Cinéma : CHAVELA VARGAS de Catherine Gund et Daresha Kyi.

Documentaire et portrait passionnant – accompagné de  documents  d’archives et de témoiganges qui ne le sont pas moins – de la « l’icone »  de la chanson  Mexicaine , Chavela Vargas. S’appropriant la musique Ranchera et les chansons populaires destinées aux hommes,   par son comportement libre et rebelle brisant les tabous et  par ses interprétations habitées et passionnées, elle lui a offert la modernité et la gravité . Le superbe récit d’une destinée hors du commun…

Née en 1919 au Costa Rica déjà passionnée par la chanson dès l’âge de neuf ans elle chante dans les rues , devenue adolescente rêvant d’une  vie indépendante et libre elle quittera sa famille ( ses parents  avaient honte de son allure masculine …) et son pays pour s’installer au Mexique . Dans ce pays dont elle adpote la nationalité , le machisme ambiant et l’hypocrisie d’un certain ultra -conservatisme, vont contribuer à façonner son parcours par les difficultés qu’elle va rencontrer pour s’imposer . Passant de la rue aux cabarets de Mexico fréquentés par l’élite intéllectuelle et politique , elle va devoir y imposer une voix dont le timbre grave , tranche avec les clichés d’une certaine féminité dont les voix suaves accompagnent l’apparat vestimentaire, le maquillage et les déhanchements suggestifs des corps lors des danses sur scène . Le décalage de sa voix ,une présence sur scène qui ne cède pas aux clichés et un « habillage » du corps qui ne lui correspond pas , entraine une certaine indiféférence du public . L’idée lui vient alors de s’appoprier , à sa manière, ces musiques et ces chansons d’amour et de ruptures chantées par les hommes dont les textes ont une résonnance universelle. En même temps qu’ils peuvent être chantés par une voix fémine exprimant elle aussi son amour pour un homme ( mais pas que …) ou le désamour, dont on porte la souffrance . Le choix d’habits androgynes , et notamment le port du pantalon (accepté sur les  scènes des  cabarets ) accompagné du traditionnel poncho, donne dès lors une autre perception du public à ses prestations habitées . Le pari est gagné , le succès est au rendez-vous …

Chavela Vargas , Légende de la chaosn Mexicains ( Crédit Photo: : Bodega Films) Films )

Dès lors les portes ne se ferment plus , les cabarets se remplissent pour l’entendre et la voir sur scène , le « tout » Mexico s’y retrouve aux côtés d’un public interlope . Ce public interlope  qui en fait aussitôt un modèle dans lequl il y retrouve sa « différence » . Cette différence qu’il faut continuer à cacher sur la grand place et cantonnée encore à la scène, mais qui va cependant par le succès des chansons s’imposer dans les cœurs , via les disques , la radio et la télévision naissante des années 1950. Elle  va pouvoir poursuivre son chemin de vie et s’imposer dans une société machiste , où il faut à la fois savoir jouer des coudes et se montrer – en femme – à la hauteur des hommes !. La rencontre décisive avec un auteur-compositeur-interprète , roi de la chanson populaire , José Alfredo Jimenez qui deviendra le compositeur de ses plus grands succès . D’autres rencontres décisves avec des artistes peintres  de renom,comme Frida Kahlo et Diego Rivera. Mais aussi celles avec des Stars d’Hollywood des années 50 ( Elisabeth Taylor , Ava Gardner …) , qui viennent séjourner au Mexique . Tout un bouillonnement de l’Univers de la culture dans lequel elle se plonge et mutiplie rencontres et liaisons secrêtes . Elle met tant de cœur à s’y faire accepter qu’elle va plonger aussi dans les travers , l’alcool notamment, dont l’addiction dans laquelle elle sombrera ( l’évocation épique des week-end de saoûlerie avec José Alfredo Jimenez…) , va être à l’origine de l’arrêt moméntanée ( mais douze ans quand même…) de sa carrière . Une plongé dans l’oubli et la solitude qu’elle mettra à profit pour s’ ouvrir à une autre quête , spirituelle celle – là , Dieux mexicains et initiation par des amis indiens au chamanisme ,elle sera surnommée «  la Cuplama » . Une traversée du désert où :«  elle s’est retrouvée à vivre dans les rues et de la générosité des passants » , dont elle surmontera les épreuves …

Chavela Varags en panatalon défie les regards ( Crédit Photo: Bodega Films )

