Cinéma / LES CONQUERANTES de Petra Volpe.

L’évocation du combat des femmes pour obtenir le doit de vote en Suisse et le vécu de celui-ci au cœur de la petite ville d’Appenzell, lors de  l’année 1971 qui vit la Suisse –  jusque là un des rares pays resté à la traîne- accorder au niveau fédéral , ce droit aux femmes. Le troisième , et surperbe long métrage, de la cinéaste Suisse a été couronné au Festival International de Tribéca.

l’Affiche du film;

D’emblée on peut souligner que le film a le mérite et l’originalité , au- de là de ses qualités artistiques, de se pencher sur un sujet dont beaucoup de gens – dont votre serviteur – ignoraient jusqu’à ce jour que ce droit fondamental fut accordé si tardivement dans cet était Fédéral Européen de 26 Cantons ayant conservé sa neutralité politique et financière . Pourtant la frontière commune avec la france , l’Allemagne , l’italie , l’Autriche et le Lichtenstein et l’activité économique et banquière en même temps que le multi-culturisme de l’immigration des pays proches ou plus lointains , aurait pu laisser penser le contraire . D’autant que s’agissant du suffrage universel Masculin , la Suisse  fut avec la France , un des tous premiers pays à introduire la démocratie directe.  Une forme de  persitante du sexisme et d’une vision culturelle traditonelle et religiesue du rôle de la « femme au foyer » et «  propriété masculine ». D’ailleurs cette victoire arrachée en 1971 , ne le fut pas dans certains cantons où il fallu attrendre les années 1990 pour faire céder les résistances ! . Il  est aussi  significatif que ce droit de vote obtenu par référendum , il aura fallu aux femmes attendre plusieurs années encore pour que le principe d’égalité mari / femme , leur soit accordé …en 1988!. C’est ce long procéssus du combat des « suffragettes » d’Appenzell contre le conservatisme, dans lequel le récit de la  cinéaste nous entraine…

Nora  ( Marie Leuenberger ) prend confiance et la parole dans un meeting ( crédit Photo: Version Originale Condor )   

La séquence d’ouverture et les images d’archives sur les événements de 1968 dans le monde , le « flower power » et de la révolution sexuelle , semblent bien loin du quotidien de cette petite ville Suisse où vivent Nora (Marie Leuenberger, une très belle vitalité et présence ) son mari et ses enfants . Pourtant des « frémissements» y sont perceptibles – après l’échec du premier référendun en 1959, où seuls les cantons de Vaud et de Neuchatel on voté en faveur du droit de vote – alors que s’annonce la nouvelle consultation précédée de la grande manifestation organisée par les groupes féministes à Zurich. Et puis il y a ces jeunes filles qui rêvent de liberté et que l’on brime  à l’image de l’une d’elle – sa nièce – qui veut s’émanciper et qu’après une fugue ,   on enverra en prison puis  en centre de redressement pour mineures. Vies soumises et gâchées . Nora ne supportera pas la « violence » du rejet de sa nièce , et elle la découvrira  cette violence , aussi auprès de son mari, Hans ( Max Simonischeck) lorsqu’elle envisage de travailler. Une « émancipation » qui n’est pas souhaitable  pour ce dernier qui se réfugie derrière la loi : «  le mari peut interdire à sa femme de travailler » . Déboussolée et irritée, l’approche du référedum ravive en elle l’idée de s’affranchir et s’affirmer sur l’égalité des droits face aux hommes, elle décide de s’engager auprès  des rares « combattantes » d’Appenzell . L’opposition et les « lazzis » auxquels elle s’exposera ne feront que renforcer son choix et la durcir au combat,.. jusqu’à mener une « grêve générale des femmes au foyer » déclenchant la fureur de ces méssieurs,  contraints de se convertir aux tâches ménagères !..

