Cinéma / L’ATELIER de Laurent Cantet.

Palme d’or en 2008 avec Entre les murs, le cinéasre après son Retour à Ithaque ( 2014) poursuit son chemin et sa réflexion, avec cet « atelier d’écriture » auquel des jeunes en situation d’insertion, sont conviés. Exlporation de la thématique de groupe et ce qu’elle révèle au travers de ces confrontations d’idées, des enjeux auxquels, notre société moderne est confrontée.

l’Affiche du Film.

Son nouveau film , L’ Atelier poursuit d’une certaine manière l’expérience de la « classe » d’Entre les murs , en mettant  des jeunes adolescents de toutes confessions et races  de milieux défavorisés,  dans le  processus  d’écriture collective d’un roman . Sous la direction d’une écrivaine connue , Olivia ( Marina Foïs ) qui va les encadrer et les guider . Ils vont devoir en choisir le thème et en créer l’intrigue ( ce sera un roman noir , avec crime  à la clé…) , les personnages , ainsi que le mobile du crime dont les justifications doivent refléter le cadre local. Celui de leur ville de La Ciotat , qui a vu jadis « Un train entrer en gare ...» filmé par les Frères Lumière . Puis , puis plus tard , les déboires du chantier naval et sa fermeture il y a plus de vingt ans , dont les conflits et combats du passé, sont encore présents dans les mémoires. Comme le rappelle, la fille d’émigrés Algériens , Malika ( Warda Rammach ) «  Mon grand- prère qui y a travaillé,m’a raconté plein de trucs . Par exemple avant quand tu disais que tu étais de La Ciotat, il y avait de la fierté ». Mais aujourd’hui , une fierté qui n’ a plus de sens au sein d’une jeunesse qui se sent exlue dans une ville dont le cadre de vie , économique et social s’est dégradé au fil des ans,  et  n’a pas de perspectives d’avenir  . Un contexte , semblable à bien d’autres villes et régions Françaises , où le même type situations , ont  accentué chômage , exclusion et précarité . Dans ce contexte , Laurent Cantet nous propose de suivre ce groupe de jeunes qui y a grandi et dont les individualités, les particularistés , aspirations  ou dérives  reflétent d’une certaine manière les intérrogations d’une jeunesse d’aujourd’hui ,  fragilisée,en perte de repères et « perméable » comme Antoine aux influences néfastes …

La visite par le groupe des vestiges du chantier  naval  de La Ciotat. ( Crédit Photo: Diaphana distribution).

Au cœur d’un travail d’écriture, où les débats et les dissensions, comme c’était le cas dans la classe d’ Entre les murs , dont les individualités traduisaient au cœur de l’école leur mal- être,  préoccupations  sur leur future . On les retrouve  ici  ainsi que les ressentis   qui s’y font jour  : difficultés d’insertion, rejet  , repli sur soi , intolérance , inquiétude  envers un avenir plus que jamais en point d’intérrogation . Au cœur du procéssus d’atelier et ses échanges , les divergeances et conflits affleurent , provoqués par Antoine ( Matthieu Ricci , formidabe,  une vraie révélation… ) un jeune garçon solitaire sous influence des jeux vidéos et des réseaux sociaux , où  l’extrémisme et la haine sont présents. Les querelles, vont s’envenimer et la romancière à du mal – parfois – à y mettre de l’ordre. La haine et la violence dans laquelle le personnage d’Antoine s’est enfermé suscite  la curiosité de romancière  qui veut comprendre , et  qu’elle cherchera à utiliser et « canaliser » , pour faire avancer le travail de groupe et la réflexion créative.  Interpellant le groupe sur le  procéssus crétif , le positionnement de l’écrivain par rapport à ses personnages , et le point de vue à développer : un écrivain est-il forcément en accord avec le personnage qu’il décrit et les idées qu’il propose ,ou ,y a-t-il possibilité de confusion, voire de complaisance notamment dans la violence qu’ un récit , ou, un personnage peuvent véhiculer ?…

le groupe des jeunes  de l’atelier d’écriture réuni autour de Marina Foïs ( au centre ) – Crédit photo : Diaphana distribution –

