Cinéma / FAUTE D’AMOUR d’Andreï Zviaguintsev.

Un couple en train de se séparer, un enfant encombrant dont il ne se sait quoi faire. Le nouveau film du cinéaste déjà primé sur la croisette pour Léviathan , s’y est a nouveau distingué au mois de Mai dernier  avec  son dernier  film  en compétition, Faute d’Amour – bien acueilli par la presse et le public – qui y a remporté un très  mérité , prix du jury …

Le cinéaste  (  Prix du Meilleur meilleur scénario  au festival de Cannes avec Leviathan en 2014 ) ,  qui  y dénonçait la corruption poursuit , ici ,  son introspection de la société Russe  au travers des déboires de la séparation,  d’un couple Boris ( Alexeï Rozine ) et Zhénia            ( Mariana Spivak ) , très mal vécue par leur enfant . Ce dernier décide  de disparaître du  domicile de ses  parents plus préoccupés de règler les affaires courantes  de leurs futures destinées , que de s’occuper de lui!. D’emblée, le cinéaste, fait un contrepoint saisissant entre , les images d’une nature calme et paisible qui ouvrent le film, et celles , de la vie familiale en pleins remous. Alors que le couple se déchire , sur le sort de leur fils,  Aliocha     ( qui va le garder? , faut-il le placer en internat?…) et sur la vente de l’appartement  commun , Boris et Zhénia chacun de leur côté , préfèrent se concentrer à organiser leur futur,  avec leurs nouveaux partenaires . Et l’enfant qui pleure dans la pénombre de sa chambre,  en entendant les éclats de voix de ses parents en train d’organisr leur séparation et son sort . Le père , Boris , préssé de  retrouver sa nouvelle compagne enceinte; et Zhénia cet homme  aisé qui veut l’épouser . Aliocha reste muré dans un silence pesant , et puis un jour …disparaît . Fugue  passagère ou enlèvement  ? …la police s’intérroge .

Aliocha ( Matveï Novikov) , délaissé par ses parents qui se séparent…

Toutes les hypothèses sont envisagées, un appel à témoins et une « alerte » , sont faits. Le cadre en place, le cinéaste y décrypte,  en miroir,  ce qu’il va révéler d’une nature humaine…devenue inhumaine . A  l’image d’une société qui se délite , comme le souligne en voix-off , cette humoristique chronique radio évoquant la « fin du monde proche  avec cette violence qui se propage dans les villes , les gens se soûlent , se droguent , certains s’arment , les crimes augmentent… ».  Et la recherche qui s’éternise de cet enfant disparu , dont personne finalement n’a été assez à l’écoute pour savoir où il aurait pu se réfugier …même l’indication de son plus proche copain , se révèlera inéfficace . En fait Aliocha ( Matveï Novikov ) se sentant abandonné a fini par vouloir concrétiser aux yeux de tous, cet abandon!..
Tout y passe : relations familiales et de travail , poids de la religion, dégradation des relations humaines en général , manque de personnel dans la police , recours aux associations . Les séquences de recherche où domine l’aspect documentaire se font l’écho d’un délabrement social ( immeubles abandonnés  devenus refuges des sans -abris, règlements de comptes et violence des rues , hôpitaux débordés…) . Et pour couronner le tout , les images d’une guerre , en Ukraine, qui se fait de plus en plus proche … et au coeur de ce chaos , ce sont  les plus fragiles qui souffrent. Quel monde laissons-nous à nos enfants ?. Est-il possible  d’y vivre , sans solidarité et sans amour, ? . ..

Le père , Boris ( Alexeï Rozine )
Zhénia , la mére ( Maryana Spivak)

 

