Cinéma / CORPS ET AME de ILdiko Enyèdi .

Au cœur d’un abattoir animalier, où deux employés mus par des pulsions refoulées , se rêvent en animaux . La cinéaste Hongroise  emploie la tonalité de la fable  pour  une réflexion originale, inattendue , envoutante et passionnate sur la déshumanisation , la souffrance animale et humaine servie par une réalisation de premier ordre . Ours d’or au festival de Bernlin 2017 .

l‘affiche du film.

Les premières images , nous immergent donc au cœur d’un abattoir moderne dont le réalisme documentaire décrit la mécanique bien huilée qui conduit les animaux à la mort.  L’attente des bêtes dans l’enclos , puis les étapes du passage guidé vers la salle d’abattage jusqu’au coup de pistolet fatal et la découpe qui s’ensuit. La froide mécanique de la mort en marche dans cet abattoir moderne,  dont les plans qui la décrivenr en disent long sur le sentiment de « distance » des employés , vis à vis de l’acte accommpli. Tout y est réglé dans les moindres détails et le personnel  à qui sont attribuées les différentes tâches             ( découpe , néttoyage ) en complément des machines qu’il manipule  , les accomplit avec le même gestuel répétitif quotidien. Le soir venu , l’abattoir néttoyé du sang des bêtes retrouve sa blancheur et le silence. Au cœur de cette entreprise que ressentent les hommes et les femmes qui y travaillent, et y vivent au quotidien le rituel de la mort animale ? . La quesion au cœur du récit , la cinéaste Hongroise va l’explorer sous un angle nouveau et surprennant , où la tonalité de la fable lui permet les audaces stylsitiques , en même temps que l’opportunité d’une intérrogation empreinte d’une dose d’humour sur le progrès comme facteur de déshumanisation . «  Ce film, comme les précédents, est né de mon désir de parler de ma vision de la condition humaine et de nos choix de vie (…) L’entreprise où se déroule le film n’est pas l’un de ces abattoirs vieillots et maculés de sang. Il s’agit d’un espace moderne, impeccable et bien organisé, respectant scrupuleusement le règlement. Elle est le miroir de la société occidentale » , dit la cinéaste …

Rencontre du cerf et de la biche dans la forêt enneigée ( Crédit Photo : Le Pacte Distribution)

Habilement , elle ouvre le film sur la superbe séquence de la rencontre d’une bîche et d’un cerf dans la forêt , approche amoureuse et quête commune de nourriture sous le sol enneigé. Et lui oppose dans la scène suivante, le rituel de l’abattage décrit ci-dessus . Le bestiaire qui avait déjà un rôle important dans son film, Mon XX éme Siécle qui l’avait faite découvrir au Festival de Cannes ( Caméra d’or du meilleur premier film en 1989 ), elle y revient dans Corps et âme , utilisant le référent animal… comme introduction à l’histoire d’amour humaine. A cet égard est significative la scène du même regard  et d’une même perception de la vie partagée , porté sur le soleil par lesyeux humains ( une vielle dame , puis Maria et Endre , les deux héros du film ) et par ceux d’une vache , sans doute une de celles qui passera par l’abattoir! . Puis cette séquence de l’intérrogatoire pour la sélection d’un futur employé de l’abattoir où est testée sa capacité à faire face à ce travail où il faut faire preuve , d’une certaine force et « distance » par rapport à la finalité , consistant à donner la mort sans état- d’âme, à un animal . C’est cette réalité là d’une « cruauté civilisée » , dont la cinéaste à choisi d’en explorer , conséquences et effets , dans le cadre de cet abattoir , où va se développer une rencontre et une histoire d’amour entre Maria ( Alexandra Borbély ) et Endre ( Géza Morcsànyi ) . Maria la nouvelle «  contrôleuse qualité » de l’usine, et Endre son supérieur et directeur . Tous deux devant faire face à des handicpas qui les rendent vulnérables et  s’en protégent par des postures . Elle , belle blonde au regard de bîche cache sa sensiblilté derrière une rigidité qui fait fuir et la rend vulnérable . Lui, introverti et avec son handicap d’une bras inerte et son expérience des coups et bléssures que l’on peut faire à l’autre , se renferme , comme elle , dans sa cage protectrice …

Endre ( Géza Morcsànyi ) et Maria ( Alexandra Borbély ) – Crédit Photo: Le Pacte Distribution –

