Cinéma / UN BEAU SOLEIL INTERIEUR de Claire Denis.

La quête d’une femme divorcée qui s’intérroge sur son avenir amoureux , multipliant à la recherche du véritabe amour, rencontres et déceptions. L’écart entre le résultat de la quête et la fusion recherchée, espérée . Dialogues percutants, mise en scène au cordeau… et une Juliette Binoche étincelante.

Isabelle ( Juliette Binoche ) – Crédit photo : Ad Vitam distribution –

D’emblée la scène d’amour qui ouvre le film pose sêchement la situation , avec l’acte amoureux qui a du mal à aboutir à l’extase attendue , entre l’homme ( Xavier Beauvois ) et Isabelle ( Juliette Binoche ) qui s’impatiente . On sait d’emblée que, malgre l’insistance de l’intérréssé , l’aventure n’aura pas de lendemain . Isabelle tourne la page sans remords pour aller vers d’autres rencontres , et même, les mutiplier dans sa recherche obstinée destinée à lui prouver qu’elle est encore désirable, et que sa vie amoureuse ..n’est pas derrière elle . La cinquantaine et le questionnement sur le désir que la femme peut encore exercer , est au cœur du récit de la cinéaste révélée par Chocolat ( 1988) et les films qui ont suivi , dont on retrouve ici, l’originalité du regard. Claire Denis , influencée par Jacques Rivette , puis par wim Wenders dont elle a été l’ assistante , et Jim Jarmusch dont elle est grande admiratrice , a contsruit depuis , une œuvre ( documentaires et fictions ) , où l’aspect frontal et la radicalité sêche de l’approche des personnages comme de ses sujets , est devenue sa marque . Les « non-dits » ont aussi une grande place , ici , par une approche « fragmentaire » du récit et des situations ,  lui permettant des transitions pouvant paraître brutales d’une séquence à l’autre . Comme l’illustre la première séquence citée ci- dessus , où l’impatience d’Isabelle , la fait aussitôt se replonger dans le vif du sujet de sa quête …avec une autre rencontre, et de nombreuses autres qui vont suivre, lorsque l’offre ne correspond pas à son attente .

S’accrocher à l’autre … ou, laisser tomber  – Crédit photo : Ad Vitam distrivution-

Des transitions qui rendent bien compte de la détermination d’Isabelle, à se prouvr et se persuader qu’elle est encore désirable, enchaînant la ronde des approches des futurs amants afin d’ espérer y trouver , le bon . Mais cette ronde frénétique accentuée par les comportements et les mots échangés laissent très rapidement , poindre par les  « distances » qui s’installent ,  l’inévitable échec qui les ponctuent . C’est dans ce « constat » que le film et le récit trouve, une belle éfficacité traduisant cet inexorable, qui finit par mettre fin à une aventure qui n’en est pourtant qu’à une première approche . On pense parfois à la thématique de l’incommunicabilité, des films de Michelangelo Antnioni ( L’avventura , La Nuit , le désert Rouge )  . La brochette des rencontres et tentatives de séduction accentuée par le raccourci des « sauts dans le temps » , devient alors par la sêcheresse qui s’y inscrit , le moteur de la quête éperdue d’amour par Isabelle , confrontée à une réalité qui semble se dérober à elle . A cet égard la séquence finale de son recours en forme d’appel au secours , au voyant ( Gérard Depardieu ) destiné à la rassurer, est emblématique. La « confusion d’Isabelle » , est telle qu’il est le dernier recours pouvant lui ouvrir , un « possible » espoir . Au delà , cette scène  servie par l’imposante présence du comédien en « gourou » à la fois moraliste , lui recommandant de ne pas se disperser : «  …open, restez open … regardez le grand chemin de votre vie , et vous trouverez un beau soleil intérieur » . Ce dernier , restant ,en même temps conforme à la tradition de ce qu’attendent généralement ceux qui font appel à lui ( ou à ses confrères ) pour ce type de consultation , il lui dira aussi  » ne vous torturez pas la tête  » et que , ce qu’elle attend « finira  par arriver… » . Les mots qu’elle souhaite entendre …

