Cinéma / Arte Mare : Rencontre avec Michèle Corrotti, présidente d’Arte Mare

Si vous passez par le théâtre de Bastia au moment d’Arte Mare, vous aurez de très fortes probabilités de croiser Michèle Corrotti, présidente de l’association et déléguée générale du festival, sur place du matin jusqu’à très tard le soir pour accueillir les invités, mais aussi répondre aux questions des spectateurs et à celles d’éventuels (et éternels) grincheux, et, bien entendu, présenter les séances. Malgré un emploi du temps très chargé une Rencontre a pourtant été possible :

ARTE MARE 2017 - Michèle Corrotti
Michèle Corrotti, présidente d’Arte Mare (Crédit photo :Arte Mare)

Avant de rejoindre l’association et le festival Arte Mare vous étiez d’abord enseignante…
« A l’origine, je suis professeur de Lettres classiques. En 1992, 93 s’est ouvert à Bastia un enseignement cinéma et audiovisuel que l’on appelle (de façon très très vilaine !) les classes CAV… Cinéma et Audiovisuel. J’ai postulé pour enseigner… Déjà parce que j’adore le Cinéma et aussi parce que je pensais que ce serait un renouvellement de mon enseignement, car le latin et le grec ne me paraissaient pas avoir un grand avenir dans les lycées.
L’enseignement du cinéma existait déjà depuis plusieurs années et n’était donc pas au stade expérimental, mais il y avait tout à faire. Par exemple, nous avions très peu de matériel pédagogique. Mais en même temps c’était passionnant. Je me souviens du très bon accompagnement qui nous a aidé à consolider et parfaire nos connaissances, car nous n’étions pas forcément des spécialistes du Cinéma. J’ai en mémoire notamment un stage sur le documentaire à la Femis encadré par de jeunes réalisateurs ».

Passer de l’enseignement des Lettres à celui du Cinéma, c’est quand même très différent…
« La question de la légitimité a même été posée. Pourquoi les professionnels du cinéma n’enseigneraient-ils pas le Cinéma ? C’était une très bonne question. Si j’ai pris plaisir à l’enseigner, il était tout a fait normal que l’on donne aux jeunes étudiants en cinéma la possibilité de le faire également. Sur un plan personnel, cela a été un vrai bonheur. On se ressource quand on est obligé d’apprendre à nouveau. D’autre part, c’était beaucoup plus facile à enseigner… Traduire un texte grec demande un certain nombre de connaissances que les élèves peinaient à acquérir. Pour un texte littéraire, on a des difficultés à faire lire les élèves, alors qu’avec un film c’est beaucoup plus facile. Il y a l’immédiateté et les jeunes ont l’œil averti, une bonne oreille, une bonne écoute. Ce sont des interlocuteurs et le cour reprend alors la dimension qu’il ne devrait jamais perdre, pas celle du cours magistral d’un professeur chargé d’apporter la bonne parole, mais celle de l’échange. »

Dans ce contexte, vous rejoignez Arte Mare
« Dans un premier temps, j’ai travaillé sur les semaines thématiques (italiennes, espagnoles…). Cela m’a permis de proposer à mes élèves des rencontres avec des réalisateurs, des scénaristes, des monteurs, des directeurs de la photographie et bien sûr des acteurs. Dans un premier temps je me occupé de la programmations pour les scolaires de 1993 à 1996. Puis, après le départ de membres de l’équipe et de la réorganisation qui a suivie la programmation a été revue, je me suis alors plus investie .
A l’époque, la thématique se nommait le « portulan » (d’après un terme désignant une carte de navigation, utilisée du XIIIe siècle au XVIIIe siècle). Chaque année, à partir du choix d’un port de la Méditerranée, on associait une approche « arts mélés », comprenant entre autres, le cinéma, la littérature, la musique…C’était très passionnant, mais cela devenait de plus en plus difficile de faire venir des personnalités et à organiser. Pour des raisons budgétaires, il a fallu renoncer au « portulan ». Le festival n’a que très peu de professionnels, puisqu’il n’a recours qu’à un programmateur, à des projectionnistes et, depuis trois ans, à une attachée de presse. Comme beaucoup de festivals, Arte Mare repose essentiellement sur le travail et le dévouement d’une équipe de bénévoles. »

Déléguée générale du festival depuis 1997, vous êtes ensuite devenue présidente de l’association en 2004. Comment le festival a-t-il évolué ?
« J’ai connu plusieurs périodes en termes de « vaches maigres » et de « vaches plus grasses ». A une époque, il était plus dans la ville. Après les projections, nous allions dîner dans un petit restaurant de la ville et nous en profitions pour vendre des tickets aux Bastiais. C’était au mois de novembre, mais cela créait une certaine animation. C’était beaucoup plus marquant et bénéfique que des soirées organisées ou en boîte nuit. Après, il y a eu une période d’austérité. La programmation a elle aussi connu des changements. Elle a été un peu « élitiste », comme la rétrospective consacrée au cinéaste Jean-Daniel Pollet ou la présentation du Goût de la crise d’Abbas Kiarostami, film d’accès difficile. On montrait également les films dans tous les lieux de projection de la ville. Depuis quelques années on a l’impression, il faut rester prudent, qu’Arte Mare a trouvé un certain équilibre… La programmation a été recentrée sur le théâtre de Bastia, tout en ayant pour partenaire le cinéma « Régent » juste à côté du théâtre. De nouveaux bénévoles sont venus rejoindre l’équipe en place et c’est positif ».

Au niveau de la programmation, il y a quand même toujours une volonté d’innover (la compétition des films corses, celle des écoles de cinéma…), avec, aussi, une prise de risques…
« Arte Mare a toujours réservé une place au cinéma corse, mais la compétition n’existe que depuis deux ans. Même si l’expression « film corse » fait débat. Qu’est-ce qu’un « film corse » ? La question reste ouverte mais cela ne doit pas nous empêcher d’avancer. Quant à leur diffusion, une partie des films est produite par ViaStella (France 3 Corse) donc passent à la télévision… Cependant, ils méritent le grand écran, une diffusion en salle. Il faut voir les films dans les salles !
Pour les courts métrages, il y a déjà les « Nuits Med », un festival avec une compétition ouverte aux films méditerranéens. Plus modeste mais dynamique en terme de diffusion, puisqu’il associe d’autres villes de Corse. Celle d’Arte Mare devenait moins pertinente. Léa Maurizi, qui revenait du Canada après une formation cinéma, nous a proposé ce projet d’une compétition des films d’écoles de cinéma. L’idée était excellente et on lui a donné carte blanche. »

Quelle est l’affluence pour Arte Mare ?
« Il y a eu une période où la fréquentation stagnait autour de 7.000 spectateurs. Ces dernières années, on a enregistré une progression pour atteindre 10 à 11.000 personnes. »

Remerciements à Michèle Corrotti pour sa disponibilité.

Propos recueillis le mardi 10 octobre (Théâtre de Bastia – 35e Arte Mare)

Pour suivre la 35e édition d’Arte Mare : rendez-vous sur le site officiel.
Philippe Descottes

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