Cinéma / MARVIN ou LA BELLE EDUCATION d’Anne Fontaine.

La cinéaste Anne Fontaine ( Nettoyage sec, Perfect mothers …) propose avec son nouveau film, un conte moral sur l’humiliation et l’intolérance . Elle brosse le beau parcours d’un jeune provincial victime d’agréssions sexuelles et de rejet qui va, grâce à quelques bonnes âmes qui lui ouvrent les portes , trouver le chemin de la reconstruction et de la renaissance …

l’Affiche du film.

Adapté librement du roman d’Edouard Louis En finir avec Eddy Belle Gueule,  dont elle ne garde que la première partie concernant , l’enfance de Marvin ( Jules Porier / Marvin Jeune , et Finnegan Oldfield / Marvin adulte ) dans le monde étriqué d’une province déshéritée et miséreuse elle-même victime d’une marginalisation qui la rend , brusque et parfois brutale . A l’image d’un père ( Grégory Gadebois) bourru , enfermé dans sa tour d’ivoire provocatrice …et protectrice . Marvin , avec sa belle gueule d’Ange qui en fait le «  pédé » objet des sévices et  harcélements sexuels par les grands à l’école, devient le paria du village et la « honte » pour sa famille :«  les pédés c’est terrible …c’est un maladie » , lui lance le père . Mais la vraie honte c’est Marvin qui va la vivre accompagnée de la solitude dans laquelle le plonge, le rejet familial et de la communauté villageoise . Le désespoir et le suicide pour y mettre fin ?. Marvin l’évacue dans une belle scène provocatrice. Le voilà sur les rails de bifurcation face au train qui s’avance vers lui et en défier l’approche , retenant jusqu’au denrier moment … le geste qui pourrait faire basculer sa vie vers le néant. Mais ce serait donner raison à ceux qui le persécutent ! . Le ton est donné  de l’invite ,   à ce que sera  son parcours de renaissance. Laisser bifurquer le train sur une autre voie,  et lui, partir vers sa destinée  en quittant sa famille , son  village . En  finir avec le Marvin dénigré , humilié …

Le père , Dany ( Grégory Gadebois) et Marvin enfant ( Jules Porier ) – Crédit Photo: Mars films –

La quête de soi , on le sait , est toujours douloureuse. Mais la fuite et le recul qui est nécéssaire à la reconstruction, il va falloir l’affronter . Au risque parfois de s’y perdre , à l’image de son début de parcours cahotique  dans l’univers culturel  Parisien , avec ses rencontres et le risque de se laisser entraîner dans certaines dérives . Le  malaise qui s’installe et le sentiment de n’y être pas à sa place , le reproche qu’on lui fera : d’y « jouer » un rôle . Faire face encore … et se plonger dans l’écriture théâtrale qui permettra d’exorciser le passé . Se reconstruire et se réiventer dont la cinéaste explique la nécéssité d’échapper à un certain déterminisme « J’aime l’idée que des êtres puissent échapper à leur condition, que rien n’est jamais joué, jamais foutu, et qu’il est possible de transformer les obstacles en quelque chose de fort. Cela me guide depuis toujours. Comment y parvient-on ? Comment réussit-on à transcender ces difficultés ? Ce sont des questions auxquelles il est facile de s’identifier – elles nous concernent presque tous … », dit-elle . Dans la solitude de sa chambre les souvenirs de Marvin, remontent et se matérialisent sur le papier . La tentative de sortir de son isolement enfin abordée de front, afin de l’évacuer . Le rempart de l’éducation et de la cultue comme possibilité, c’est la belle idée du film . La culture qui va entrer d’ailleurs dans la vie de Marvin , c’est dans le lieu même, le collège, où il a subi les violences sexuelles, qu’elle s’ouvre à lui . La nouvelle principale , Madeleine Clément ( Catherine Mouchet , l’inoubliable Therèse du film d’Alain Cavalaier ) , lui ouvre la porte en l’intégrant au cours de théâtre de la Prof de Français . Improvisation , leçons d’élocution , apprendre et jouer des extraits des textes de d’Eugène Labiche ou de Victor Hugo . Un autre monde , s’ouvre à Marvin…

Roland( Charles Berling ) et au premeir plan , Marvin adulte ( Finnegan Oldfield ) – Crédit Photo : Mars Films –

