Théâtre / BAR, de Spiro Scimone

Je ne saurais trop vous recommander cette pièce courte mais intense  de Spiro Scimone. Cet auteur est né en 1964 à Messine, grand port du Nord-Ouest de la Sicile. C’est avant tout un homme de théâtre, acteur et metteur en scène, ce n’est que secondairement qu’il s’est lancé dans l’écriture dramatique: et c’est en homme de théâtre qu’il conçoit sa dramaturgie, à l’instar des Goldoni, Gozzi, De Felippo ou encore Dario Fo ; ce qui correspond à une certaine tradition italienne de l’écriture théâtrale.
Ses premiers textes théâtraux furent destinés à sa troupe, pour des acteurs qu’il connaissait, dans la langue de son enfance (le dialecte de Messine). Mon écriture est une écriture d’acteur. D’acteur, parce que je suis un acteur et que l’acteur – l’humain – est l’essence du théâtre. Les mots sont réalistes mais l’écriture, par des répétitivités, des fantaisies, nous arrachent d’un hyperréalisme : nous sommes bien au théâtre, c’est-à-dire à un lieu où la parole nous sort définitivement du quotidiannisme (je sais, c’est un barbarisme, mais pouvez-vous vous attendre à quelque chose d’autre de la part de quelqu’un s’appelant Barbarin ?)
De quoi parle ce « Bar » ? De quatre jours de la vie de Nino et Petru. Dans l’arrière-salle d’un zinc peu fréquenté ; l’un rêve de servir des cocktails dans un établissement de catégorie supérieure, l’autre, au chômage, fricote avec la petite mafia et perd invariablement aux cartes. Deux losers blottis dans le bar où ils ont échoué.
Nino et Petru ont des problèmes de fric. L’un vit chez sa mère, l’autre est marié, mais n’ose plus rentrer chez lui depuis qu’il a échangé les bijoux de sa femme contre une poignée de lires et une proposition de boulot louche par un petit truand de la Mafia.
Il y a du Beckett dans ces deux petits personnages là : ils n’attendent pas Godot mais « quelque chose » dans laquelle ils ont désespérément foi  et dans cette désespérance ils sont touchants. Chacun veut amener l’autre dans son rêve même si chacun sait, à sa manière, que c’est foutu. L’humanité et la force comique propre au style de l’auteur nous rendent ses personnages plus proches de nous que les clowns philosophes de Beckett.
Ici le décor est fondamentalement le premier plan, il nous renvoie en immédiateté la misère de ce lieu et, à son entier inverse, l’inaccessibilité de ceux qui vont y vaquer. Dès leurs premiers échanges, on devine que ceux qu’ils craignent sont les mêmes qu’ils espèrent, c’est leur Godot. Chacun veut amener l’autre dans son rêve même si chacun sait, à sa manière, que c’est foutu. Juste une heure de théâtre mais intense et qui nous ramène à nous-mêmes.
Le nom de la compagnie, « Oléa », c’est la racine latine du mot olivier. «  Nous nous revendiquons d’un théâtre « Méditerranéen » Grecs, Libanais ou Niçois, nous partageons des valeurs, des accents et une cuisine commune. L’olivier est le plus beau symbole qui soit  » affirme Jérémy Lemaire, le metteur en scène. Et Florent Chauvet, l’un des acteurs, d’expliquer : « Nos racines italiennes, l’amitié et le plaisir de la scène nous réunissent depuis l’enfance, voilà pourquoi nous avons choisi ce texte à mi-chemin entre Beckett et Pagnol. »
Allez voir ce Bar – là, vous allez prendre une bonne tranche d’humanité. C’est si rare en ces temps.
J’ai vu cette œuvre en novembre 2015 au Théâtre de la Cité, le théâtre de la compagnie Miranda. Fin juin, j’ai écrit un article sur les compagnies niçoises présentes en Avignon. Il y avait 7 spectacles. Sur ces 7,  il y en avait 4 que j’avais vues au théâtre de la Cité. Moi, j’dis ça, j’dis rien…

Jacques Barbarin

 Bar, de Spiro Scimone, par la Compagnie Oléa, mise en scène Jéremy Lemaire, avec Florent Chauvet et Clément Vieu – Théâtre Francis Gag 4 Rue de la Croix, 06300 Vieux Nice 04 92 00 78 50
Jeudi 16 novembre 20h 30

 

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