Manifestation de Zurich : Nora ( Marie Leuenberger) , à gauche : Vroni ( Sybille Brunner )- Crédit Photo: Version Originale Condor- 

La cinéaste installe , dans le cadre de cette petite ville de province en forme de carte postale – ses montagnes enneigées en arrière-plan , ses collines, ses petites fermes , ses habitants engoncés dans les traditions ( le premier titre du film était : l’ordre divin ) et le conservatisme – où va s’installer le débat politique . Elle en restitue , le climat de l’époque par un remarquable travail de recherches d’archives et documents qui lui ont permis  une première ébauhe  sur  l’authenticité  du travail et de la vie quotidienne  ( outils, meubles , costumes , intérieurs des maisons et autres lieux…). L’importance du cadre réaliste dont l’écriture des personanges et inspirée également de ces recherches ( c’est le cas de celui de Nora ), ou d’autres symbolisant des situations particulières . Qu’illustre ,par exemple  le beau personnage de Vroni (Sybille Brunner , émouvante ) dont le mari a mené une vie débridée et a totalemet gaspillé  l’argent du restaurant dont elle était propriétaire , la laissant totalement dépendante de sa fille . Il y a aussi l’autre beau personnnage de la jeune italienne jadis immigrée en Suisse, puis en est partie et qui y revient… pour reprendre le restaurant en question . Celui-ci , va devenir leur « lieu » des réunion , et aussi leur refuge lorsque les tensions,  se ravivent avec les maris . Puis , au delà des portraits masculins et du poids de la réligion illutsré par le curé de la paroisse , évoquant la bible et la « soumission des femmes à l’odre de Dieu » pour fustiger le futur référendun . Dès lors au cœur du récit, s’invite la réflexion sur cette « soumission » via laquelle la cinéaste met en valeur un élément crucial expliquant les raisons de l’obtention si tardive de ce droit de vote féminin  due à une forte opposition… des femmes!.

Nora ( Marie Leuenberger ) et son mari ( Max Somonischek) , ensemble aux urnes le jour du vote ( Crédit Photo: Version Originale Condor )

Un élément dont la cinéaste explique qu’il est lié à la  découverte faite  lors de ses recherches,   de documents , révélant qu’elles  «  étaient souvent très instruites, diplômées,         « chefs de village », avec de bonnes situations, et peut-être ne voulaient-elles tout simplement pas que leurs cuisinières aient droit de parole. Quand on regarde des interviews de certaines d’entre elles, on perçoit une certaine satisfaction dans la soumission. C’est un comportement courant pour les personnes qui n’ont aucun pouvoir – elles disent juste : « Nous n’en avons pas besoin ! ». Ces femmes s’opposant à l’égalité des sexes, dans une obéissance respectueuse, plus énergiquement que la plupart des hommes… » . Et sa transcription l’illustre magnifiquement dans le « duel » qui oppose lors d’une réunion publique , Nora et la patrone de l’entrerpsie où travaille son mari. Un des moments forts du film , lorsque cette dernière lui dit , forte de son influence et de son pouvoir  « les femmes en politique, c’est contraire à l’ordre de Dieu … Heuresement que votre avis ne compte pas ! ». Plus que l’opposition des hommes ,  c’est par la prise de conscience des femmes , que le rapport des forces s’inversera.  On pourrait d’ailleurs rapprocher  les beaux personnages de son film   et le regard  – sensible et juste-  qu’elle leur porte,   à celui  dont ken Loach éclaire ses films. L’éveil de Nora à l’engagement politique,  et à l’éducation sexuelle  lors de l’amusante scène  en marge de la manifestation de Zurich , offre un bel écho à la  très  belle  scène finale des retouvailles de Nora et son mari , après, le verdict du référendum. Au delà de la belle vitalité que la cinéaste donne au combat d’hier de Nora et ses amies, son film revoie  aussi , la réflexion au présent. Sur la nécéssité du « du courage civil , de se battre , faire entendre sa voix » afin de faire face aux atteintes dont elles sont l’objet « avec la montée des politiques de droite conservatrice… » , dont le contrecoup du retour au Sexisme et aux rôles prédéfinis «… porte préjudice à nos communautés tant d’un point de vue économique, social que politique. Plus une société est équitable/égalitaire, meilleure elle est – c’est un fait statistique », dit-elle

Pour la qualité de son travail et de son scénario,  le film a conquis les jury et les publics des Festivals de Trébica à New York (Trois Prix : Meilleure actrice, Meilleure réalisatrice , prix du public ) , mais aussi ceux de Zurich et de Soleure en Suisse, où il remporte un beau succès . On vous le recommande fortement …

( Etienne Ballérini )

LES CONQUERANTES de Petra Volpe – 2017- Durée : 1h 37.
Avec : Marie Leuenberger , Max Somonischek, Racchelr Braunschweig, Sibylle Brunner, Marta Zoffoli, Bettina Stucky …

LIEN : Bande-Annonce du film, Les Conquérantes de Petra Volpe.

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