutien moral des ses deux anciens compagnons , qu’il avait perdus de vue depuis . Sal , qu’il vient enfin de retrouver, et de cet autre un black ( Laurence Fishburme ) dont il n’a pas retrouvé l’adresse… et pour cause , il  a changé  de nom!. Et … qui est devenu pasteur ( Le révérend père Muller ) d’une petite communauté noire , afin de tirer un trait sur le passé  ! . Les retrouvailles qui réveillent bien des souvenirs , et  notamment celui d’un lourd secret partagé, que chacun a tenté comme il a pu , d’oublier, mais qui hante encore leurs mémoires. Le parallèle de l’écho que leur renvoie le conflit en Irak et la mort du fils de Larry , en réveille la douleur. C’est à une sorte d’exorcisme de celle-ci que le récit  nous invite au long des événements qu’ils vont affronter, et lors du « road-movie » qui va les conduire à ramener la dépouille du fils de l’ami dans sa ville natale. Les séquences relatant leurs retrouvailles et les échanges- au delà des souvenirs communs d’un vécu quotidien au cœur du conflit d’hier et de souffrances endurées – révèlent aussi les choix de vie de l’après , dans lesquels chacun à choisi de retrouver, un certain équilibre . Mais aussi cette radicalité vers laquelle ils se sont réfugiés… d’une vision du monde et de défiance, envers les « politiques » qui ont conduit la nation , au désastre et à l’humiliation. La force et l’impact de ce ressenti Richard Linkalter et l’auteur du roman, la traduisent admirablement dans les échanges et le comportement d’insubordination , dont il vont faire preuve tout au long du récit …

Les trois amis réunis face à la dépouille mortelle du fils … ( Crédit Photo :  Métropolitan FilmExport ) ) 

Lors de la réception de la dépouille du fils , l’attitude de l’armée refusant de répondre aux questions du père sur les circonstances de la mort de ce dernier  , va remettre à jour pour les trois amis, l’insupportable du «  flou » dans lequel elle se réfugie . «  il est mort en héros » , se contente-t-on de répondre au père , au nom d’on ne sait quel … intérêt général et National à préserver. Furieux , Sal, incite le père à refuser les funérailles Nationales et la dépose de la dépouille de son fils au cimetière d’Arlington, où reposent les héros de la nation. Crime de lèse majesté ! : on considère  l’insubordination comme un acte « terroriste » de leur part… mais après de plates excuses, on finira par accepter le souhait du père !.  La dépouille mortelle du fils  sera  déposée au cimetière du  sa ville natale  et  conduite en convoi officiel en train  sous protection , accordée, de l’armée . le Road movie,  entrecoupé de séquences magistrales … et d’échappées belles de nos trois héros, s’ouvre alors à  une nouvelle dimension -introduisant  l’humour et la dérision- où la douleur laisse place à la vie qui reprend ses droits. Et aussi à cette autre réalité du secret qui les lie ( magnifique scène avec la mère de leur compagnon de combat …) , les poussant à trouver la force de la confronter, à l’aveu qui leur permettra , peut-être de l’exorciser. Dès lors , réconciliés avec eux mêmes         ( autre superbe et émouvante séquence…)  ils pourront trouver cette paix tant souhaitée , lors des funérailles et des honneurs rendus à ce fils… qui est (re) devenu le fils de la Nation. Celui – comme tant d’autres sacrifiés –  victime d’une certaine politique et logique de l’aveuglement ( les soupçons infondés et le mensonge , sur lesquels l’intervention en Irak fut justifiée …), ayant conduit à une guerre  et à des morts ,inutiles !…

Le Jeune caporal ( J;Quinton Jackson ) qui va révéler au père les circonstances de la mort de son fils ( Crédit Photo : Metropolitan FilmExport )

Last Flag Flying dit tout cela en s’appuyant sur l’impact de la quête d’humanité dont les personnages qui en ont étés privés, tentent de faire renaître comme nécessité fondamentale. La quête de vérité sur la mort du fils que l’armée refuse de divulguer au père ,en est l’exemple . Celui d’un aveuglement qui ne fait qu’amplifier le malaise. On le retrouve dans le beau personnage secondaire du jeune Caporal noir  au nom symbolique de Washington ( J. Quinton Johnson, excellent) qui finira -contre l’avis de ses supérieurs- par confier la vérité sur la mort de son fils au père, lui permettant de trouver l’apaisement nécessaire ( scène bouleversante …) à sa douleur . Les trois personnages , au long des péripéties du road -movie , vont trouver eux aussi cette «  paix » intérieure nécessaire leur permettant d’affronter leurs démons, par le biais du conflit avec ce supérieur de l’armée qui finira par accepter les volontés du père…celles, que le fils lui-même avait confiées dans la lettre que chaque soldat partant en mission doit rédiger au cas, où il n’en revient pas !. Richard Linklater, est une formidable directeur d’acteurs et le prouve encore – ici – avec des comédiens ( magnifiques! .. .) auxquels, il fait explorer toutes les nuances de l’humanité et des blessures dont ils sont porteurs «  Steve Carrell, Laurence Fishburn et Bryan Cranston , sont très drôles, mais chacun d’entre eux possède son propre sens de l’humour et sa propre personnalité. Leurs personnages étaient comme des frères il y a 30 ans et nous voulions en quelque sorte leur faire remonter le temps pour voir ce que cela provoquerait en eux », dit-il…

Les obsèques du fils dans le cimetière de sa ville natale ( Crédit Photo:  Metropolitan FilmExport ))

Le cinéaste qui a construit sa filmographie dans la mouvance du cinéma indépendant a , au fil des films construit une œuvre, qui, aujourd’hui le hisse au niveau des plus grands cinéastes américains. Sachant se renouveler dans l’écriture, expérimentant les genres et les univers il y développe à chaque fois un point de vue original. Nous plongeant par exemple avec Génération Rebelle ( 1993 ) dans une vision à cent lieues de tous les films sur l’adolescence . Expérimentant les genres : le film musical ( Rock Academy /2003), le polar     ( le gang des Newton / 1998 ). Ou, les formes : animation ( la rotoscopie, à partir de prises de vues réelles) avec la belle adaptation du roman de Philip K Dick, The scanner Darkly/ 2006. Composant aussi  la superbe « trilogie » ( Before Sunrise /1995, Before Sunset / 2004 et Before Midnight / 2013 ) suivant l’évolution d’un couple à travers les années. Et que dire du magnifique Boyhood ( 2015 ) autre expérience unique filmée sur 12 ans qui suit l’évolution physique des acteurs du récit racontant, leur enfance et adolescence. Dans Last Flag Flying, c’est la réflexion sur le vécu et la perception , des conséquences d’une certaine politique dans laquelle les individus se retrouvent confrontés , abîmes …ou victimes d’une raison d’état parfois , insupportable et ( ou ) injustifiable. Last Flag Flyinig, est un film bouleversant, porté par des comédiens  en osmose, et servi par une belle bande sonore  avec entr’autres,  Bob Dylan,  ou Neil Young . A voir sans hésiter…

(Etienne Ballérini)

LAST FLAG FLAYING de Richard Linklater – 2017- Durée 2h 05.

Avec : Steve Carell, Bryan Cranston, Laurence Fishburne, J. Qinton Jackson, Deanna Reed- Foster, Yul Vaquez , Graham Wolfe, Jeff Monahan, Cicely Tyson …

LIEN : Bande -Annonce du film , Last Flag Flying de Richard Linklater .

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