Livre / Nice, voyage en poétique architecturale

Le livre dont je viens vous parler aujourd’hui est une livre rare, écrit, pensé, dessiné,
rêvé  par quelqu’un de rare. Donc intéressons nous à Luc Svetchine
mais en commençant par son origine, son père.

Andreï Svetchine est un français d’origine russe né en 1912 à Saint Petersbourg et décédé en 1996 à Nice. Il a été élève aux Arts Décoratifs de Nice. En 2010, son fils, l’architecte Luc Svetchine publie aux éditions Gilletta une monographie André Svetchine, regard d’un architecte sur son œuvre présentant le parcours professionnel, les rencontres et les influences stylistiques de son père.
Luc, lui, est architecte à Nice.  Il défend le principe de composer le projet d’architecture suivant une écriture contemporaine, celle qui témoigne et renseigne sur l’air du temps. Cela ne l’empêche pas, pour les mêmes raisons, d’être défenseur engagé du patrimoine..
Nice, voyage en poétique architecturale : tout est dans le titre. L’art poétique est un ensemble de règles dont la finalité serait de produire la beauté, dans une œuvre d’art. L’architecture est l’art majeur de concevoir des espaces et de bâtir des édifices, en respectant des règles de construction ainsi que des concepts esthétiques, classiques ou nouveaux, de forme et d’agencement d’espace.
Il s’agit d’un voyage en la beauté (en, pas dans !) à l’intérieur d’un espace, la ville de Nice. Il ne s’agit pas d’un parcours quartier par quartier, n’importe que guide touristique est capable d’en faire autant mais d’un parcours de sensations en sensations. Il ne s’agit pas de couper en fines tranches, mais d’unir, de trouver les repères entre la façade d’un palais, l’imposant d’une église, un coin de rue, l’apparence d’une échoppe…
Pourquoi ces éléments disparates se retrouvent-ils dans un même espace, dans une même scénographie ? Scénographie. Le grand mot est lâché. À partir de ce qui est identifiable par le public,  la scénographie compose avec des volumes, des objets, des couleurs, des lumières, et des textures. Ce terme s’utilise souvent dans la désinence d’un art se pratiquant sur une scène de théâtre mais peut-on dire que la vision d’un emplacement urbain (tenez, disons la Place Garibaldi) avec ses gens qui y passent, son tramway qui la traverse, sa chapelle du Saint Sépulcre, ses 4 chênes verts, ses manifestants défilant, ses 123 mètres en longueur sur ses 92 en largeur,  tout cela n’est-il pas de la scénographie ? Et quel en est le metteur en scène ? That is the question.

Façade de l’église du Gèsu

Et cela ne m’étonnes pas que l’on trouve parmi les grands scénographes des architectes, à l’instar du monument Peduzzi*. Il ne m’étonnerait pas outre mesure que le sieur Svetchine ai scénographié pour le théâtre. Quant aux places urbaines, l’espace urbain, sa scénographie, d’autres arts s’en sont emparé, la littérature avec Berlin Alexander Platz, la bande dessinée avec les œuvres de Peeters et Schuitens, la chanson avec cette place Rouge qui était vide. Quant aux chansons portant un nom de villes, d’espace urbain, ce n’est pas un article qu’il me faudrait écrire, mas un dictionnaire. Sachez qu’il y a une trentaine d’elles intitulées Amsterdam, et qu’il y a une vingtaine de versions de celle à qui vous pensez. Au fait, j’aimerais bien savoir s’il existe un architecte amstellodamois, ou  néerlandais qui ai écrit, à l’instar de  Svetchine, un ouvrage aussi intense sur la capitale des Pays-Bas (non, ce n’est pas Rotterdam)
Et lorsque qu’il aquarellise le cimetière du Château, il adopte un point de vue avec le cimetière en premier plan et en fond, en horizon, la Baie des Anges. Viennent tout de suite à l’esprit les vers de Brassens : Et qu’au moins, si ses vers valent mieux que les miens / Mon cimetière soit plus marin que le sien.

