Cinéma / LE MUSEE DES MERVEILLES de Todd Haynes .

Le nouveau film du cinéaste de  Loin du Paradis (2003) et de Carol ( 2016 ) , adapté du roman de Brian Selznick ( auteur d’Hugo Cabret ) suit sur deux époques différentes le parcours de deux jeunes enfants. Tous deux ,cherchant à surmonter leurs handicaps qui les isolent . Rêves et téléscopages temporels , aliénation , transmission , romanesque et mélo sublimés par leur quête fascinante . Un grand film.

Julianne Moore et Oakes Fegley ( Crédit Photos : Metropolitan Filmexport  )

Rose et Ben . Cinq décénnies les séparent. Tous deux rêvent de vies différentes et se raccrochent à des modèles . 1927 : Rose, 12 ans ( Milicent Simmonds ), est née à Hoboken ( New Jersey ) , elle est née sourde et vit avec son père qui a honte d’elle . Rose se réfugie dans le cinéma et rêve de rencontrer une grande actrice du muet dont elle est fan. Elle va quitter sa ville natale et se rendre à Manhattan dans le théâtre de Bra=oadway où cette dernière se produit sur scène . 1977 , Ben ( Oakes Fegley ) , vit dans la maison familiale de Gunflint dans le Minnesota , et rêve de ce père qu’il n’a pas connu .Lorsqu’il découvre dans les affaires de sa mère ( Michèle Williams ) une mystérieuse dédicace qui pourrait être de ce père , dont l’absence lui manque . Malgré le récent handicap provoqué par un accident ( la foucdre ) qui lui fait perdre  ( momentanément?) l’audition , il décide d’affronter , la « jungle » des bruits de la ville de New-York pour tenter de le retrouver . La belle idée du récit , au delà du lién de la surdité , c’est aussi celle du téléscopage de deux époques et de deux trajets dans la temporalité, ,  qui vont s’y croiser et se rejoindre , au cœur du Museum d’histoire naturelle. Dans une belle dimenson circulaire dont le récit qui « joue » sur un va-et-vient perpétuel ,et sur le « signes » qui semblent faire lien, remplir les vides et les intérrogations . Un jeu « subtil » dans lequel le spectateur est convié, à y prendre le même élan que les héros…

 Rose  ( Milicent Simmonds) –  crédit photo :  Metropolitan Filmexport .

Celui des mystères de la vie que la magistrale scène finale offrira , en forme de dénouement . Le scénario que l’auteur du livre, ( par ailleurs grand fan de cinéma …) a écrit lui- même d’après son roman , trouve dans la matière même du cinéma, les éléments à la fois visuels et sonores du « lien » et du rapport des deux enfants au monde extérieur et à leur quête . Le cinéma Muet de l’époque de Rose lui permettait d’oublier son handicap et d’être à égalité  avec les autres spectateurs face à l’écran. Mais la révolution du parlant la privera de ce partage et va la renvoyer à son handicap , à sa solitude en la coupant du monde. L’alternance entre le muet et le noir et blanc , puis la couleur et le sonore qui s’installe dans le traitement de la période des années 1970 et de la quête de Ben avec son audition perdue , dévient un déferlement dont il va devoir réapprendre à décrypter les correspndances . Celui dont l’absence de l’enseignement du langage des signes qui est pointée ici, révéle la soudaine impuissance à laquelle il doit faire face dans son rapport aux autres, et réinventer une forme de communication, pour y pervenir . La thématique de la transmission et de l’aliénation dont l’oeuvre du cinéaste résonne avec celle de l’écrivain , y est au cœur des deux itinéraires . La confrontion de ces deux héros a des circonstances extraordinaires, à leur rapport au monde et à leurs tourments , et ce qu’elles se renvoient  comme échos de mystères et d’étrangetés , offrent une approche du récit et du film toute autre. A cet égard , le travail sur les silences , les sonorités diverses est remarquable , ainsi que celui de la musique ( L’évocation de celle  qui accompagne l’Odysée de l’espace de Kubick , et les chansons de David Bowie et Bob Dylan …) qui accompagne les séquences des deux destinées…

Jaden Michael, Oakes Fegley, et  Julianne Moore ( crédit Photo :  Metropolitan Filmexport ))

Film sur l’exploration de l’enfance , il puise dans tous les possibles de l’exploration artistique , et  dès lors  la conquête de Ben et Rose dévient Universelle. Celle du nouveau monde qu’ils découvrent. Celui dont leurs pas dans la ville et sa découverte , vont leur permettre de s’inventer leur propre avenir  en le confrontant au passé et à la peur , en allant à la docouverte  des autres et du monde qui s’ouvre à eux . L’emblématique rencontre temporelle de Rose et de Ben dans le Musée des Merveilles de la fiction – dont la maquette du Queen’s Muséum réalisée pour l’exposition de 1964 , qui sert de décor-refuge ( avec ses secrets…) aux enfants – renvoie à cette dimension cosmique évoquée . À l’image de cette météorite qu’ils vont découvrir en arpentant les galleries du musée. Un lieu ouvert à tous les possibles . L’immensité de l’Univers étoilé va finir par s’ouvrir à eux . Celui qui fait rêvér , comme le cinéma , avec ses étoiles ( stars ) d’hier et d’aujour’dhui. La reconstitution , l’attention au détail , les formes artistiques qui se téléscopent, le réalisme et l’artifice ( du cinéma ..) , sont les éléments créateurs d’émotions que Todd Haynes utilise pour créer, le « dialogue » avec le spectateur . Celui, que les films mélodramatiques du muet, ou ceux plus récents du cinéma parlant , que la machine à rêve de « l’entertainment » Hollywoodien ( y compris , via l’animation…), a fabriqués . Les références multiples utilisées par le cinéaste , se font l’écho magnifique de cette découverte par les deux enfants de « l’aube infinie de la vie » , et les désirs et rêves qui y  conduisent ..

Les magazines de cinéma et leurs images des stars que Rose feuillette;  les mots du père et cette dédicace retrouvée par Ben dans les affaires de sa mère . Deux « signes » déclencheurs qui vont les conduire à la découverte de nouveaux horizons . L’obscurité de la salle de cinéma , la panne d’électricité qui plonge Manhattan dans le noir en 1977. L’obscurité de la salle qui ouvre à la lumière de la projection sur l’écran et les lumières de la ville qui reviennent .Ces lumières qui ouvrent l’horizon vers lequel les deux enfants vont se laisser porter pour franchir les obstacles ,et surtout , s’ enrichir de tout ce qui va s’ouvir à eux . S’inscrire dans le monde et se l’appropprier . La transmission, mais aussi s’inventer et se construire sa propre destinée….

(Etienne Ballérini)

LE MUSEE DES MERVEILLES de Todd Haynes – 2017- Durée : 1 h 57-

Avec : Oakes Fegley, Julian Moore, Milicent Simmonds, Michelle Williams, Jaden Michaêl , Tom Noonan

LIEN : Bande -Annonce du film , Le Musée des Merveilles de Todd Haynes .

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