Cinéma / THELMA de Joaquim Trier.

Le réalisateur de Oslo 31 Août, nous plonge dans l’Univers mental d’une jeune fille, élévée par une famille Norvégienne très religieuse. Désir d’émancipation refoulé, traumatismes et pouvoirs surnaturels. Une incursion passionnante du cinéaste dans le genre du thriller mental, et son esthétique visuelle aux influences fantastiques, assumées…

C’est en étudiante à l’Université d’Oslo que l’on retrouve Thelma ( Eili Harboe, excellente ) jolie prestance empreinte d’une certaine timidité. Dans l’une des première séquences on la voit attablée dans un bar en compagnie d’ un groupe d’étudiants  et étudiantes échangeant sur leurs goûts , leurs expériences , et leurs points de vues sur leur rapport à la vie, la politique et la religion.Thelma qui a quitté sa famille et sa province reculée engoncée dans un certain conservatisme religieux se démarque des moqueries de ses camarades sur la religion qui selon eux, ne fait qu’abêtir les consciences et paralyser le dévelopement intéllectuel et la liberté de conscience , par les tabous qu’elle véhicule sur de nombreux   sujets de société dont la thématique des  sept pêchés capitaux , est représentative. La gêne provoquée chez Thelma par cette discussion, va se retrouver encore un peu plus accentuée , lorsque la rencontre d’une jeune étudiante Anja ( Kaya Wilkins ), la trouble et qu’elle en tombe amoureuse . Le désir  et l’aveu refoulé de celui-ci , va provoquer chez elle des irruptions étranges et troublantes de montées d’adrénaline , et de crises de plus en plus violentes . La forme épileptique évoquée pour les caractériser, va prendre même une tournure encore plus inquiétante , lorsqu’elle va se découvrir des pouvoir surnaturels incontrôlés et dangereux…

Thelma ( Eili Harboe ) et Anja – Kaya Wilkins ) – Crédit Photo : Le Pacte Distribution-

On se retrouve du côté des influences du genre fantastique enrobé de surnaturel et d’une dose de thriller psychologique .Un genre populaire dont les multiples recherches à la fois esthétiques et psychologiques , avec un soupçon de plongées inconscientes dans l’horreur dont les techniques ( effets spéciaux …) de plus en plus sophistiquées, ont fini par leur faire emprunter des directions multiples. Joachim qui en a été un spectateur curieux , s’en est nourri . On y retrouve donc ici , les nombreuses influences , dont celles du  cinéma « Giallo » fantastique et d’horreur Italien , ou celles des incontournables maîtres , De Palma ou Cronenberg , voire même celle littéraire de Stephen King . A ces élements de genre brassant souvent des arguments existentiels, il a choisi la belle idée de les faire interférer avec ses thématiqus personnelles dont ses films jusque là étaient baignés des influences de Bergman et Antonioni, auteurs qu’il admire. L’originalité de l’approche ainsi trouvée, offre une dimension nouvelle et passionnante au récit et aux « pistes » narratives qu’il propose . Et du climat étrange ( les nuées de corbeaux dans le ciel , le bestiaire animalier qui accompagne les rêves hallucinatoires , les immenses et glaciales étendues de neige …) , souligné par de lents mouvements de caméra , ou des « flashs » percutants . Dès lors le récit d’apprentissage ( thématique de tous ses films… ) trouve avec le personnages de Thelma , une résonnance particulière. Offrant à la sensibilité de son héroïne et à ses tourments , une intériorité où la pureté et la beauté du ressenti se retrouvent en conflit avec son éducation religieuse . Sa vulnérabilité et les hallucinations comme les térrifiantes émergences de son pouvoir surnaturel (  » ce que tu veux, ce  que tu désires , quelque chose en toi le réalise« ) , se font l’écho de la culpabilité vis à vis de ses pulsions et l’attrait de la beauté et de sensualité . Le cinéaste cite à ce sujet le peintre Edward Munch dont l’un des tableau , le cri , traduit ce sentiment du «vécu tourmenté de la quête de soi ». …

Thelma (Eili Harboe ) en soin suite a ses crises d’épilepsie -Crédit Photo : Le Pacte Distribution –

Dès lors la plongée horrifique dans ces « traumas », qu’illustre la séquence de la plongée dans le lac où elle semble être gardée prisonnière et ne plus pouvoir sortie la tête de l’eau et  y périr noyée  . Hallucination ou tentative de suicide ? . Puis, le sursaut énergique pour s’en extraire et briser cette barrière invisisble qui l’y tenait prisonnière . Un sursaut qui devient annonciateur du- possible – passage à l’acte libérateur , comme celui qu’accompliera la Carrie du film de Brian De Palma . L’utilisation de l’élément psychologique est le moteur de la mise en scène de Joachim Trier, celui d’une anxiété du corps à laquelle la médecine scientifique est incapable ( épilespsie ou trauma anxiogéne plus complexe?) d’apporter des réponses claires . Le cinéaste qui s’est documenté sur le sujet et sur ces crises dont sont victimes comme Thelma, de nombreuses personnes: « elles n’ont rien de surnatruel, mais il y a tant de choses dans le jeu de l’expérience psychologique et somatique du coprs humain , qu’elles sont difficiles à expliquer »,  dit-il . Alors , la piste Hitchockienne du thriller psychologique et du trauma d’enfance emboitée, le cinéaste s’y colle avec son savoir- faire et son talent de metteur en scène pour nous embarquer dans le sillage de sa Thelma, qui doit faire face ( le final…) , au refoulé et se ( re )construire son avenir et sa propre identité . Constamment en osmose avec son héroïne et ses tourments , la mise en scène et le regard du cinéaste , invite le spectateur à être témoin du ressenti intérieur et émotif de son vécu . Envolées romanesques, raisons et sentiments non maîtrisés, visions cauchemardesques et venin toxique. La lumière, la beauté et la sensualité. La noirceur, le refoulé et l’obscurantisme ….

Thelma ( de dos) , face à ses parents ( Henrik Rafaelsen et Hele Dorriy Petersen ) – Crédit Photo : Le Pacte Distribution-

Le ressenti intérieur du vécu , deux séquences magnifiques l’illustrent . Celle de la soirée à l’opéra où Thelma se rend avec son amie , et dans le noir  de la salle , en même temps que l’intensité du spectacle celle de leur proximité et des gestes qui la concrétisent , créent un superbe moment d’harmonie , d’émotion , de  sensualité et de tension suspendue … et aussi, de cinéma . De la même manière que dans la dernière scène , les regards et les non-dits entre Thelma et ses parents ( Henrik Rafaelsen et Ellen Dorrit Petersen ) , au cœur de la demeure familiale où l’on se fait face et se défie,  et on y régle  des comptes sur le passé . La violence des rapports familiaux et  leurs surprises et séquelles ,  que l’on vous laissera découvrir ….

(Etienne Ballérini)

THELMA de Joaquim Trier – 2017- Durée ; 1h 56 .

Avec : Eili Harboe , Kaya Wilkins, Henrick Rafaelsen, Helen Dorrit Petersen, Grethe Eltervag, Anders Mossling …

LIEN : Bande -Annonce du film  Thelma de Joaquim Trier .

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s