Habilement les deux réalisatrices , du chemin du succès à celui de sa renaissance parsemé de rencontres et d’expériences exceptionnelles de cette rêveuse idéaliste  à la fois « pionnière » audaciesuse et insaisissable , ont choisi d’en proposer autour des multiples documents , une approche originale . Défiant la régle de la linéarité et de l’évolution de son parcours au fil du temps , elles proposent une approche où ménsonges et vérités ( qu’elle -même a pu entretenir pour donner le change ..) qui se sont dites sur son parcours et ses dérives ( alcool …) et aventures féminines multiples , y trouvent tout autant la place que ses confidences sur ses souffrances , et son rapport au monde . Celui dont elle dit « …toute ma vie j’ai été une femme avec du caractère . Même enfant je me suis «  faite toute seule » . Personne ne m’a jamais dicté comment je devais me comporter. J’ai tout appris par moi-même, à travers les larmes , la souffrance , la joie , les vérités et les mensonges » . Les documents s’enchainent avec en fil-rouge,cette interview qu’elle a accordée au début des années 1990 lors de sa période sombre  aux deux réalistatices . Elle s’y confie sans détours en même temps qu’elle refuse de s’apesantir sur le passé «  ne me demandez pas où j’ai été , demandez-moi où je vais », leur dit-elle à un moment . Comme si , à 71 ans , dans sa tête le combat de sa vie n’était pas achévé et que le préssentiment (?) d’une possible renaissance , l’éffleurait . Il y a tant de chose en effet dont elle rêvait encore …

Chavela Vargas , Poncho et Pantalon , a trouvé sa tebue de scèbe … ( Crédit Photo : Bodega Films )

Pour arriver au bout du chemin, et y « trouver la paix » . Alors qu’elle était en pleine dépréssion après une rupture amoureuse , des contacts et des rencontres ont lieu et l’idée germe d’un retour sur scène de celle que beaucoup croyaient « morte »,mais dont les chansons sont restées vivaces dans les mémoires . L’incroyable se produit lors du premier spectacle de son « come back » , le public reprnd en cœur ses chansons. Bouleversée elle ne veut  plus s’arrêter et la scène devient sa nouvelle « addiction » . Elle rêve alors de se produire sur les plus grandes. Le «  volcan » comme l’appelait son admirateur et ami Pedro Almodovar , faisait à nouveau irruption et laissait jaillir sur scène sa vie en chansons . Le public subjugué en redemandait. Pedro Almodavar la soutiendra dans ce parcours , lui , son admirateur de toujours dont les chansons de Chavela (   » sa voix fait partie des scénarios » ,  dit le cinéaste  ) font partie de la bande originale de ses films ( Talons aiguilles / 1991, Kika / 1993, La fleur de mon secret / 1995, en Chair et en os / 1997 etc), tant elles collent si bien aux personnages qui en sont les héros . Pedro Almodovar l’accompagnera tout au long de son dernier parcours . C’est lui qui la fera venir en Espagne où elle triomphera , puis l’accompagnera sur les scènes dont elle rêvait , le Carnégie Hall de New- York , de l’Olympia Parisien . A ce sujet – superbe séquence où on le voit inquiet car elle n’y était pas connue-,  ameuter le « tout Paris » pour remplir la salle … qui chavirera sous le charme et l’émotion de ses interprétations . Le dernier triomphe de la « diva » c’est au Mexique qu’ elle réalisera son rêve de chanter dans l’immense salle du Bella Artes de Mexico , malade presque chancelante, l’énergie de la communion  avec son public , la tiendre debout!. Elle décède en 2012 à l’âge de 93 ans , après la tournée triomphale de son dernier album «  la Luna Grande » dédiée au poète Fédérico Garcia Lorca . «  Adieu Chavela, Adieu Passion. Ton époux dans ce monde, comme tu aimais m’appeler » , sera la signature du bouleversant texte d’Adieu que Pedro Almodovar, dédiera à Chavela Vargas…

Ne manquez pas ce magnifique documentaire qui à l’issue de la projection vous donnera envie de vous précipiter dans les magasins ( ou sur internet) pour y trouver les  albums des magnifiques chansons  et interprétations de  Chavela Vargas .

( Etienne Ballérini)

CHAVELA VARGAS , documentaire de Catherine Gund et Daresha Kyi – 2017- durée:1h 33 –

LIEN : Bande-Annonc du film: Chavela Vargas de Catherine Gund et Daresha Kyi.

Note : Chavela Vargas a enregsitré 80 disques en 50 ans de Carrière. Des albums originaux , réeditions et des compilations récentes sont disponibles . Parmi d’autres : ,Augustin Lara et José Alfredo Jimenez , ont étés les compositeurs de nombreuses chansons et de ses plus gros succès.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s