Cinéma / LE PRIX DU SUCCES de Teddy Lussi-Modeste.

Après son remarqué premier long métrage , Jimmy Rivière (2011) ,le cinéaste autour de son héros humoriste à succès issu d’un milieu modeste , y explore à nouveau l’envers du décor de la réussite . Les choix à faire pour durer , la pression de l’entourage et des profiteurs, celle du public, de la famille …

l’Affiche du Film.

Le cinéaste et scénariste issu de la communauté des gens du voyage,  et formé à l’école de cinéma ,la Fémis, s’est fait remarquer par des courts métrages ( Embrassez les tigres / 2004 ) , et a confirmé ses qualités avec son premier long métrage Jimmy Rivière en 2011, très bien accueilli par la critique et le public ( Prix du Public au Festival Premiers Plans d’Angers) .Son héros ( Guillaume Gouix ) issu de cette communauté y cherchait sa voie et son indépendance lourdement contestée par le clan familial et communautaire , refusant de le laisser s’engager dans des passions -refuges ( Boxe Thaï , religion , indépendance …) qui l’en détournent . C’est un prolongement de cette exploration que nous propose, avec son nouveau nouveau film le cinéaste , qui s’était inspiré des réticences que son propre parcours avait suscité et pris même des proportions encore un peu plus violentes, après la sortie de son long métrage sur les écrans. Accusations de trahison et menaces dont il a retrouvé des échos dans la presse « people » concernant certaines personnalités du monde du spectacle ( cinéma , football , musique )  , issues de milieux défavorisés  et  qui en ont étés aussi les victimes . C’est pouvoir   » Parler de cette violence , à l’intérieur du groupe, de la fratrie » ,  sujet qui lui tient à cœur,  qu’il a écrit avec l’aide la la cinéaste et scénariste , Rebecca Zlotowski ( Grand Central / 2013 , Planétarium / 2106 ) déjà collaboratrice de son premier long métrage ….

Brahim ( Tahar Rahim) et son frère Mourad ( Roschdy Zem )

s’inspirant,  au delà de son expérience,  de certains exemples relayés par la presse «  de jeunes issus de quartiers périphériques » qui ont sombré victimes de ces pressions , citant la cas du chanteur Faudel : «  racontant dans son autobiographie que sa famille l’avait coulé en lingots d’or » , évoquant aussi celui du footballeur «  Abdelmalek Cherrad organisant sa propre disparition avec femme et enfant pour échapper à la pression familiale ». Le choix devenait dès lors évident , après l’avoir exploré dans son propre milieu , d’en  choisir un autre  emblématique   de certaines  réussites ( la famille maghrébine  musulmane ) de  talents issus de familles modestes , dont les échos de la réussite font ( ont fait )  la « une » suscitant bien des jalousies au delà même parfois , de leur propre clan. A l’évidence la matière de l’expérience personnelle enrichie d’exemples cités, pour servir la dramaturgie , constituent un des points forts du film dont Teddy Lussy-Modeste  qui maîtrise tous les arguments permettant de suivre dans les moindres détails, les déboires de son personnage Brahim         ( Tahar Rahim ) humoriste à succès qui va s’y retrouver piégé . Ce dernier  en  réunissant tous les ingrédients, et dont sa facilité à manier un vocabulaire ,  lui permet  de « prendre conscience de ce qui se passe autour de lui et de tourner en dérision ce qu’il traverse , permet au film de faire miroiter son sujet » . C’est son arme et celle du réalisateur qui , dès lors, en s’installant dans l’envers du décor, pour y faire surgir les éléments qui s’y déclinent du           «  partage des fruits du succès »…

Brahim , ( Tahar Rahim ) découvre la salle qui abritera son nouveau spectacle .

Sa famille dont il a fait la fortune et à laquelle il distribue largement son argent ( les billets donnés régulièrement à sa mère , la séquence de la visite de la nouvelle et luxueuse demeure qu’il leur offre…) , le frère  , Mourad ( Roschdy Zem ) , devenu son agent qui en profite largement et qui s’est mué aussi en garde du corps un peu ( trop ?) protecteur et violent , envers les « fans » collants . Agent inexpérimenté se hasardant des expériences limites qui pourraient nuire à la carrière du frère. Si les liens du sang sont forts …ils vont être mis à rude épreuve . Ceux d’une famille qui veut garder ses prérogatives et la « manne » qui la nourrit .Rejetant celle qu’il aime et croit en lui , Linda ( Maïwen ) , sa metteuse en scène «  elle est trop intéressée, elle te laissera tomber quand elle en aura envie .. » , lors de la scène de la présentations à la famille . Mais , lorsque Brahim cherchera à se dégager du poids fraternel et prendre un agent plus expérimenté , la colère du frère explose. Linda et le nouvel agent pressenti ( Grégoire Colin ) feront les frais de sa violence jalouse , criant à la trahison et à l’injustice . Brahim qui jusque là avait fait le dos rond, va prendre ses distances et rompre les liens du sang . Les séquences illustrant cette rupture sont remarquables soutenues par la même tension du récit ( dialogues) et de la mise en scène , complétée par une direction d’acteurs remarquable ( Tahar Rahim , Roschdy Zem et Maïwen , y sont impeccables ) dont le cinéaste avait déjà fait preuve avec , Guillaume Gouix , son héros de Jimmy Rivière

Brahim ( Tahar Rahim ) et Linda ( Maïwen )

La montée dramatique est d’autant plus remarquable que la justesse de l’approche des personnages est construite sur une « intimité » dont les faiblesses peuvent être exploitées dans une rapport de force sans limites , à l’image de ceux qui se tissent entre Linda et Mourad,  le frère de Brahim . Mais il y a aussi , et surtout , cet aspect des liens du sang qui se mue en une forme de rapport de rejet et de défiance, rongé par la culpabilité. La thématique de la trahison et de la culpabilité, chère au cinéaste , prend ici une dimension qui en prolonge l’approche faite dans son premier film , l’élargissant au delà des deux milieux concernés par , à une dimension universelle voulue. Comme il le souligne : «  Au fond, la question n’est ni ethnique ni religieuse : je crois qu’elle est surtout sociale et culturelle, qu’elle répond à des forces qui agissent dans notre monde tel qu’il est… ce qui arrive dans mon film arrive dans toutes les familles : certains réussissent, d’autres non. Le film veut visiter notre monde contemporain (…) . Les problèmes que rencontrent mes personnages sont des problèmes que tout le monde peut rencontrer. Ce n’est pas un film communautaire : c’est un film qui regarde les hommes et le monde à partir d’une famille qui appartient à une communauté spécifique. », dit-il . Les mots de Brahim sont clairs , qui  amer , en vient à souhaiter, constatant les dégâts  :  « … pour nous ça aurait été plus simple de ne pas y arriver… », au succès !

On aime découvrir les nouveau cinéastes, et quand leur  premier film a été une réussite,  on espère et attend souvent la confirmation avec le  second film , c’est le cas ici . Teddy Lussi- Modeste , nous offre une belle fable sur le « prix du succès « . A voir …

(Etienne Ballérni)

LE PRIX DU SUCCES de Teddy Lussi- Modeste – 2°176 Durée : 1H 32
Avec : Tahar Rahim , Maïwen , Roschdy Zem , Grégoire Colin , Sultan , Ali Marhyar, Camille Lellouche …

Lien / Bande -Annonce de Le Prix du Succès de Teddy Lussi-Modeste .

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