Le débat s’installe et la parole libre où chacun aura son mot à dire . La focalisation sur Antoine dont les « idées » et sa manière radicale de les exposer en créant le rapport de forces, refusant le dialogue et l’écoute nécéssaire des autres qui le pousse à s’isoler et se renfermer encore un peu plus . Laurent Cantet n’a pas son pareil pour transcrire ces moments de vie collective . Il y inscrit surtout cette nécéssité de l’écoute , de l’échange de points de vues et l’affrontement des idées, comme éléments essentiels… du vivre ensemble et de la démocratie. Mais surtout la superbe idée du film , c’ est d’en proposer le cheminement et la réflexion , au travers de l’initiation à l’écriture et ce qu’elle révéle des mécanismes qui la définit . Antoine y servira de révélateur dans ce qu’il propose de sa vision du héros violent du roman :«  je transcris ce qu’il nous a dit au travers de son personnage, ça ne veut pas dire que je suis d’accord avec lui ! ». La fiction , le roman ( et le cinéma… ) peuvent se permettre celà . Une phrase -clé au cœur du film, qui dès lors , va changer la donne du regard , à la fois de ses camarades et  de l’écrivaine sur  Antoine , qui vont chercher ( et le cinéaste avec …) à comprendre  les raisons qui ont poussé Antoine , dans ce « refuge » dangereux . Et ce dernier qui au travers de ce procéssus  , y trouvera le «recul » lui permettant de percer les raisons qui l’ y ont poussé , et surtout , finira par mesurer ce vers  quoi , il  aurait pu  déraper et  être entraîné !…

Antoine ( Matthieu Lucci ) face à L’écrivaine ( Marina Foïs) – Crédit Photo : Diaphana distribution-

Au fil des séquences, la « défiance » va laisser  place au dialogue qui peut permettre de sortir de l’impasse . Celle qui faisait de l’écrivaine intéllectuelle Parisienne un étrangère à leur monde , et d’Antoine dont le mal -être  en fait , une « proie » facile  des  manipulations et  influences malsaines(  jeux vidéo induisant  la fascination pour les armes , et  le discours haineux et raciste  , de Luc Borel,  visionné par  Antoine sur  internet ), auxquelles  le rejet de ses camarades ne pourrait que l’y précipiter encore un peu plus vite . En décryptant une certaine forme de « crispation et de tension » dont le cadre de l’atelier va servir   de révélateur, Laurent Cantet fait un démonstration remarquable.  Celle de « l’état des lieux » d’une jeunesse , et plus largement , de notre société qui se radicalise et s’enferme derrière des barrièresjet  de re   ( communautaires, sociales , religeuses …),  dont  le personnage d’Antoine nous renvoie par sa prise de conscience salvatrice , l’espoir  ( la belle scène finale…) de  la possibilité de  se  sortir de l’impasse  ,  et  savoir  ( re)  prendre sa vie en main. Un sujet on ne peut plus important sur lequel le cinéaste nous interpelle . En nous faisant « vivre » littéralement cette approche, par le travail en amontt du tournage avec ses comédiens amateurs , dont il a été à l’écoute et utilisé leur propes mots et ressentis sur les thématiques abordées . Sa mise en scène et en espace , privilégiant la continuité des séquences lors des échanges  et  dialogues importants . Il fait vivre admirablement ce collectif et ses individualités, par une maîtraise incroyable de sa direction d’acteurs, offrant à son film la dimension d’un réalisme authentique et…bluffant.  Un supebe travail !.  Un film   qui en dit  long sur    » une actualité et une réalité  contemporaine  »  sur laquelle  Laurent  Cantet  ( avec son scénariste attitré ,  Robin Campillo), ont jugé nécéssaire  et urgent  de se pencher .  Un Grand film politique  à voir d’urgence .

(Etienne Ballérini )

L’ ATELIER de Laurent Cantet – 2017- Durée : 113 minutes –
Avec : Marina Foïs, Matthieu Lucci, Warda Rammach, Issam Talbi, Florian Beaujean, Mamadou Boundia, Julien Souve, Mélissa Guilbert , Olivier Thouret et Lény Sellam…

LIEN : Bande-Annonce du film ,  L’ Atelier de  Laurent  Cantet. 

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