Il sera le déclencheur qui lui ouvre le «  champ des possibles ». Les rencontres qui se multiplieront au delà de certains déceptions , vont mettre d’autres « passeurs » sur sa route, comme Abel ( Vincent Macaigne ) son professeur de conservatoire dont les mots le bouleversent lorsqu’il évoque un « vécu » dans lequel Marvin se retrouve ( magnifque scène… ) et tout à coup, lui renvoie l’image d’une autre solitude et le possible, du partage. L’exemple aussi d’une autre vie ( d’un double …) qui a su surmonter les osbtacles. Comme une sorte de catharsis. Elle va permettre à Marvin , via la créativité de soigner son mal – être , et d’en briser le tabou . Passage à l’acte nécéssaire de la représentation.  Revivre son propre personnage et les tourments de son enfance , faire vivre ses parents et tout un contexte douloureux , et le transcender pour en faire le moteur de son spectatcle . La distanciation (Brechtienne?) libératrice « parfois les choses n’existent que pour ceux qui les ressentent » explique -t-il . Le « tabou » de sa différence qui lui a valu d’être stigmatisé  dans le milieu dont il est originaire . Son éloignement et la découvrte de sa sexualité dont il va encore falloir affronter les regards  , dans l’univers  culturel  de la capitale . La belle  séquence des coulisses de son spectacle  où il se grime et  prépare – inquiet-   ses gestes  ,  et son corps  qu’il lui faut dompter ,  avant de se jeter dans l’arène  et l’exposer aux regards scrutateurs…

Isabelle Huppert ( elle-même ) et Marvin adulte ( Finnegan Oldfield ) – Crédit Photo : Mars Films –

Affronter les regards , s’affirmer et éviter les écueils . Au delà de la rencontre décisive avec Abel , perçu comme un «  double » de lui même . Il y a celle avec Roland ( Charles Berling ),   Bourgois homosexuel ( prédateur ?) qui le renvoie à ses origines… et qui pourrait le faire basculer, mais  finalement , se muera en expérience positive . Via aussi cette « muse » que ce derrnier lui fera connaître- Isabelle Huppert – qui va l’aider à monter son spectacle, sur la scène emblématique des «  Bouffes du Nord ».  Mais surtout,  parceque Marvin au long des  embûches de son parcours  , aura appris à relativiser et à ne plus voir son itinéraire comme une forme de revanche . Mais ,comme une longue marche  à  sa renaissance au monde … pour y être enfin, en paix avec lui même et avec les autres . Si les « piques » de la cinéaste vis à vis d’une société qui ne fait qu’amplifier les rejets de classes et des différences sont présentes, comme celles de Marvin envers tous ceux qui l’ont stigmatisé  : «  c’est pas plutôt vous qui avez éssayé de me tuer ? », dira-t-il à ceux qui le  jalousent  de son succès, et  d’avoir fait un «  spectacle »  de  son vécu pour  les dénigrer  ! . Marvin Bijou qui choisira de changer son nom , en Martin  Clément  ( nouvelle vie , nouvelle  identité ),  adoptant celui de la directrice d’école qui lui a ouvert la voie, vers sa nouvelle vie. Ce dernier qui a fait de son « seul sur scène » un «  cri » libérateur  , n’ accablera pas sa famille . A l’image de son père       ( belles retrouvailles… ) qui en devient touchant et finit par l’accepter, tel qu’il est, et lui dira: « il faut avoir des couilles , pour faire ce que tu as fait!  ». La cinéaste cherchant , elle , avant tout à décrire  la part d’humanité de ses personnages dont elle préfère relever le poids qu’ils portent de leur condition , et la part de « …l’inculture qui dépose en eux des phrases parfois térrifiantes qu’ils prononçent. Ils le font presque à leur insu : ils pensent de là où ils sont, avec des codes enfermants. Pierre Trividic mon co-scénariste et moi ne voulons pas les juger », dit-elle.

Le beau travail sur la photographie d’Yves Angelo, sa stylisation et son rapport et approche  ( cadrage ) des personnages , souhaitée par la cinéaste . La mise en scène qui suit Marvin et son point de vue , avec une belle harmonie des sauts dans le temps où s’entremêlent et se répondent subtilement les séquences sur l’enfance et l’âge adulte. Le non moins passionnant travail sur l’imaginaire et la créativité , avec l’utilisation des projections d’images sur le mur de la chambre de Marvin, en train d’écrire . Le rythme insufflé par le montage et la cohésion muscicale , comme la superbe et magnifique direction d’acteurs ( y compris des non-professionnels ) dont la cinéaste a le secret. Tout contribue à la réussite de ce superbe regard porté sur la différence et l’acceptation de soi. A voir sans hésiter ..

(Etienne Ballérini)

MARVIN ou LA BELLE EDUCATION d’Anne Fontaine – 2017- Durée : 1h 53.

Avec : Finnegan Oldfield, Jules Porier , Grégory Gadebois, Catherine Mouchet , Vincent Macaigne , Charles Berling , Isabelle Huppert , Catherine Salée …

LIEN : Bande -Annonce du Film , Marvin ou la Belle éducation d’Anne Fontaine .

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