Juliette Binoche et Nicolas Duvauchelle – Crédit photo : Ad Vitam  distribution-

La lumière attendue de ce soleil intérieur ,   cet espoir  que les multiples rencontres n’ont pu concrétiser et le désespoir qui la mine, tout à coup , cette « masse » bienveillante et protectrice , lui redonnera le goût de la vie . La force du récit de Claire Denis ( le scénario a été co-crit avec Christine Angot ) , et , surtout de sa mise en scène et en abîme , vient de cette magistrale séquence finale, qui invite Isabelle à la remise en question , et le spectateur … à la «  relecture » des séquences d’ approches et des rencontres multiples auxquelles il a assisté . Tout à coup , le ressenti de celles -ci , offre une nouvelle dimension aux non-dits et sous- entendus , ainsi qu’aux vides laissés volontairement par les « ruptures » entre les séquences. Trés belle idée qui permet au spectateur de  remplir ces vides, leur donner sens et lui permettre avec encore un peu plus d’acuité , de partager le ressenti de la quête d’Isabelle qui, elle , a tendance à les évacuer …pour passer à la prochaine aventure . Ce ressenti qui la guide , jusqu’à s’y perdre,  au cœur d’une société et surtout d’un milieu Bourgeois qui est le sien ( elle est artiste peintre ), avec lequel la rupture semble se consommer de plus en plus , suite à cette expérience . Comme le laisse entrevoir la scène de la sortie campagnarde en province avec quelques amis , où tout à coup , fatiguée de les entendre se délecter de leurs certitudes , elle finira vertement par les apostropher «  vous vous croyez propriétaires du monde entier ! . Scène-clé faisant référence et écho , à la nécéssité de se «  recentrer sur elle- même » conseillée par la  voyant . On mesure dès lors pourquoi , la ronde des amants , est une sorte d’ivresse ( addictive? ..) dans laquelle elle a fini par se perdre …

le voyant ( Gérard Depardieu) – Crédit photo: Ad Vitam distribution –

Le mal -être ressenti dont elle ne mesure pas combien elle en est prisonnière , obsédée à se prouver qu’elle peut encore suciter la passsion des hommes. La ronde des amants rencontrés, ne fera que lui confirmer le malaise, envers ceux , riches banquiers , dont elle ne supporte plus l’arrogance , ou ceux, mariés ( Nicolas Duvauchelle ) qui n’assument pas la possibilité d’une autre aventure, et se défilent !. A force de croire après une nuit d’ivresse que quelque- chose d’unique peut se construire , mais voir que les postures sociales reprennent le dessus, l’espoir finit par s’amenuiser. C’est au coeur de ces ruptures que Claire Denis , nous immerge avec une Juliette Binoche impliquée offrant une belle dimension à son personnage ( quasiment de tous les plans ) , et au film sa complexité,  avec sa quête amoureuse aux acents romantiques. Celle d’une femme sans tabous , qui se heurte à ceux de ses prétendants , et qui, dès lors «  voit s’ouvrir sous ses pieds , l’écart entre ce qu’elle cherche chez les hommes et ce qu’elle en obtient. Cette béance, va s’élargir au fil des rencontres… » , explique  la cinéaste , qui a fait de cette « béance » l’élément majeur du constat , du rapport aux autres et au monde , de son héroîne…
On a envie de dire , voilà du … Beau Travail , titre d’un film de la cinéaste , réalisé en 1999.

(Etienne Ballérini )

UNE BEAU SOLEIL INTERIEUR de Claire Denis – 2017- Durée : 1h 34 –
 Avec : Juliette Binoche , Xavir Beauvois, Nicolas Duvauchelle , Gérard Depardieu, Philippe Katerine, Josiane Balasko, Sandrine Dumas, Alex Descas Bruno Podalydès , Valéria Bruni-Tedeschi …

LIEN : Bande – Annonce du film Un beau Soleil intérieur de Claire Denis.

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