 

Or la chanson, art mineur comme disait Serge par antiphrases, palpite, outre l’exemple sus – cité, et donc suscité : Le premier mouvement de Nice, voyage en poétique architecturale, s’intitule «  Ma  pincée de tuiles »  et zou…. « Pourrai- je y revoir ma pincée de tuiles…. ». Je ne connais pas la ville rose, mais je pense qu’on pourrait en écrire un Toulouse, voyage en poétique architecturale. Le tempo de ce premier mouvement est le Vieux-Nice « Zigzag en Babazouk **».
Et à cette fameuse question : Nice, ville italienne ou non, quoi de mieux pour y répondre qu’un architecte ? Il y répond ainsi, dans son deuxième chapitre : « C’est un peu l’Italie ». Et en sous-titre, c’est Turin qui a voix (au chapitre) : « la Ville Turinoise ». Voyez la photo de la place San Carlo et évoquez la Place Garibaldi et ses arcades. Au demeurant, la route qui partait de la Place Garibaldi (actuellement rue de la République) était la « route de Turin ». Et la Place Garibaldi s’appelait auparavant « Place Cavour », homme politique italien considéré comme l’un des « pères » de l’unité italienne (entre autre avec Garibaldi), né et mort… A Turin. Fermez le ban.

Immeuble angle rue Chauvain – avenue Félix Faure.

Une phrase Svetchinienne : me donne à penser, à rêver : L’ « architecturalement correct » cède la place à un conglomérat de construction diverses qui, malgré les approximations stylistiques, finit par constituer un ensemble homogène et cohérent ». Et comment désigner ce qui touche tous les domaines, se caractérise par l’exagération du mouvement, la surcharge décorative, les effets dramatiques, la tension, l’exubérance, la grandeur parfois pompeuse et le contraste, ce même contraste dont parlait Philippe Beaussant : « un monde où tous les contraires seraient harmonieusement possibles », hein, qui ? Le baroque. Le baroque n’est donc pas qu’une façade d’église, des angelots en stuc, mais un mélange, un foisonnement de vie, une confrontation de vie, une unicité que se sustente de sa diversité.
Il existe, au 3 de l’avenue Cernuschi à Nice une villa de type maure. Quand je vois cette architecture au milieu de villas méditerranéennes de cette rue, quand je pense à cette phrase de Svetchine L’ « architecturalement correct… »,  Il me vient à l’esprit ce que disait José Moléon, le fondateur de l’Institut International du Théâtre Méditerranéen. Il a bien sûr voyagé dans toutes les villes du bassin méditerranéen : pour lui, quelque part, c’était la même ville. Bien sûr, Palerme reste Palerme, Tunis reste Tunis, mais tout cela finit par constituer un ensemble homogène et cohérent. C’est plus que l’architecture, c’est la culture, c’est les gens, c’est le même rapport à l’autre, c’est la même joie de vivre, bref, on dirait le sud…
Nice, voyage en poétique architecturale, un magnifique ouvrage qui ferait un bon cadeau pour les fêtes. Ah bon, il y a des fêtes, en décembre ? Oui, le 21, nous célèbrerons le solstice d’hiver.

Nice, voyage en poétique architecturale, de Luc Svechtine, éditions Giletta, 39€50
Dans toutes les bonnes librairies (je dis bien librairie, pas surface vendeuse de livres), notamment celle qui porte un nom d’un maréchal d’Empire né à Nice ; sise dans une rue portant le nom d’un homme d’église et historien né – et mort- à Nice. La boucle est bouclée

Jacques Barbarin

* https://ciaovivalaculture.com/2015/05/19/livre-la-bas-cest-dehors/
** Le nom de Babazouk – qui désigne le Vieux Nice – aurait été donné par un certain Franceschin qui vers le milieu du siècle habitait le quartier arabe El Bazoum à Alger. Revenu à Nice, Franceschin établit une buvette dans l’ancienne chapelle désaffectée de Saint-Joseph, en plein cœur du Vieux-Nice ; son quartier était à l’époque aussi malpropre que devait l’être celui d’Alger. Par dérision et aussi en manière de plaisanterie, il l’appela d’abord le Babazoum, puis le Babazouk qui plut davantage aux oreilles niçoises. Le mot est resté

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