Un repli sur soi qui ne fait qu’amplifier leur malaise en névrose , et les fait se renfermer encore plus, au monde exterieur . En une sorte d’exclusion totalement assumée, ces deux animaux- là , se détachant volontairement de la meute, cantonnés dans un rôle . Mais le danger , c’est de s’exposer encore un peu plus au mépris , et au rejet des autres . C’est bien ces « lazzis » que Maria et Endre vont devoir affonter au quotidien , même si , pour Endre dans son rôle de directeur c’est un peu plus facile de faire face aux rapport de forces . Et cet isolement va finir – tâtonnements et esquives à la clé – par les rapprocher dans une sorte de non-dit . C’est la belle idée du récit et du film que ce rêve d’incarnation animale , fait chacun de son côté . Dont le secret gardé pour les raison évoquées, va finir par être éventé à la faveur d’un incident . Celui provoqué par l’introduction d’une aphrodisiaque pour bovins dans les plats de la cantine provoquant un scandale ( soirée sexuelle débridée du personnel),  une enquête de police et l’intervention d’une psycholgue , dont on vous laissera découvrir les déatails des investigations . Au cœur de celles-ci , cependant , le rêve commun de Maria et Endre jusque là non avoué à l’autre , intrigue la psychologue qui croit à une plaisanterie mais veut en avoir le cœur net. Une confrontation des deux concernés à qui elle leur demande des explications. Le secret  sera éventé …les concernés vont-ils désormais pouvoir  y faire face ? . L’imaginaire et le réel vont-ils se rejoindre ? . Le spectateur pris au piége du suspense entroduit par la cinéaste avec la réplique quelques jours plus tard de Maria à Endre « c’était très beau … » qui pourrait, y laisser croire…

Maria dans son « home » se prépare à affronter le réel ... ( Crédit Photo; Le Pacte Distribution )

Privé de la  scène  de la  possible « concrétisation » , et pris dans le tourbillon des événements, le spectateur se retrouve plongé dans une nouvelle donne, où le suspense persiste . tandis que les concernés « déshinibés » tentent de se rapprocher  , à l’image de cette nuit passée ensemble dans le lit …sans concrétiser . Pourtant Maria s’investit dans le rôle expérimentant tous les gadgets qui pourraient la rendre indispensable et désirable aux yeux d’Endre . La tonalité de la comédie et de l’inattendu , qui s’installe ( elle regarde des films porno pour se préparer …) au cœur de cette  auto- formation d’apprentissage au réel , offre une belle dimension à la  «  dualité » qui paralyse nos héros encore taraudés par  leur rêves , et le déclic qui pourrait déclencher le passage à l’acte. A cet égard la  séquence de ses tribulations pour la recheche  du  choix de la musique  qui pourrait  accompagner une soirée  « amoureuse » avec  Endre , est  superbe ,  illustrée par  la belle chanson   » What He wrote »    interprétée par  Laura Marling.   Face à ces difficuléts des personnages à sortir de leur bulle , le regard du specatteur destabilisé volontairement par la cinéaste qui veut l’inviter «  à une confrontation directe avec les personnages,et avec lui-même » .  Afin de l’ouvrir en quelque sorte aux ressentis et blocages de Maria et Endre . Dans ce but le travail des deux comédiens , Alexandra Borbély ( une des plus grandes comédiennes hongroises actuelles ) et Géza Morcsànyi ( dont c’est le premier rôle  au cinéma… ), sont remarquables dans la manière de jouer de leurs corps , échanger les regards , et faire sourdre cette animalité qui le habite en même temps que leur vulnérabilité et leur humanité… renforcée par la mise en scène qui les scrute de son regard , où l’amplitude des cadrages et des plans sur les visages  habillent  leur dualité comme une caresse , celle d’une intimité qui finra par avoir raison de leurs malentendus . C’est superbe !. Un très grand film à voir sans hésiter …

( Etienne Ballérini)

CORPS ET AME d’ Ildiko Enyedi – 2017- Durée : 1h56 – Ours d’Or , Berlin 2017-
Avec : Alexandra Borbély , Géza Morcsàny , Réka Tenki , Zoltan Schneider, Ervin Nagy …

Lien : Bande- Annonce du film Corps et Âme de ILdiko Enyédi.

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