Le cinéaste Russe révélé à la mostra de Venise par Le Retour ( 2003  ) qui y avait obtenu le Lion d’or ,   interpellait déjà sur le théme de l’abandon par le biais de deux enfants confrontés au retour de leur  père après des années d’absence . Ici, les parents d’Aliocha , ne veulent pas s’encombrer de lui qui pourrait  être une menace  pour leurs  couples. A  l’image de Masha la nouvelle compagne de Boris qui est enceinte… et ce dernier , qui , travaillant ans une usine où son patron  Orthodoxe est très regardant sur la moralité , craint que sa situation d’homme divorcé puisse compromettre sa carrière . Soucieux avant tout de leur nouvel avenir , ils s’affairent comme Zhénia dans l’entretien du salon de beauté dont elle est gérante et à  celui de l’appartement de son nouvau compagnon, Anton . Elle multiplie les attentions de séduction envers celui-ci , riche divorcé , qui lui propose  de changer de vie et surtout … de statut social. Pris par leur nouvelle vie , ils ne se rendent même pas compte qu’Aliocha a disparu  et du danger qu’il  peut courrir . Ce n’est que lorsqu’ils sont convoqués  par la Police,  à la morgue pour identification du cadavre d’un enfant retrouvé ( qui n’est pas Aliocha…) qu’ils en mesureront la portée , comme le souligne le cinéaste faisant référence à la scène où ce dernier pleure ,   «  Les spectateurs du film sont les seuls à avoir vu Aliocha en larmes derrière la porte. Les parents, eux, ne l’ont pas vu. Il n’y a donc aucune prise de conscience de leur part au moment de la disparition. Boris va même jusqu’à laisser entendre qu’il va se prendre une bonne raclée quand ils vont le retrouver. Il ne faut pas oublier qu’il ne se passe que 24 heures entre la disparition et la morgue. Ils sont juste sous le choc de la disparition. Donc, non, sur le moment, ils n’ont rien compris. À la morgue, ils sont saisis par un repentir tragique, mais ils ne reviennent pas sur leur relation à leur fils… » , c’est , cette sorte de « refoulé »  dont il souligne, la tragique indiférence ….

Aliocha dans la forêt-refuge

Au delà de « l’état des lieux » ,  concernant le délabrement de la sociéré  et les défaillances des institutions ,   à l’image d’une police qui au constat de la disparition préfère évoque une  fugue  plutôt que de poursuivre ses investigations,  et s’en remet aux statistiques: «  d’un retour probable constaté  souvent en pareil cas » !. Au constat  de la fin du monde annoncée par la radio … s’ajoute celui d’une société où mêmes les parents en rupture de couple sont devenus égoïstes. Un monde moderne , envers lequel la mère de Zhénia rumine son rejet désormais barricadée dans sa maison. La superbe scène ,  dans laquelle elle s’oppose aux choix de sa fille , est révélatrice . Symbole fort , auquel font écho dans la forêt   ces arbres  sur lesquels Aloicha aimait se percher , où ce  bâtiment délabré où il trouvait paix et refuge , auprès de son seul ami . Une solidarité enfantine à laquelle répond, aussi, le dévouement de ce «  groupe de bénévoles de rechecrhe d’enfants disparus » qui se lèvent contre l’indiférence et décident d’agir , avec une totale abnégation , soulignée par le cinéaste , comme un espoir «  Il était important pour moi de souligner la manière dont travaillent ces volontaires (…) ces gens font cela gratuitement – c’est une question de principe, ils ne veulent pas devenir une entreprise commerciale et n’acceptent que des dons en nature : véhicules, équipement, vêtements, torches, talkies, etc. L’organisation n’existe que depuis sept ans mais compte déjà plus d’un millier de volontaires rien qu’à Moscou. Sur les 6150 personnes disparues en 2016, « Liza Alerte » en a retrouvé 89%. Il arrive aussi qu’à l’inverse, ces volontaires trouvent des gens perdus et se mettent en quête de leurs familles » . La mise en scène magnifique d’Andreï Zviaguintsev, inscrit comme réponse à la noirceur et à l’immobilité , le frémissement d’un possible, auquel le plan final par un lent mouvement panoramique , fait écho au plan fixe des mêmes lieux qui ouvrait le film. Et que complète ,  cet autre indice d’espoir…dans la forêt à nouveau endormie sous le manteau de neige, le ruban rouge et blanc avec lequel Aliocha jouait…  qui a changé de place !. Faute d’Amour , est un film important qui interpelle  sur notre devenir et celui de nos enfants dans une  société qui se délite , et fonde l’espoir sur ces soubressauts de solidarité qui peuvent y faire rempart . Andreï Zviagintsev signe  un  beau et grand film… que l’on vous invite  à  aller voir.

(Etienne Ballérini)

FAUTE D’AMOUR d’Andreï Zviaguintsev – 2017- Durée : 2h 07.
Avec : Alexeï Rozine , Maryana Spivak, Matveï Nvikov, Marina Vassilieva , Andris Keiss, Alexeï Fattev ..

LIEN : Bande-Annonce de Faute d’Amour d’Andreï Zviaguintsev.

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